ON M'APPELLE SHANGHAI JOE

Titre: Mio nome è Shanghai Joe
ou: The Fighting Fists of Shanghai Joe
Réalisateur: Mario Caiano
Interprètes: Chen Lee

 

Klaus Kinsky
Gordon Mitchell
Giacomo Rossi Stuart

Katsutoshi Mikuriya

Carla Manchini
 
Année: 1972
Genre: Western / Kung fu
Pays: Italie
Editeur Seven7
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite: Le Retour de Shanghai Joe

70 %

Résumé:

1882. Le Chinois Shanghai Joe débarque à San Francisco, à la recherche d'un emploi. Il prend la dilligence pour le Texas et aboutit dans un petit village. Très vite, il se heurte à l'hostilité générale.

Critique:

On m'appelle Shanghai Joe est sans doute un des meilleurs exemples du Western dit spaghetti and soja. Une belle rencontre entre les codes du kung-fu et les clichés de l'Ouest revus et corrigés par les italiens. Au début des seventies, le western italien est déjà sur la pente descendante et les seules productions à recueillir un certain succès sont des comédies comme les Trinita. Mario Caiano choisit pourtant l'approche sérieuse en confrontant les arts martiaux (en plein boum commercial) aux pistoleros, prostituées et autres shérifs véreux indissociables des westerns italiens.

Le résultat est très agréable à suivre, même si le scénario n'est pas vraiment passionnant ni bien écrit. Il se résume souvent à une suite de rencontres: Shanghai Joe arrive dans un bled, tente de trouver du travail, se heurte à de méchants cow-boys racistes et crétins et doit se battre pour sauver sa peau.

Au fil du métrage, notre héros chinois semble de plus en plus décontenancé par l'Amérique qu'il découvre même si il déclare "vouloir continuer à croire en ce pays". Un message qui devait trouver une certaine résonance tant pour les immigrés italiens que chinois, sans doute les spectateurs les plus enclins à se déplacer pour voir Shanghai Joe au cinéma en 1972.

Une caractéristique indissociable des westerns italiens reste la violence et le métrage de Caiano ne fait pas exception. Même si l'avertissement du début ("certaines scènes peuvent choquer") est un peu excessif et un peu racoleur, il faut avouer que Shanghai Joe ne fait pas dans la dentelle. Il n'hésite d'ailleurs pas à tuer ses adversaires en les projettent dans une fosse garnie de pieu, en leur sectionnant la main ou, carrément, en leur arrachant les yeux. Notons aussi une fourchette plantée dans la chair d'un pistolero trop enclin à dégainer et des impacts de balles nombreux et sanglants à souhaits.

Après son arrivée à San Francisco, les mésaventures de Shanghai Joe débutent au Texas où il affronte une bande de cow boys à l'intelligence visiblement limitée. Il poursuit en devant défendre sa vie contre une poignée de racistes et finit par se rebeller contre des trafiquants d'esclaves mexicains. Sa tête est alors mise à prix. Gordon Mitchell est un des tueurs, de même que le toujours cabotin mais excellent Klaus Kinsky qui blesse le héros à la jambe. Après un entraînement façon kung fu pian (avec flash-back de sa jeunesse au sein d'un ordre secret style ninja), il doit combattre son égal: un samouraï japonais ayant trahi les principes des arts martiaux pour devenir un tueur à gages.

Chen Lee, l'acteur principal, s'avère plutôt convaincant et ses techniques sont efficaces si ce n'est très élaborées. Il ne faut pas attendre des prouesses exceptionnelles mais les combats sont divertissants, misant essentiellement sur la violence graphique et l'usage des trampolines et autres trucs de montages pour leur donner plus d'ampleur. Même si ces combats peuvent paraître datés, il faut leur reconnaître une belle énergie et Chen Lee assure vraiment bien le boulot, d'autant que la réalisation est des plus adaptées et cadre bien chaque mouvement. Alors que pas mal de cinéastes plus réputés s'étant frotté aux arts martiaux à cette époque ont échoué à en capturer la fougue, Caiano, considéré comme un simple "bon faiseur", y est parvenu et n'a pas à rougir du travail accompli.

De la petite poignée de métrages de ce genre (dont le plus connu est sûrement le Soleil Rouge avec Alain Delon et Toshiro Mifune), Shanghai Joe s'avère le plus réussi. Il laisse néanmoins une petite impression d'inachevé car la fin reste ouverte et peu satisfaisante. Une séquelle suivit rapidement, il est vrai, mais cette finale abrupte est un peu désagréable. Reste que le divertissement est assuré et bien maîtrisé.

Un bon moment.