TSUI HARK

 

Tsui Hark est (fut?) un des plus grands cinéastes hong-kongais du début des années 80 au milieu des années 90. En 1970, il quitte l'Asie pour étudier le cinéma au Texas durant trois ans. Puis il se fixe à New York et devient journaliste. Il y réalise son premier documentaire, consacré aux immigrants Chinois durant la conquête de l'Ouest. Un essai concluant, au point qu'il co-réalise ensuite "From Spikes To Spindles", sur un sujet similaire: la construction des chemins de fer par les Chinois. C'est à cette époque que Tsui Hark commence à s'intéresser à l'histoire de son pays. Il redécouvre aussi les traditions chinoises, la culture, l'art, les contes populaires, etc. Tout ce qui marquera profondément son oeuvre.
Tsui Hark, armé de ses seules (maigres) références américaines, rentre à Hong Kong, dans une Asie en plein changement. Il s'intègre à la télévision, dirige un soap-opéra de 114 épisodes ("The Family", 1977) puis adapte Gu Long, le roi du roman Wu Xia, avec la série "Golden Dagger Romance".

Tsui Hark intègre Seasonal (qui vient de triompher avec Jackie Chan et Yuen Woo Ping) et réalise ensuite son premier long-métrage, "Butterfly Murders", dans lequel transparaît ses nombreuses influences: le Wu Xia traditionnel, les polars occidentaux, les films fantastiques et horrifiques (comme "Les Oiseaux"), la comédie cantonaise, etc. C'est un échec. Comme ses deux films suivants, la comédie gore kung fu (sic!) "Histoire de Cannibales" et le thriller ultra-violent "L'Enfer des Armes".

Tsui Hark n'a pas réalisé un seul film rentable. Il est pourtant engagé par la prestigieuse Golden Harvest et livre "Zu Warriors From The Magic Mountain". Ce Wu Xia Pian d'heroic fantasy apparemment filmé sous acide est devenu culte et son influence sur le cinéma est indéniable, quoique pas toujours très noble. C'est sans doute Tsui Hark qui lance en effet cette conception ultra-speed d'un cinéma fondé sur la folie visuelle, au point que les situations deviennent incompréhensibles et le scénario irracontable. Dans "Zu", tout va trop vite et l'oeil ne parvient plus à saisir ce qui se passe à l'écran. Tsui Hark réalise là l'équivalent chinois de "Star Wars" et, vingt ans après, ce cinéma divise toujours, les uns le trouvant insupportable et inutilement hystérique, les autres l'estimant simplement génial.
Pour obtenir un gros succès commercial, Hark reprend ensuite la franchise "Mad Mission" avec une délicieuse parodie des James Bond. Après deux autres réalisation (la romance "Shanghaï Blues" et le film d'aventures "Pekin Opera Blues"), Hark additionne - enfin - les succès grâce à deux trilogies dont il est producteur: "Le Syndicat du Crime" et "Histoires de Fantômes Chinois". Les deux saga - la première étant une fresque mafieuse digne du "Parrain", la seconde une féérie kung-fu irrésistible - bénéficient d'un accueil critique et public délirant qui parvient même à toucher le public occidental.

Au début des nineties, le cinéaste semble pris de frénésie et, outre les trois premiers épisodes de la fantastique série "Once Upon A Time In China", il livre trois chef d'oeuvres: "The Blade" (remake de "La Rage du Tigre" de Chang Cheh), "The Lovers" (remake de "Butterfly Lovers", inspiré d'un opéra chinois célèbre dans la lignée de "Roméo et Juliette") et "Green Snake" avec Maggie Cheung. Notons aussi ses productions (qu'il co-réalise) comme "l'Auberge du dragon, la trilogie "Swordsman" ou "The Big Heat". Sans oublier la comédie romantique et fantastique "Dans la Nuit des Temps", une déclinaison cantonaise de "Back To The Future" des plus réjouissante.


Après tous ces coups d'éclat, la carrière du cinéaste décline ensuite inéluctablement, pour toucher le fond avec "Double Team" et "Piège à Hong Kong", deux nanars hilarants au second degré - et on espère que cela est volontaire - où Tsui Hark plonge Jean-Claude Van Damme dans une suite non stop de scènes inabouties, comme si, trop pressé, le réalisateur ne parvenait plus à canaliser sa frénésie. Le résultat est un navrant mélange de comédie et d'action (in)digne de Michael Bay. Ne revenons pas, non plus, sur les derniers films du maître, lesquels camouflent leur inconsistance sous une virtuosité visuelle de plus en plus hallucinante. Mais où est passé le grand Tsui Hark???

Seven Swords, Wu Xia Fantasy de 4 heures, se doit donc de convaincre la planète que le maître n'est pas fini. Réponse d'ici quelques mois...

 

FILMOGRAPHIE