THE STREET FIGHTER

Titre: The Street Fighter
ou: Gekitotsu! Satsujin Ken
Réalisateur: Shigehiro Ozawa
Interprètes: Sonny Chiba

 

Waichi Yamada
Tony Cetera
Yutaka Najima
 
 
 
 
Année: 1975
Genre: Arts Martiaux / Action
Pays: Japon
Editeur HKVideo
Violence: * * * *
Erotisme: * *
Suite:

60%

Résumé:

Un spécialiste du karaté, Takuma Tsurugi, vend ses services de tueur à gages au plus offrant. Immoral, bestial et sadique, il reçoit la mission de protéger une belle héritière...

Critique:

Vendu comme un classique du cinéma martial et "promotionné" par le biais d'une citation de Quentin Tarentino, grand fan du film (dont on pouvait voir des extraits dans le très réussi TRUE ROMANCE de Tony Scott), THE STREET FIGHTER débarque en dvd auréolé d'une réputation enviable. D'autant que les commentaires puisés sur le Net sont souvent dithyrambiques, que le film fut le premier à se voir classé X aux Etats-Unis en raison d'une violence exacerbée et que des hordes de fans lui ont bâti une réputation d'œuvre culte et incontournable, encore classée récemment par le magazine Mad Asia parmi les 20 meilleurs films martiaux de tous les temps.

Malheureusement, la réalité s'avère tout autre et, il faut l'admettre, pour paraphraser le livret du dvd HKVidéo, le grand écart facial entre la légende et le métrage défilant sous nos yeux se révèle plutôt immense. Sonny Chiba, dans son rôle le plus célèbre, n'hésite pas à dépasser toutes les limites du cabotinage et du sur-jeu total, grimaçant de manière ridicule et prenant des poses improbables avant de porter des coups de karaté sans finesse. Un véritable concours de surenchère qui élève les pires imitateurs de Bruce Lee au rang d'interprètes distingués.

Le niveau des chorégraphies ne vole donc pas bien haut même si il est possible d'y trouver un certain plaisir, à l'image des bastons maladroites de LA VENGEANCE DU TIGRE, par exemple. Car, si Chiba possède une certaine souplesse, ses adversaires se contentent généralement de prendre la pose en moulinant des bras d'un air concentré avant de finir au tapis en deux temps et trois mouvements (au sens propre!). Bref, l'intérêt martial est limité mais la réalisation pleine de bonne volonté (comprenez du grand portnawak rigolo) surenchérit dans les débordements sanglants.

A ce niveau, STREET FIGHTER déçoit un peu à l'heure actuelle mais il lui reste quelques beaux restes, notamment lors des séquences d'arrachages de gorges, d'yeux ou carrément de testicules à mains nues! Reste aussi l'image complètement absurde, donc culte et souvent copiée, des os brisés vus aux rayons X. Une idée aberrante mais amusante, à l'image du métrage dans son ensemble. Dommage que le scénario n'avance guère, ou par à-coup, souvent en dépit du bon sens ou d'une véritable progression dramatique.

De nombreux passages sondent en effet les tréfonds du ridicule: il faut voir la belle demoiselle tomber dans les bras d'un Chiba ultra-machiste ou le même bagarreur verser une larme sur un ami défunt après lui avoir mis les doigts dans le nez pour vérifier qu'il ne respire plus afin de prendre la pleine mesure du niveau de nanardise ici atteint. Pour ne rien arranger, le rythme paraît languissant et, malgré pas mal de rebondissements et de déplacements géographiques, THE STREET FIGHTER s'avère finalement un peu ennuyeux, peu aidé par des dialogues d'une affligeante bêtise.

Enfin, la mise en scène est fort approximative et les cadrages le sont tout autant, si ce n'est davantage. Reste les vingt dernières minutes, sur un paquebot, qui possèdent une énergie et un punch assez efficaces et sauvent, y extremis, un métrage sinon fort décevant qui se clôt, en outre, par une fin ouverte plutôt bancale.

Loin d'être le chef d'œuvre méconnu vanté par certains, THE STREET FIGHTER est donc, au mieux, une curiosité décomplexée tour à tour stupide, violente, ridicule, gore, misogyne, sympathique, languissante et enthousiaste. L'ensemble mérite donc bien une petite vision mais sans doute pas l'idolâtrie que lui vouent certains.