TABOU

Titre: Gohatto
ou:  
Réalisateur: Nagisha Oshima
Interprètes: Takeshi Beat Kitano

 

Schinji Takeda
Tadanobu Asano
Ryuhei Matsuda
Yoichi Sai
 

                      
                      
                      
                      
Année: 1999
Genre: Drame / Chambarra
Pays: Japon
Editeur Studio Canal
Violence: * * *
Erotisme: * * *
Suite:  

70%

Résumé:

Nous sommes en 1865, le Japon entre dans l'époque moderne et l'ère des samouraïs se termine. Deux jeunes samouraïs, Hyozo Tashiro et Sozaburo Kano, viennent d'être acceptés au sein du Shinsen Gumi, une célèbre milice nationaliste fidèle au Shogun après un affrontement de kendo avec Soji Okita. Le chef du clan, Isami Kondo, et son commandant en second Hijikata remarquent l'attirance de plusieurs samouraïs pour l'éphèbe androgyne Sozaburo. Tashiro lui fait des avances mais l'adolescent les repousse pour succomber à celles de Tojiro Yuzawa. Des membres de la milice sont ensuite assassinés et Hijikata soupçonne que les motifs sont d'ordre passionnel. Sozaburo, conscient de son pouvoir de séduction, n'hésite pas en abuser pour son propre profit. [résumé en partie tiré de la VHS)

 

Critique:

Ce film historique prend pour cadre les années 1865 à 1866, au crépuscule de l'ère Edo. Le shogunat assiste alors à la restauration annoncée du pouvoir impérial. Oshima se place dans un contexte précis et met en scène des personnages ayant réellement existé. Renouant avec certaines thématiques qui lui sont chères, il aborde donc la question de l'homosexualité chez les samouraïs au travers de ce qu'on pourrait nommer - avec un certain second degré - un "chambarra gay".

Après une longue période d'inactivité (treize ans séparent ce film de son prédécesseur, à savoir "Max Mon Amour" et ses amours zoophiles), Oshima débauche un casting de choix où brille le toujours impeccable "Beat" Takeshi Kitano. Les décors sont beaux, avec un coté artificiel probablement volontaire qui souligne le coté onirique de l'intrigue, la musique est prenante et l'interprétation sans défaut.

Malheureusement, cette perfection plastique ne peut totalement masquer certaines faiblesses, notamment au niveau des motivations des personnages, lesquelles paraissent floues et parfois peu compréhensibles. Les non-dits sont ici prédominants et on peut regretter l'utilisation parfois superflue d'une voix off qui s'intègre mal au déroulement du récit. Signalons aussi que de nombreux cartons viennent s'insérer entre les scènes, sans doute pour nous apporter l'une ou l'autre précision. Je dis sans doute car la version que j'ai vu ne traduisait pas ces textes - pourtant importants, merci les éditeurs de la VHS! - et j'en suis donc réduit aux conjectures.

Oshima bénéficie d'un statut d'auteur culte du cinéma japonais grâce à des films comme "Contes Cruels de la Jeunesse", le dyptique "L'Empire des Sens" / "L'Empire de la Passion" et "Furyo". C'est donc avec une curiosité légitime que l'on aborde ce film. Lequel est, en définitive, esthétiquement abouti, avec de beaux passages oniriques et fantasmatiques. Mais il est parfois difficile d'y adhérer totalement: il faut faire l'effort de se plonger dans l'intrigue, quitte à parfois décrocher des images proposées (encore une fois merci pour la non-traduction des cartons!).

Le cinéaste s'est défendu d'avoir voulu relater l'histoire du Shinsen-gumi (souvent contée au cinéma) pour privilégier la "contamination" d'un groupe clos par un élément étranger, ici l'angélique Sozaburo. Néanmoins, les non-familiers du contexte historique risquent de se sentir un peu perdu lors des scènes dialoguées traitant de politiques. Heureusement ces dernières restent rares. Notons aussi le retour du compositeur Ryuichi Sakamoto aux côtés de Oshima et Kitano.

Voilà donc reconstituée une partie de l'équipe gagnante de "Furyo" et, malgré ses imperfections, le film constitue une curiosité intéressante.