HISTOIRES DE CANNIBALES
Titre: Diyu Wu Men
ou: We Are Going To Eat You!
ou: No Door To Hell
Réalisateur: Tsui Hark
Interprètes: Norman Chu

 

Eddie Ko
Melvyn Wong
 
 
 

                      
                      
                      
Année: 1980
Genre: Horreur / Kung Fu / Comédie
Pays: Hong Kong
Editeur HK Video
Violence: * * *
Erotisme: *

50%

Résumé: Un agent chinois, 999, pourchasse un bandit jusque dans un étrange village peuplé de cannibales.
Critique:

Tsui Hark n'a pas fait dans la dentelle, surtout à ses débuts, et ne fut jamais un cinéaste très sobre.

Au contraire! L'excès constitue sa marque de fabrique, mais ici, franchement, il va très loin! Trop sans doute! Boudé par le public et la critique chinoise, ce film est davantage une curiosité qu'une réussite, le mariage des genres déconcertant l'esprit cartésien, même coutumier des extravagances du maître.

Une secte de cinglés vétus à la mode du Leatherface de "Massacre à la Tronçonneuse", affublés de masques ridicules, capturent des voyageurs afin de se repaître de leur chair! Voilà pour le scénario qui évoque immanquablement " La Colline à des Yeux" revisité à la sauce chinoise. Donc avec des combats de kung fu classiques mais néanmoins plaisants. Ils voisinent des scènes de boucherie gore qui surprennent au milieu de telles naïvetés. Car on n'échappe pas à l'humour, ici particulièrement indigeste et volontiers pipi-caca, d'une vulgarité grasse capable de rebuter les fans de "Porky's" et "Police Academy" réunis. Le personnage du travesti Vietnam Rose est à ce titre particulièrement pénible et les quelques séquences supposées humoristiques dans lesquelles il intervient de manière importante deviennent franchement exaspérante. Seule le combat évoluant en tango et la fuite en patin à roulettes témoignent d'une certaine construction humoristique, le reste tenant plus de gros bordel lourdingue complètement envahi par la comédie cantonaise.

C'est néanmoins le coté violent et sanglant qui motive l'amateur. Malheureusement, la déception est réelle car Tsui Hark ne va pas aussi loin qu'il le pourrait dans l'aspect gore et outrancier. Certes, on retrouve parfois dans son film la démesure qui animait à la même époque un Joe d'Amato mixant vaille que vaille aventures, action, western, horreur, porno, etc. Mais, comparé justement au bis italien (ou espagnol ou mexicain) des seventies, le métrage de Tsui Hark marque le pas. Le divertissement, sympathique, présente donc une action non-stop dans une ambiance à la fois glauque et légère. Les chorégraphies ne sont pas toujours très réussies mais elles dégagent une impression de joyeux n'importe quoi assez réjouissant, surtout lorsque Norman Chu affronte les bouchers armés de hachoirs et décidés à le découper en tranches. Mais, encore une fois, l'aspect maladroit et bordélique du métrage finit par fatiguer le spectateur le plus conciliant.

Certains critiques voient dans "Histoires de Cannibales" une métaphore du communisme ou de la Chine. Certains feraient sans doute mieux d'arrêter de picoler! Tsui Hark cherchait sans doute, plus simplement, à surfer sur la vogue cannibale qui déferlait alors avec les fameux "Last Cannibal World" ou "Cannibal Holocaust". Il cherchait clairement à obtenir un succès commercial en utilisant les recettes du bis italien, mélangées aux traditions chinoises. Hélas, ce fut un nouvel échec.Si l'idée de la parabole politique n'est pas à écarter complètement, on est forcé de constateur que le cinéaste n'a pas vraiment atteint son but, faute d'un scénario un minimum impliquant. Bref, le film est assez pénible à regarder, sa folie devenant rapidement cripsante.

Tout comme les productions dont il s'inspire, le second film de Tsui Hark a mal vieilli: effets gore patauds et humour pachydermique, seules certaines scènes de combats parviennent à tirer le spectateur de sa torpeur. Définitivement too much, il se laisse néanmoins regarder d'un oeil curieux et parvient à amuser, à condition de se moontrer conciliant, même si la simplicité de l'intrigue eut davantage convenu à un court-métrage.

Malgrè tous ses défauts (ou plus probablement grâce à eux!), "Histoires de Cannibales" reste une curiosité décalée. Ce fut une oeuvre importante dans la carrière de Tsui Hark mais qui ne marqua ni le public (un bide énorme!) ni la critique locale. Redécouvert bien plus tard en Occident, l'ensemble a gagné à sa cause une poignée de fidèle. Ce film est donc pour eux. Mais pas pour moi.