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Vendu comme un classique du cinéma martial
et "promotionné" par le biais d'une citation de Quentin Tarentino,
grand fan du film (dont on pouvait voir des extraits dans le
très réussi TRUE ROMANCE de Tony Scott), THE STREET FIGHTER
débarque en dvd auréolé d'une réputation enviable. D'autant
que les commentaires puisés sur le Net sont souvent dithyrambiques,
que le film fut le premier à se voir classé X aux Etats-Unis
en raison d'une violence exacerbée et que des hordes de fans
lui ont bâti une réputation d'œuvre culte et incontournable,
encore classée récemment par le magazine Mad Asia parmi les
20 meilleurs films martiaux de tous les temps.
Malheureusement, la réalité s'avère tout autre
et, il faut l'admettre, pour paraphraser le livret du dvd HKVidéo,
le grand écart facial entre la légende et le métrage défilant
sous nos yeux se révèle plutôt immense. Sonny Chiba, dans son
rôle le plus célèbre, n'hésite pas à dépasser toutes les limites
du cabotinage et du sur-jeu total, grimaçant de manière ridicule
et prenant des poses improbables avant de porter des coups de
karaté sans finesse. Un véritable concours de surenchère qui
élève les pires imitateurs de Bruce Lee au rang d'interprètes
distingués.
Le niveau des chorégraphies ne vole donc pas
bien haut même si il est possible d'y trouver un certain plaisir,
à l'image des bastons maladroites de LA VENGEANCE DU TIGRE,
par exemple. Car, si Chiba possède une certaine souplesse, ses
adversaires se contentent généralement de prendre la pose en
moulinant des bras d'un air concentré avant de finir au tapis
en deux temps et trois mouvements (au sens propre!). Bref, l'intérêt
martial est limité mais la réalisation pleine de bonne volonté
(comprenez du grand portnawak rigolo) surenchérit dans les débordements
sanglants.
A ce niveau, STREET FIGHTER déçoit un peu à
l'heure actuelle mais il lui reste quelques beaux restes, notamment
lors des séquences d'arrachages de gorges, d'yeux ou carrément
de testicules à mains nues! Reste aussi l'image complètement
absurde, donc culte et souvent copiée, des os brisés vus aux
rayons X. Une idée aberrante mais amusante, à l'image du métrage
dans son ensemble. Dommage que le scénario n'avance guère, ou
par à-coup, souvent en dépit du bon sens ou d'une véritable
progression dramatique.
De nombreux passages sondent en effet les tréfonds
du ridicule: il faut voir la belle demoiselle tomber dans les
bras d'un Chiba ultra-machiste ou le même bagarreur verser une
larme sur un ami défunt après lui avoir mis les doigts dans
le nez pour vérifier qu'il ne respire plus afin de prendre la
pleine mesure du niveau de nanardise ici atteint. Pour ne rien
arranger, le rythme paraît languissant et, malgré pas mal de
rebondissements et de déplacements géographiques, THE STREET
FIGHTER s'avère finalement un peu ennuyeux, peu aidé par des
dialogues d'une affligeante bêtise.
Enfin, la mise en scène est fort approximative
et les cadrages le sont tout autant, si ce n'est davantage.
Reste les vingt dernières minutes, sur un paquebot, qui possèdent
une énergie et un punch assez efficaces et sauvent, y extremis,
un métrage sinon fort décevant qui se clôt, en outre, par une
fin ouverte plutôt bancale.
Loin d'être le chef d'œuvre méconnu vanté par
certains, THE STREET FIGHTER est donc, au mieux, une curiosité
décomplexée tour à tour stupide, violente, ridicule, gore, misogyne,
sympathique, languissante et enthousiaste. L'ensemble mérite
donc bien une petite vision mais sans doute pas l'idolâtrie
que lui vouent certains.
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