THE WEB OF DEATH

Titre:  
ou:  
Réalisateur: Chu Yuan
Interprètes: Cheng Li

 

Lilly Li
Ku Feng
Lo Lieh
Yueh Hua
Norman Chu
Année:  
Genre: Wu Xia / fantasy
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial
Violence: * *
Erotisme: * *
Suite:  

70 %

Résumé:

Un maître des arts martiaux s'est emparé d'une arme fabuleuse: l'Araignée aux Cinq Venins. Il décide de dominer le monde mais croise sur sa route les membres de différents clans rivaux.

Critique:

Considéré par beaucoup comme un Chu Yuan très mineur (et par certain comme un cult-movie) The Web of Death traduit bien les excès dont se porta coupable la Shaw Brothers à partir du milieu des seventies. Nous retrouvons ici une intrigue très semblable à celle vue dans The Thundering Sword mais traitée de manière beaucoup moins mélodramatique et sérieuse.

La magnificence visuelle de Chu Yuan est pourtant à son apogée et le métrage s'avère incroyablement beau pour qui apprécie l'esthétique outrée (et indéniablement "fabriquée") dont sait faire preuve le cinéaste. Cette photographie aux éclairages saturés (rouges / verts / bleux / noirs) rappele évidemment les maîtres italiens de l'horreur gothique (Mario Bava et Dario Argento) tandis que les brouillards et décors de carton pâte semblent provenir d'une adapation de Poe par Corman.

Ces décors donnent l'occasion à Chu Yuan de se surpasser avec les traditionnels lacs mystérieux et autres repères diaboliques, dans un esprit serial / James Bond / épouvante old school déjà vu par exemple dans l'Ile de la Bête.

Le quartier général du clan des Venins est ainsi une sorte de base où l'on trouve des lacs d'acide, des plantes monumentales et des décorations inspirées par les arachnides, le tout donnant un résultat à la fois spectaculaire et kitsch, impressionnant et risible, qui rappelle surtout les trains fantômes de nos foires. On n'y croit pas une seconde mais ce n'est finalement pas si important que ça puisque, le temps du spectacle, on se laisse prendre au jeu.

Au niveau du scénario, le film donne dans la classique intrigue des clans rivaux se disputant une arme fabuleuse. A la fois simple dans sa trame générale et complexe (nombreux personnages et retournements de situations, flash back vite expédiés et invraissemblances comprises), le récit s'inscrit dans la lignée du Sabre Infernal et propose une nouvelle arme fabuleuse: l'Araignée aux Cinq Venins. Laquelle n'est évidemment pas très impressionnante: une sorte de petite boite avec sur le dessus une fausse araignée en plastique rouge. A l'intérieur de ce réceptacle se cache une grosse tarentule radioactive qui gronde avant de projetter une toile empoisonnée et de la fumée, causant la mort des imprudents. Ce gadget ridiculement terrifiant tombe entre les mains du maléfique Liu Shen (l'inévitable Lo Lieh), disciple du clan des Cinq Venins bien décidé à dominer (roulement de tambour!!!) le Monde des Arts Martiaux avec sa bestiole. Même Jean Marais en Fantomas faisait plus convaincant mais laisson notre homme à ses rêves mégalomanes.

Tous les autres clans devront évidemment oublier leurs discenssions et différents afin de s'unir contre le redoutable personnage et son araignée mortelle. Et encore une fois, "ils sont venus, ils sont tous là": les moines Shaolin, les adeptes du Wu Tang, les clans des Cinq Venins Mortels, etc.

Selon les habitudes de Chu Yuan, on trouve assez peu de vrais combats martiaux ou de duels à l'épée mais les pièges les plus délirants sont de la partie, ainsi que les armes bizarres. The Web of Death utilise évidemment des tas d'effets spéciaux vintage totalement dépassés mais attrayants et capables d'émerveiller le spectateur indulgent. C'est vraiment chatoyant et rythmé, même si on ne peut pas y croire une seconde.

Mélange de kung fu, de Wu Xia, d'intrigues à tiroir et surtout de fantasy colorée et complètement incroyable, The Web of Death débute de manière relativement classique pour virer, au fur et à mesure de son déroulement, vers le complet délire. Il faut ainsi voir des dizaines de combattants émérites pousser des cris épouvantés à la vue d'une araignée lumineuse de vingt centimètres pour comprendre la notion de suspension d'incrédulité si chère aux théoriciens du cinéma.

Le résultat est sans doute un Chu Yuan défintivement à part dans sa filmographie souvent plus rigoureuse. N'empêche que l'on passe un bon moment devant ce film qui hésite pourtant un peu trop, parfois, entre, d'une part, un scénario élaboré avec une rivalité amoureuse dramatique et des personnages attachants et, de l'autre, un délire psychédélique qui donne l'impression que l'équipe, d'abord décidée à réaliser une œuvre sérieuse et rigoureuse, s'est laissé aller à une indigestion de champignon pour le final.

Entre les grandes réussites de Chu Yuan et les bis déjantés du fin de règne (Buddha's Palm, Holy Flame of the Martial World, Heaven and Hell), ce The Web of Death trouve finalement une voie intermédiaire et permet de passer un bon moment.

Sans plus ni moins.