TAI CHI MASTER

Titre:  
ou: Twin Warriors
Réalisateur: Yuen Woo Ping
Interprètes:

 

Jet Li
Michelle Yeoh
Chin Siu Ho
Donnie Yen
 
 
Année: 1992
Genre: Kung Fu
Pays: Hong Kong
Editeur HK Video
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite: Tai Chi 2

85%

Résumé:

Sous la dynastie Yuan, deux amis - Dong Tianboa et Zhang Junbao - sont formés aux arts martiaux dans le monastère de Shaolin. Mais, expulsé du temple, ils prennent des chemins divergents. Le premier, un homme ambitieux avide de gloire, offre ses services aux tyrans mongols et devient un des chefs de guerre du cruel eunuque Liu. Le second, tombé amoureux de la belle rebelle Qiuxue, se lie pour sa part aux patriotes Ming. Suite aux massacr de nombreux soldats mongols par les patriotes chinois, Tianbao attire ses anciens amis dans un piège et les tue l'un après l'autre.

Qiuxue est capturée et seul Junbao parvient à s'échapper. Il réussit finalement à délivrer la jeune femme mais blessé durant l'affrontement il perd la mémoire et se réfugie dans un temple. Tianbao, lui, est récompensé de ses vilénies en devenant général des armées de Liu. Après des semaines d'incertitude, Junbao, apparemment devenu à moitié fou, retrouve la raison et, aidé de Quixue et d'un prêtre taoïste, il développe une nouvelle technique de combat inspiré de la nature et tirant partie de la force adverse: le Tai-Chi. Cette fois, le guerrier est prêt à en découdre avec son ancien "frère"...

 

Critique:

Les films d'arts martiaux n'ont généralement pas bonne presse aux yeux de la critique ni du grand public. La faute en incombe indubitablement à de nombreux sous-produits dénués de budget, d'inspiration et de grandeur, provenant aussi bien d'Asie que des Etats-Unis. On se souvient avec effroi des ineptes cornichoneries où intervenaient Chuck Norris, Steven Seagal et Jean-Claude « Aware » Van Damme.

Pourtant, depuis trois ou quatre ans, le marché occidental semble enfin s'ouvrir, encore timidement hélàs, à cette forme cinématographique particulière. Le succès de "Tigre & Dragon" et de "Matrix" a initié le spectateur cartésien au principe de la suspension d'incrédulité, à savoir l'acceptation de prouesses impossibles à réaliser, du moins sans l'aide de câbles et autres tremplins dissimulés.

Les deux films précités avaient en commun la science du chorégraphe Yuen Woo Ping, responsable des joutes martiales spectaculaires qui en émaillaient les tortueuses intrigues. C'est ce monsieur que l'on retrouve aux commandes de "Tai-Chi Master", réalisé en 1994, et bénéficiant de la présence de la sublime Michelle Yeoh ("Tigre & Dragon", "Demain ne meurt jamais", etc.), ancienne miss Asie et combattante émérite. L'autre vedette du film est Jet Li, déjà star grâce à l'époustouflante saga "Once Upon A Time In China", qui s'est, lui aussi, imposé aux occidentaux par l'entremise de films américains parfois - qui a dit toujours? - indignes de son talent.

Mais revenons à "Tai Chi Master", une grande fresque martiale, à la figuration nombreuse et aux costumes et décors luxueux. C'est la première surprise pour le spectateur, habitué aux poussifs combats entre deux ou trois personnages vêtus de guenilles: ici, la production n'a pas lésiné sur les affrontements à dix contre cent, les mouvements de troupes et les costumes fastueux.

Le scénario, classique mais relativement intéressant (plus que la sempiternelle histoire d'élève désireux de venger son maître assassiné en tout cas), dépeint la rivalité entre deux frères. Le premier choisit la voie du pouvoir et renie ses idéaux (ceux du monastère Shaolin), tandis que le second désire garder son honneur et prend la défense des faibles. Après une défaite cuisante, le héros découvre la technique du Tai Chi et prend sa revanche sur l'horrible traître. L'intrigue est donc simple mais le réalisateur émaille les joutes de considérations politiques ou philosophiques qui élève immédiatement le film au dessus du tout venant.

Il s'agit à coup sûr d'une oeuvre de grande qualité, malgré un humour parfois difficilement abordable pour quiconque n'est pas familier de la pensée asiatique, moins enclin à la rigueur et au cartésianisme occidental. Heureusement les scènes de comédie sont assez discrètes (on est loin de certaines kung-fu comedy sacrifiant tout à la gaudriole) et se limitent essentiellement au dernier tiers du film, avec un Jet Li amnésique et cabotin.

A noter d'ailleurs que la version occidentale du film coupe un peu dans cette séquence, ainsi que dans une autre où les moines dorment sur la tête, sans doute histoire de ménager le spectateur peu familier du genre et de préserver l'aspect sérieux du métrage. On peut - et on doit - s'élever contre ce genre de pratiques mais, avouons-le, dans le cas présent ces coupes ne sont pas préjudiciables, loin de là puisqu'elles donnet au film un meilleur rythme. Les bouffoneries de certains personnages sont d'ailleurs peu à leur place dans un contexte sérieux et émouvant et on peut déplorer un humour parfois envahissant qui tempère légèrement la réussite du métrage.

Les combats, nombreux et délirants, s'avèrent de leur côté propices à enthousiasmer les plus réfractaires à ce genre de spectacle malgré l'aspect outrancier des chorégraphies cablées. La beauté des décors et des costumes peut également satisfaire les fans de cinéma historique en mal de grande fresque. Bien sûr, on ne doit pas prendre les références trop à la lettre et cette évocation de la naissance du Tai-Chi est sans doute fort fantaisiste, mais qu'importe puisque le plaisir est bien là.

Il s'agit d'ailleurs d'un des derniers kung-fu pian en costume réalisé à Hong-Kong et il brille véritablement de tous ces feux. Un film à voir, donc, ne serait-ce que pour constater la richesse d'un genre cinématographique encore méconnu et méprisé, souvent par ignorance de ces joyaux, dissimulés, il est vrai, dans la gangue des séries Z.

Personnellement, à chaque vision, je trouve davantage de qualité à ce "Tai-Chi Master" de haute volée!