TRIANGLE

Titre: Tie saam gok
ou: Triangle
Réalisateur: Tsui Hark / Ringo Lam / Johnny To
Interprètes: Simon Yam

 

Louis Koo
Sun Hong Lei
Gordon Lam
Kelly Lin
Lam Suet
 
Année: 2007
Genre: Thriller
Pays: Hong Kong
Editeur Wild Side
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:  

60 %

Résumé:

Trois amis tentent de dérober un trésor enterré sous un bâtiment officiel.

Critique:

Etrange projet cinématographique concocté par trois des réalisateurs asiatiques les plus côtés du moment (Tsui Hark, Ringo Lam et Johnny To), TRIANGLE se base sur le principe littéraire du « cadavre exquis ». L’idée est donc de laisser chacun des cinéastes partir des bases mises en place par leurs collègues pour aboutir à un résultat cohérent. Malheureusement, à l’image de son modèle romanesque, cette version cinématographique du « cadavre exquis » ressemble davantage à un exercice de style un peu vain qu’à une œuvre réellement aboutie.

Tsui Hark commence donc le récit en présentant une galerie de personnages et en ouvrant une multitude de portes que ses successeurs n’auront plus qu’à emprunter. Nous découvrons donc un trio de voleurs auquel un mystérieux personnage propose de commettre un hold-up. Un trésor national d’une valeur inestimable serait en effet dissimulé sous l’immeuble du gouvernement législatif.

A cela s’ajoute un second cambriolage mis de côté, la liaison d’un des trois voleurs avec un flic ripoux, des gangsters et bien d’autres éléments jetés un pue n’importe comment, à la manière d’épices diverses chargés de relever une sauce pas suffisamment appétissante selon le chef. Et comme le chef est Tsui Hark l’idée semble être de multiplier les sous-intrigues pour laisser ensuite Ringo Lam se dépêtrait de tout cela via un second segment censé remettre les pendules à l’heure.

Lam se focalise donc sur un des aspects de l’intrigue en privilégiant le triangle amoureux entre un des voleurs, son épouse et le flic corrompu. Cet « épisode » se situe donc dans un hangar désert dans lequel vont échouer les trois personnages, l’intrigue se resserrant autour du flic attaché et à la merci de l’époux, dans une mise en scène qui rappellera forcément les métrages antérieures du cinéaste (et en particulier CITY ON FIRE bien sûr).

A Johnny To de conclure de la manière la plus adéquate (mais peut-être pas la plus originale) en rassemblant les différents protagonistes dans un champ. Après avoir encore compliqué une intrigue déjà trop dense pour un métrage aussi court (moins de 90 minutes) et y avoir ajouté quelques éléments humoristiques via la présence d’un Lam Suet parachuté dans le métrage comme un cheveu sur la soupe, To balance la purée pour un gunfight stylisé. TRIANGLE se conclut ainsi sur une note plus humoristique, voire dans une sorte de délire auto-parodique où chacun se cherche, se trouve et se flingue.

Pas vraiment cohérent, partagé entre trois réalisateurs qui semblent davantage se tirer dans les pattes que tenter d’accoucher d’un film vraiment maîtrisé, TRIANGLE aligne un maximum d’idées diverses mais peine pourtant à maintenir l’intérêt durant 90 minutes. Beaucoup ont reproché à TRIANGLE une partie centrale plutôt calme, voire ennuyeuse.

A y réfléchir ensuite on se rend compte que Ringo Lam est pourtant le seul qui tente vraiment de faire avancer la machine. Il se concentre sur les personnages et élabore une atmosphère plutôt prenante sans recourir à l’esbroufe et à l’action facile. A contrario Tsui Hark tombe dans ses travers coutumiers en créant un premier segment éclaté qui contient suffisamment de matière pour nourrir plusieurs longs-métrages complets ! Guère étonnant que le résultat soit donc si brouillon et que seul le rythme frénétique empêche, au moment de la projection, de réaliser toutes les faiblesses de cette introduction boiteuse. Johnny To, pour sa part, ne prend aucun risque et même si on peut se satisfaire de cette conclusion bourrée de fusillade et d’humour il faut avouer que le cinéaste ne tente absolument pas de conclure toutes les pistes ouvertes et préfère se lancer dans une farce amusante mais sans profondeur.

TRIANGLE s’apparente donc malheureusement à une suite de sketches d’intérêt variable, aboutissant à un métrage bancal que l’on regarde sans trop d’ennui mais vers lequel on ne reviendra sans doute pas.

Bref, un coup dans l’eau, pas franchement désagréable mais décevant!