STORY OF RICKY

Titre: Lai Wong
ou: Ricky Oh
Réalisateur: Nam Nai Choi (aka Simon Nam)
Interprètes: Fan Siu-wong

 

Yukair Oshima
Frankie Chan
 
 
 
 
Année: 1991
Genre: Science-fiction Kung fu gore
Pays: Hong Kong
Editeur HK Legends
Violence: * * * * *
Erotisme: *
Suite:  

80%

Résumé:

Ricky Oh est emprisonné pour le meurtre du dealer de sa petite amie décédée. Il échoue dans une prison dominée par quatre gangs meurtriers.

 

Critique:

Story of Ricky est un film excessif à l'excès, une sorte de délire divertissant à souhait quoiqu'indéniablement mauvais à maints égards. C'est con mais c'est bon, c'est psychotronique au-delà du concevable. Bref, c'est du concentré de cinéma culte!

Nam Nai Choi a été décrit comme l'équivalent chinois de Ed Wood, sauf qu'ici il flirte également avec Hershell Gordon Lewis. Du Z. Du gore et même du hardgore, quasi non stop et justifié par un scénario tenant sur un ticket de métro. Et, évidemment, du kung-fu déjanté et ultra-cablé chorégraphié par Philip Kwok! Quelle mixture...

C'est simple, les séquences démentent s'enchainent pratiquement sans interruption. Dès le début du film, Ricky est envoyé en prison (il a tué un affreux proxénète / dealer ayant poussé sa copine au suicide) et y rencontre les membres du Gang of Four. Car la prison est dominée par quatre bandes rivales qui n'ont de cesse de s'affronter. Ricky va les combattre, de manière radicale et pratiquer une justice expéditive qui glacerait d'effroi Charles Bronson.

Le commentaire audio résume bien ce métrage: aucun effort de réalisme n'est entrepris. Pas même celui des "prison flicks" tout en excès des années 70. Non, ici, nous sommes dans un monde parallèle, un univers où les gardiens ont tous les droits sur les prisonniers (un type est éborgné pour avoir mal placé le tapis rouge célébrant le retour du directeur, un autre se plein d'être trop peu nourri et son bras est broyé dans un mixer à viande!). Mais les condamnés ne sont pas tendres entre eux et passent l'entièreté du métrage à se mettrent - littéralement! - en pièces. Car la grande force de Story of Ricky est de coller au plus près à l'univers du manga dont il s'inspire. Nous sommes devant du gore à outrance qui se permet des excès encore inédits. Seul Hong Kong pouvait nous livrer pareil condensé de violence pure, au point que Story Of Ricky fut la première production non érotique à écopé d'une interdiction aux moins de 18 ans. Lorsqu'on connaît le niveau de tolérance de l'ex-Colonie (Beast Cops ou la saga Raped By An Angel ne sont que déconseillés aux adolescents alors qu'ils colleraient des palpitations aux censeurs occidentaux!) on mesure le niveau d'hémoglobine déversé durant 88 minutes. Car Nam Nai Choi se fiche de son intrigue, de son incohérence absolue, de sa franche débilité, de la faiblesse de ses comédiens, souvent inexpressifs ou hystériques. Et sa mise en scène approximative n'arrange pas davantage les choses que ces décors en carton pâte! Mais il s'en fout le bougre, il se lâche uniquement sur le gore, sur l'ultra-violence totalement décomplexée et cartoonesque au point de perdre toute nocivité. Ici, nous sommes carrément sur le terrain du dessin animé. C'est Bip Bip et Coyote. Et, bien sûr, Ken le Survivant...

Crane pulvérisé à mains nues, cerveau extirpé, main perforée par un crochet métallique, tête sectionnée à mi-hauteur, décapitation, poings perforant les abdomens ou broyant les doigts adverses, chien tranché en deux, oeil transpercé d'un clou, bras coupé, jambes arrachées, etc. Etc. Etc. L'imagination sanglante n'a pas de limite et Nam Nai Choi trépasse complètement les bornes au point de renvoyer les Allemands Ittenbach ou Schnass (les rois du hard-gore) au rang de plaisentins.

Comme Peter Jackson, Sam Raimi ou Stuart Gordon lors de leurs glorieux débuts, le réalisateur donne libre cours à une boucherie réjouissante et continuelle. Entre les moments sanglants il ne se passe rien, Ricky se souvenant de sa vie passée et de sa défunte copine. Parfois, il joue également de la flute d'un air inspiré ou assène une sentence définitive ("N'y a-t-il pas déjà eu assez de morts?") en arborant un air de penseur concerné...

Le clou du spectacle: un détenu se fait hara-kiri et arrache ses tripes pour étrangler Ricky. Quant au final, totalement dégénéré, il voit le Directeur de la Prison, devenu un monstre caoutchouteux de 5 mètres de haut, être passé au hachoir après un combat homérique digne de Bruce Lee affrontant Kareem Abdul Jabbar lors du dénouement de Game of Death.

Bref, Story of Ricky assume totalement son statut de zèderie jouissive: plus il avance dans son déroulement et plus l'intrigue vire au n'importe quoi. Plus la violence devient absurde (on force Ricky a avaler des lames de rasoir avant de le baillonner et de le gifler à toutes volées...ensuite il les recrache au visage d'un maton), plus l'humour est affligeant (le fils handicapé mental du directeur décroche le pompom haut la main) et plus les clichés kung-fu se multiplient (les flash back où un sifu surhumain attaque Ricky en lui lançant des pierres tombales est hallucinant!) dans un foutoir réjouissant.

Au niveau des maquillages, ils sont d'une fort honnête moyenne: ils sentent le latex bien sûr mais rappelent les effets bricolés avec amour d'Evil Dead, Bad Taste, Frayeurs, etc. Des références plus ou moins conscientes mais en tout cas assumées, aux côtés des Monty Pythons et des productions Troma. Si vous aimez Toxic Avenger, par exemple, il y a de fortes chances que Story of Ricky deviennent un de vos films de chevet.

Un nanar atomique. Un mauvais délire. Mais un amusement absolu et irrésistible!

Le DVD de HK Legends est de très bonne facture: l'image est impeccable, le son a été remixé en 5.1. et le métrage est surtout présenté en version intégrale. Un commentaire intéressant mais souvent hors-sujet est proposé, les experts duétistes parlant davantage de l'aspect culte du film (et des Cat3 en général) que du spectacle proposé...Mais bon, on les comprend: Story of Ricky se vit et ne s'explique pas. Une interview de l'acteur principal (qui montre ses aptitudes martiales dans une petite démo) et des bandes annonces complètent ce produit soigné. Des chef d'oeuvres reconnus n'ont pas droit à autant d'égard que cette série Z, ce qui démontre son importance et son statut culte actuelle. Achat indispensable!