LE COUVENT DE LA BêTE SACREE
Titre: Sei Ju Gakuen
ou: School of the Holy Beast
ou: Convent of the Sacred Beast
Réalisateur: Norifumi Suzuki
Interprètes: Yumi Takigawa (Maya)

 

Emiko Yamauchi (Matsuko)
Yayoi Watanabe (Hisako)
Ryouko Ima (Nathalie)
Harumi Tajima (Tamao)
 Marie Antoinette (Janet)

                 
                      
                      
                     
Année: 1974
Genre: Sexploitation / Pinku / Nunsploitation
Pays: Japon
Editeur Studio Canal
Violence: * * *
Erotisme: * * * *

75%

Résumé:

Une jeune japonaise intègre un couvent afin d'enquêter sur l'identité de ses parents. Elle découvre un univers de souffrance, d'humiliation et de perversions diverses. Les rivalités entre les différentes religieuses et leurs penchants saphiques vont être exacerbés par la venue d'un prêtre violeur et dépravé.

 

Critique:

Voici un exemple de roman-porno fonctionnant sur le modèle des classiques européens de la sexploitation à base de nonnes. Rappelons que le terme roman-porno (romantic pornography, ou pinku eiga) est un genre particulier au Japon et que nombre de réalisateurs chevronnés s'y sont essayé un jour ou l'autre, sans recevoir pour autant l'étiquette infâmante de "réalisateur de cul" de mise en Occident dès que l'on aborde un sujet scabreux.
Bien éloigné de la production érotique basique et du tout-venant, cette déclinaison japonaise bénéficie d'un scénario solide, d'une interprétation convaincante et, surtout, d'un magnifique sens esthétique. La réalisation capte admirablement la lumière et le jeu des couleurs, surtout dans les scènes érotiques, purement suggestives mais néanmoins excitantes. Dans ce domaine ce sont, évidemment, les supplices qui sont le plus intéressants. Ils sont inventifs et nombreux. On signale ainsi deux jeunes novices forcées de fouetter mutuellement leurs seins dénudés. Plus tard, une jolie nonne est condamné à avaler de grande quantité d'eau et doit se retenir d'uriner sur un crucifix placé entre ses jambes. Et, surtout, on retient la scène où l'héroïne est attachée et flagellée par des ronces dont les épines s'enfoncent dans sa poitrine ensanglantée.
La mise en scène se fait inventive pour retranscrire les souffrances des jeunes filles torturées. Bondage et flagellations diverses constituent les mamelles de cette production, mais on note évidemment de plus classiques scènes de masturbation, de saphismes, de bains et plusieurs viols, d'ailleurs traité sur le mode assez léger propre au cinéma nippon.
Bien sûr, comme dans tous les films de ce style, les violées ne tardent pas à en demander davantage. Un autre point frappant est l'anti-cléricalisme radical du metteur en scène. Celui-ci décrit les religieuses comme une communauté de frustrées obligées de s'aimer entre elles ou de trouver un plaisir masochiste dans les pénitences infligées en attendant un homme désireux de les violer. On peut trouver le message excessif ou misogyne mais il s'agit simplement d'une illustration détournée et dédramatisée des fantasmes masculins les plus courants au Japon...et ailleurs.
Le personnage du révérend père est également bien typé: ayant perdu la foi, ce survivant mutilé de Nagasaki outrage plusieurs religieuse et met l'une d'elles enceinte. Plus tard, il s'adonne joyeusement à l'inceste avec sa fille. Lors du final, l'héroïne prendra sa revanche en brisant les statues de Jésus et la Vierge avec une rage décuplée.
"Le Couvent de la Bête Sacrée" est un film intéressant à plus d'un titre car il lève le voile sur un des fantasmes récurrents du japonais, à savoir la nonne lesbienne, perverse et masochiste qui endure des punitions horribles non pour la gloire de Dieu mais pour son seul plaisir coupable. Cette vision se retrouve dans de nombreuses productions de la même époque (ou plus récentes) comme "Secrets of a Woman's Temple", "Electric Bible" ou "Tales of Sacred Humiliation", aux cotés des autres obsessions nippones comme les lycéennes en chaleur (le fameux roricon, déformation abrégée du terme pathologique lolita-complex) et les infirmières subissant viols et lavements dégradants dans maintes oeuvrettes complaisantes.
On peut rapprocher le film de Suzuki des "Diables" de Ken Russell ou des "Religieuses de Saint-Archange" de Paolo Dominici, ainsi bien sur que de l'excellent "Intérieur d'un couvent" (qui lui est postérieur). Cependant on note aussi un certain humour décalé, comme en témoigne l'intrusion dans le couvent de deux hommes déguisés en soeurs, qui confère à l'ensemble un ton allègre et presque guilleret. Souvent plus intéressant que vraiment passionnant mais toujours agréable à suivre, voici un exemple de cinéma différent et novateur qui ravira les cinéphiles pervers. Dans mon genre...