LA LEGENDE DU LAC

Titre: The Water Margin
ou: Seven Blows of the Dragon (version USA)
Réalisateur: Chang Cheh & Pao Hsueh-li
Assist réal: John Woo & Godfrey Ho
Interprètes: David Chiang

 

Ti Lung
Lily Ho
Testuro Tamba
Toshio Kurosawa
Chin Feng
Yueh Hua
Paul Chun
Ku Feng
Wu Ma
Année: 1972
Genre: Wu Xia Epique / Aventures historiques
Pays: Hong Kong
Editeur Wild Side
Violence: * * *
Erotisme: *
Suite: Delighful Forest

55%

Résumé:

Durant la dynastie Song du Nord, au XIIème siècle, un groupe de 108 héros chevaleresques et patriotes s'opposent courageusement à la dictature impériale.

Critique:

Cette adaptation du classique chinois "Au Bord de l'Eau" a rarement bonne presse et c'est donc avec une certaine crainte que l'on appuie sur la touche play de son lecteur dvd. Une crainte, hélas, justifiée puisque le métrage est assez ennuyeux, sans être totalement désagréable pour autant. Manifestement la Shaw Brothers souhaitait un spectacle bigger than life, décidée par exemple à rassembler un all-star cast phénoménal.

Toutes les stars maisons répondent donc présents, menées par David Chiang et Ti Lung, accompagnés par des acteurs japonais pour donner à l'ensemble une coloration internationale, le roman inspirateur étant très populaire tant en Chine qu'au Japon.

De nombreuses autres adaptations devaient d'ailleurs suivre: PURSUIT, également produit par la Shaw en 1972, une série télé nippone jadis diffusée en France sous le titre LA LEGENDE DES CHEVALIERS AUX 108 ETOILES et deux séquelles, toujours signées Chang Cheh: ALL MEN ARE BROTHERS et DELIGHFUL FOREST. Sans oublier des réalisations plus axées sur l'érotisme comme GOLDEN LOTUS.

Il faut dire que l'œuvre initiale compte près de 1500 pages, ce qui suffit évidemment à inspirer une poignée de longs-métrages. Malheureusement, Chang Cheh ne parvient absolument pas à gérer ses trop nombreux personnages, dont certains n'apparaissent qu'une seconde (!). Toute la première partie s'avère ainsi particulièrement harassante, le cinéaste se contentant de présenter les protagonistes qui, à chaque fois, ont droit à un petit texte: le nom de l'acteur et celui de son héros s'affichent à l'écran. Loin d'aider à la compréhension, cette manière de faire finit par complètement embrouiller le spectateur qui ne sait plus trop qui est qui dans cette intrigue finalement simpliste. Car, autre point faible, le scénario semble compliquer à plaisir une trame finalement basique (tout aussi rudimentaire que celle de DUO MORTEL en fait): un révolutionnaire est capturé, une poignée d'hommes tente de le délivrer, il est repris, on réessaie de le faire évader, etc. A la longue cela devient franchement pesant, d'autant que David Chiang n'est pas très crédible en spécialiste du kung fu.

Pour se consoler, le spectateur peut s'appuyer sur l'un ou l'autre combats dotés de quelques grosses éclaboussures écarlates souvent plus risibles qu'efficaces (la scène du combattant qui, deux épées dans le ventre, déclare très sérieusement "je ne mourrais pas" est ainsi franchement comique au second degré et renvoie à la parodie qu'en fera Lui Chia-liang dans LES 18 ARMES LEGENDAIRES DU KUNG FU). Le gore n'est pas très présent compte tenu des standards actuels (le dvd est d'ailleurs estampillés "Tous Publics") mais, en 1972, cet étalage de cruautés devait provoquer un certain effet sur un public peu préparé. L'héroïsme de nos 108 héros confine d'ailleurs à la stupidité et il est très difficile de garder son sérieux lorsqu'un méchant se suicide en s'ouvrant le ventre à main nue tout en effectuant un saut acrobatique.

L'aspect homo érotique, réel ou supposé, est lui aussi toujours bien présent et les regards appuyés des combattants musculeux, ponctués de répliques sans équivoque ("maintenant que je t'ai vu je peux mourir") et les symboliques freudiennes outrancières (lances et épées pénètrent violemment les chairs) donnent à l'ensemble un côté gay pride indéniablement amusant. Reste, enfin, le parfum western plutôt sympathique avec ses héros lancés dans de grandes chevauchées, ses couchers de soleil resplendissants et, surtout, sa musique, piquée à l'estimable PENDEZ LES HAUT ET COURTS avec Clint Eastwood.

Au final LA LEGENDE DU LAC est un produit décidément bancal, trop long (2 heures!) et peu inspiré mais les inconditionnels de la Shaw Brothers voudront sans doute y jeter un coup d'œil discret pour son casting maousse et son côté épique et grandiose, sans doute beaucoup mieux exploité dans LES 13 FILS DU DRAGON D'OR.

Ni vraiment désagréable à suivre ni franchement ennuyeux (on a vu pire, y compris à la Shaw Brothers!), cette LEGENDE DU LAC constitue donc un petit film d'aventures distrayant mais définitivement mineur.

Notons malgré tout une poignée de personnalités marquantes derrière la caméra puisque le film, signé Chang Cheh, fut co-réalisé - comme souvent - par Pao Hseuh-li et Wu Ma, alors que les assistants réalisateurs ont pour nom John Woo et Godfrey Ho (oui, le principal pourvoyeur de nanars ninjas des eighties!)