LES 7 VAMPIRES D'OR

Titre: The Legend Of The 7 Golden Vampires
ou: The Seven Brothers Meet Dracula
Réalisateur: Roy Ward Baker
Coréalisateurs Chang Che & Liu Chia-liang
Interprètes: Peter Cushing

 

David Chiang
Julie Ege
Shih Szu
John Forbes Robertson (Dracula)
 
 
Année: 1974
Genre: Fantastique / Horreur / Arts Martiaux
Pays: UK / Hong Kong
Editeur  
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:  

75%

Résumé:

Le professeur Van Helsing et son fils voyagent en Chine pour donner une série de conférence sur le vampirisme. Ils rencontrent une riche héritière décidée à financer leur expédition afin de découvrir un village maudit tombé sous la domination du comte Dracula. Sept jeunes gens, experts en arts martiaux et au maniement de l'arme blanche, les guident jusqu'au repère du Comte, lequel règne sur sept vampires masqués ayant levés une armée de zombies. Ils sacrifient régulièrement des jeunes filles et font régner la terreur dans toute la région. Van Helsing et ses sbires auront fort affaire pour venir enfin à bout de Dracula.

 

Critique:

Voici le dernier film que la Hammer consacra au mythe de Dracula. La série débutée par "Le Cauchemar de Dracula" se poursuivit avec "Les Maîtresses de Dracula", "Dracula Prince des Ténèbres", "Dracula et les Femmes", "Une Messe pour Dracula", "Les Cicatrices de Dracula", "Dracula 72" et, enfin, "Dracula vit toujours à Londres". Avec cet épisode sino-anglais, la saga trouvait sa conclusion en ignorant superbement les deux épisodes précédents situés à l'époque contemporaine. Très décriée par de nombreux spécialiste (le critique Kim Newman le considère même comme le pire film de la Hammer!), cette production hybride est pourtant fort distrayante.

La Hammer était, à l'époque, désespérément en quête de sang frais et tentait vaille que vaille de réactualiser un fond de commerce vieillissant mis à mal par l'horreur beaucoup plus graphique des giallos italiens, des thrillers comme "Last House On The Left" ou des productions style "L'Exorciste". La vénérable firme anglaise accommode donc les plats à toutes les sauces, transpose Dracula à l'époque moderne ("Dracula 72"), lui offre une organisation secrète à la James Bond ("Dracula vit toujours à Londres") ou multiplie les séquences érotiques dans une trilogie consacrée aux vampires lesbiennes qui fit, à l'époque, forte impression ("Lust For A Vampire" et ses dérivés).

En 1974, la mode est au kung-fu avec le triomphe de Bruce Lee et apparaît sur le marché une série de coproductions hybrides mêlant les arts martiaux au western (" La Brute le Bonze et le Karaté") ou à l'espionnage ("L'Homme de Hong Kong"). Pourquoi pas à l'horreur, se dit le patron de la Hammer? Le résultat est - forcément - délirant, un peu pataud et quasi culte.

Après un prologue en Transylvanie situé en 1804, l'intrigue effectue un bond d'un siècle: nous voilà en Chine, où Peter Cushing tente de convaincre les incrédules de la menace vampire. La superstar chinoise David Chiang (qui, à l'époque, avait déjà tourné vingt-cinq fois sous la direction de Chang Cheh, dont les classiques "Golden Swallow", "Vengeance", "Le Justicier de Shanghaï", et -surtout - l'insurpassable chef d'oeuvre du Wu Xia Pian, le fameux "Rage du Tigre") apporte son charisme, sa prestance et ses aptitudes martiales au film de Roy Ward Baker.

Les chorégraphies, elles, sont assurées par l'inévitable Liu Chia-liang, complice de Chang Cheh depuis le milieu des années soixante et futur réalisateur de quelques classiques kung-fu comme "Challenge Of The Master", "Mad Monkey Kung Fu", "Shaolin Vs Ninja" et la formidable trilogie consacrée à la "36eme Chambre de Shaolin".

C'est dire que le film est soigné, malgrè de nombreuses imperfections. Le scénario progresse de manière erratique, entre des passages rythmés et bien menés (ceux signés Chang Cheh et Liu Chia-liang?) et d'autres beaucoup plus lents et académiques. Les effets spéciaux, malheureusement, sont affreux (comme en témoignent les chauve-souris en plastique absolument ridicules) et les maquillages mal fichus mais, bon, on ne va pas trop chipoter. Les affrontements, eux, sont assez violents, avec force jets de sang très rouge (celui, un peu irréaliste, des films de Chang Cheh) et les séquences kung-fu plutôt bien ficelées, même si elles ne s'intègrent pas toujours parfaitement à l'intrigue.

Niveau interprétation, les acteurs sont globalement convainquants, même si David Chiang est légèrement sous-employé, tout comme Peter Cushing qui paraît largement en retrait. Sans doute devait-il se sentir un peu perdu, à soixante balais, au milieu de ces jeunes acteurs bondissants qui virevoltaient en tous sens. Il se contente donc d'expliquer les faiblesses des vampires ("En Occident, ils craignent les crucifix mais ici ils doivent avoir peur de l'image de Bouddha") et de prodiguer de judicieux conseils ("frappez les en plein coeur!"). Quant à Dracula, heureusement peu présent à l'écran, il est interprété par un très théâtral et cabotin John Forbes Robertson qui paraît souvent un peu limite et fait regretter la sobriété et la classe naturelle de Christopher Lee.

La photographie reste agréable, avec ses teintes très colorées (vert et rouge surtout) typiques des seventies et les décors - fort kitsch avouons le - ajoutent aux charmes de l'ensemble. Les plus pervers noterons également cette séquence récurrente et inutile (du moins pour le déroulement de l'intrigue) nous montrant les vampires torturer et tuer de jolies figurantes asiatiques dénudées fort bien pourvues par la nature. Les scènes durant lesquelles les vampires lèvent une armée de zombies caricaturaux inspirés des EC comics possèdent également une belle puissance évocatrice, à la fois frissonnante et un peu ridicule, dans l'esprit des séries B espagnoles et italiennes de la même époque. Et des futures réussites de la ghost horror kung fu comedy cantonnaise.

En résumé, il s'agit d'un spectacle bourré de défauts mais enthousiasmant et particulièrement rafraichissant en ces temps de cinéma formaté et insipide. Le tout se suit sans ennui avec un regard à la fois charmé, nostalgique et distancié: on n'y croit pas une seconde mais on s'amuse beaucoup. N'est-ce pas l'essentiel?

Notes:

Le film existerait en plusieurs versions, dont une dotée de vingt minutes supplémentaires. Les scènes martiales furent filmées par Chang Cheh et chorégraphiées par Liu Chia-liang. Celle proposée ici est le montage européen.