SOUL OF THE SWORD

Titre: Sha jue
ou: The Soul of the Sword
Réalisateur: Wa Saan
Interprètes: Ti Lung

 

Lam Jan-kei
Norman Chu
Lee Hoi-sang
Lilly Li
Lau Wai-ling
 
Année: 1977
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:  

80 %

Résumé:

Un enfant observe un duel au cours duquel le Roi des Epées tue son adversaire. Il se promet de le vaincre un jour et, après un entraînement de dix ans, l'épéiste sans nom revient pour le combat final. Mais son adversaire tarde à se montrer et l'homme sans nom tombe amoureux. Un curieux personnage devient également son ami et, au cours d'une discussion, il lui dit qu'un jour il devra choisir entre l'Amour et l'Epée...

Critique:

Le seul titre de gloire (!) du cinéaste Wa Saan est, pour beaucoup, le délirant et culte Super Inframan. Mais peu connaissent son véritable chef d'œuvre (ou presque!), le trop méconnu Soul of the Sword.

Ti Lung y incarne un épéiste sans nom, témoin d'un cruel duel durant son enfance, décidé à devenir le Roi des Epées en affrontant l'actuel tenant du titre. Le personnage est complexe, passant tour à tour d'un statut héroïque à une attitude détestable, entre autre lorsqu'il humilie cruellement son rival en amour.

Arrivé dans la demeure de son futur adversaire, le "chevalier" attend patiemment son retour, trouvant le temps de tomber amoureux d'une jeune fille et de la ravir à son prétendant. Mais il ne peut ignorer les similitudes entre son histoire et celle du guerrier dont il fut jadis témoin de la mort: l'amour et l'épée s'oppose. Pour conquérir le titre suprême, l'homme sans nom sera prêt à tous les sacrifices.

Wa Saan se concentre donc sur le personnage joué par Ti Lung, lequel va finir par perdre tout ce qu'il désirait pour obtenir un simple titre, celui de Roi des Epées. L'intrigue ménage efficacement l'aspect divertissement plein d'action souvent violente et la réflexion sur un monde en train de perdre ses valeurs et ses traditions pour subir une transformation radicale.

On voit là les prémices de futures réalisations comme The Sword ou Duel to the Death, compromis entre les affrontements virevoltants et le côté plus intellectuel et contemplatif des récits. L'important est donc le scénario développé, davantage que les combats malgré les chorégraphies réussies de Tong Gaai.

Au niveau des affrontements, les plus mémorables sont sans doute ceux où Ti Lung, surpris dans son bain, doit lutter contre une tueuse (Lily Li) dont il a dévoilé la fort belle poitrine (sûrement celle d'une doublure!). Visuellement, le duel final entre "Sans Nom" et le Roi des Epées, reste pourtant le sommet du métrage, un combat sous une pluie battante, dans une sorte de petit lac. Un duel à la fois brutal et curieusement apaisé, violent et poétique, cruel et beau, à l'image de celui du futur Duel to The Death, lorsque les protagonistes semblent comprendre l'absurdité de continuer à se battre alors qu'ils ont déjà perdus tout ce à quoi ils tenaient. D'autres combats ont un cotés plus outrés, plus bis et violents, qui n'est pas désagréable pour autant. Notons aussi quelques joutes à l'épée qui s'achèvent à mains nues, dans la plus pure tradition du kung fu.

En résumé, Soul of the Sword s'impose comme un habile compromis entre les intrigues à tiroir de Chu Yuan, la violence héroïque et brute de Chang Cheh, l'aspect outrancier de Ho Meng Hua et la complexité narrative et réflexive de la New Wave.

Les acteurs talentueux, charismatiques et concernés par leur rôle, le scénario assez simple mais riche, les dialogues étudiés, les chorégraphies énergiques et la mise en scène stylée et visuellement très belle, ajouté à une pincée de sensualité et de violence, font de Soul of the Sword un indiscutable classique méconnu de la Shaw Brothers.

A redécouvrir sans tarder!