LES MENOTTES ROUGES

Titre: Zeroka no onna akai wappa
ou: The Red Handcuff
ou: L'Aubergine est bien farcie
Réalisateur: Yukio Noda
Interprètes: Miki Sugimoto

 

Eiji Ego
Tetsuro Tanba
Hideo Murota
Yoko Mihara
 

  
                      
                      
                      
                      
Année: 1974
Genre: Sexploitation / Pinku
Pays: Japon
Editeur HK Video
Violence: * * * *
Erotisme: * * * *
Suite:  

75%

Résumé:

Une jeune flic masochiste, utilsant comme arme de redoutables menottes rouges, n'hésite pas à payer de sa personne pour retrouver la fille kidnappée d'un ministre. Elle infiltre la bande des ravisseurs et se laisse violer et battre avant de semer la discorde chez les truands.

 

Critique:

Voici un exemple typique du pinku eiga des seventies, ces films japonais violents et sexy dans lesquels une belle jeune femme subit moult outrages avant de se venger cruellement. A l'époque ignorés par la critique et méprisés par beaucoup, ces petites productions, assimilées à de simples films de cul sans ambition (celui qui nous occupe est jadis sorti sous le titre révélateur et cornichon de "L'Aubergine est bien farcie"!) ont depuis été ré-évalués. Acclamés par des cinéastes importants (dont l'inévitable Tarentino qui s'en est inspiré pour "Kill Bill"), accueillis dans des collections prestigieuses (HK et même Canal+ DVD), ces titres ont acquis un statut culte et une pérénité inespérée.

"Les Menottes Rouges" constitue un bon exemple de cinéma déviant et funky. Adapté d'un manga, il s'agit d'accumuler les séquences marquantes sur un scénario des plus minces. Les invraissemblances y sont légion, la plus frappante étant le temps que met l'héroïne à punir les méchants. En effet, avec toutes les armes et gadgets dont elle dispose (menottes volantes, mini-pistolet caché, etc. - le Q. des James Bond a dû passer par là pour lui fournir sa panoplie) on se demande pourquoi elle subit toutes ces tortures et humiliations. Parce que c'est le propre du cinéma d'exploitation? Oui, sans doute. D'autant que sinon, il n'y aurait pas de film!

A ce niveau, l'amateur aura tout ce qu'il cherche dans ce genre de produit, à savoir du sexe et de la violence. Les viols collectifs se succèdent, les filles sont fouettées, battues, humiliées, "bondagées" et réduites au rôle d'objet de plaisir acceptant stoïquement les désirs des mâles. Mais une inévitable scène lesbienne est aussi de la partie. Quoique pas très bonne actrice, Mademoiselle Miki compense par un corps parfait et un masochisme prononcé. Pour ceux qui pensent qu'il s'agit d'une glorification du machisme, rassurez-vous, la belle rendra la monnaie de leur pièce aux infâmes violeurs!

Concernant la violence, le cinéaste fait gicler le sang (écarlate et un brin irréaliste comme dans les films HK ou les chambarra des seventies) avec une belle santé. Les impacts de balles laissent des trous béants dans les poitrines et les coups font éclater les cranes comme des coquilles d'oeuf! On note aussi une scène de torture bien hard au cours de laquelle un traître a la main broyée dans un étau avant que son bras ne soit brûlé au chalumeau. Le traitement de la violence est d'ailleurs typiquement nippon, autant dire que l'on ne rigole pas vraiment devant de tels excès, même si le cinéaste évite le malsain, à l'inverse de certaines Category III Hong-kongaise type "Raped By An Angel".

On rapprochera aussi ce type de produit, par leur esprit, des polars européens et des gialli tournés à la même époque en Italie. Signalons également un côté caricatural trahissant les influences BD du film et un certain racisme (surtout anti-américain) affiché à gros traits: les méchants s'habillent à l'occidental et boivent du Coca! On retrouve aussi une légère contestation sociale lors de la présentation des politiciens, tous corrompus (le ministre sacrifie sa fille abusée et de nombreux innocents pour éviter le scandale), et des flics, qui usent de méthodes similaires à celles des truands.

Visuellement, le film est bien confectionné, avec une certaine outrance pop et psychédélique bienvenue. Certes on est loin d'Orson Welles mais, comparé à la pauvreté des films érotiques occidentaux de la même époque (comme les vignettes sexy glacées - style pub pour gel douche - de Just Jaeckin sur "Histoire d'O" ou de l'exotisme de pacotille des "Emmanuelle"), ces "Menottes Rouges" sont efficaces, quoiqu'assez cheap.

Le film se termine néanmoins par une belle escalade de brutalité: les truands s'invitent dans une maison bourgeoise pour violer et massacrer les habitants dans la tradition de "Orange Mécanique" ou "Last House On The Left". Ensuite, intervient une poursuite enlevée et violente, malgré le manque évident de moyen, qui devrait ravir les amateurs de bis: ça saigne beaucoup et les balles font de gros dégats dans l'anatomie des protagonistes.

Pour tous les spectateurs lassés de la médiocrité actuelle des séries B, voici une bonne soirée assurée. Mais peut-être pas le genre de film à montrer à une jeune fille que vous avez invitée à un premier rendez-vous...