LE POUVOIR DE L'EPEE

Titre: The Spirit of the Sword
ou:
Réalisateur: Chu Yuan
Interprètes: Anthony Lau Wing

 

Cheung Ying
Yueh Hua
Lo Lieh
Cecilia Wong
Yuen Bun
Yuen Wah
Année: 1982
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial
Violence: * *
Erotisme: * *
Suite:  

70%

Résumé:

Un samouraï empoisonne un épéiste, participant d'un tournoi opposant les 5 principaux clans du monde des arts martiaux. Pour le sauver, son serviteur va partir à la recherche d'une eau magique dotée de vertus curatives.

Critique:

Avec cette adaptation de Gu Long, Chu Yuan reste fidèle à ses domaines de prédilections et propose une intrigue labyrinthique riches de nombreux retournements de situations. On note aussi cette véritable obsession pour le poison, au point que pratiquement chaque objet se révèle être une arme mortelle.
Evidemment, l'accumulation de ces procédés finit par lasser le spectateur au terme du troisième twist et du sixième coup fourré! Mais Chu Yuan, lui, s'en balance et compense l'aspect convenu (un comble qui frise le contre-sens dans un métrage débordant de coups de théâtre et pourtant, si, SPIRIT OF THE SWORD ne surprend guère!) du scénario en proposant une esthétique travaillée jusqu'à la nausée.

Manifestement inspiré par les travaux de Roger Corman sur le cycle Poe et plus encore par l'école gothique flamboyante italienne dominée par Mario Bava, le cinéaste filme un décor enchanteur, baigné de fumée, noyé sous les fleurs et les éléments artistiques divers, provoquant une impression de surcharge renforcé par l'artificialité manifeste d'un tournage en studio.
Les personnages semblent ainsi se déplacer dans des décors de théâtre où se déroule une tragédie ayant refusé les contraintes du réalisme pour s'aventurer sur le chemin du fantastique, voire même de la fantasy. Notons aussi la protection dont use Yueh Hua, le maître empoisonné, qui passe la quasi-totalité du métrage enfermé dans un submersible rappelant à la fois le Nautilus de Jules Vernes et les machines victoriennes inspirées par les écrits de Wells.

SPIRIT OF THE SWORD joue donc à fond la carte du dépaysement à tout crin, projetant ses héros dans un tourbillon incessant, les privant de la moindre influence sur leur destin. Dès lors, ils s'apparente aux combattants de la Grèce antique, rejouant le jeu des complots comme jadis Jason et ses Argonautes tentaient de se dépétrer des manigances divines.
Combats nombreux, armes fantaisistes, pouvoirs magiques semblant concrétiser les fantasmes de tout joueur de Role Playing Game qui se respecte (boules de feu et rayons de glace inside!), hallucinations variées,…SPIRIT OF THE SWORD joue clairement la carte de la surenchère tout azimut!
Délaissant la caractérisation des personnages et plaçant l'intrigue au second plan, Chu Yuan offre un spectacle tonique et certainement enthousiaste. Sans posséder la majesté de ces chefs d'œuvres précédents (où sont les constructions savantes d'une GUERRE DES CLANS ou d'un COMPLOT DES CLANS?), le métrage reste agréable de part son coté résolument bis qui le rapproche de titres comme WEB OF DEATH ou de la décevante trilogie HEAVEN SWORD AND DRAGON SABRE.

Sans être une grande réussite, ce SPIRIT OF THE SWORD permet cepandant de passer un agréable moment et sa durée réduite (à peine 85 minutes) est le garant d'un rythme nerveux qui ne laisse guère le temps de souffler, ni de s'ennuyer.
Anecdotique surement, mineur sans doute mais assurément sympathique et divertissant, SPIRIT OF THE SWORD mérite une vision et ne devrait pas décevoir les inconditionnels des Wu Xia Pian de Chu Yuan.