PUBLIC ENEMY

Titre: Public Enemy
ou: Gonggongui jeog
Réalisateur: Woo-Suk Kang
Interprètes: Kyung-gu Sol ( inspecteur Kang Cheol-jung)

 

Sung-jae Lee ( Kyu-hwan Jo)
Shin-il Kang (chef inspecteur Eom)
Jeong-hak Kim (Détective Kim)
Yong-gu Do (Détective Nam)
 
 
Année: 2002
Genre: Thriller
Pays: Corée
Editeur CTV
Violence: * * * *
Erotisme: * *
Suite: Another Public Enemy

70%

Résumé:

Chul-joong, flic ripoux et dealer à ses heures, décide de remonter la pente afin de coincer un riche homme d'affaires psychopathe venant d'assassiner ses parents.

Critique:

Bon petit polar coréen bénéficiant d'une réputation enviable, PUBLIC ENEMY, constitue, pour caricaturer à gros traits, la rencontre du American Psycho de Bret Easton Ellis avec le BAD LIEUTENANT d'Abel Ferrara soudain tenté par une vengeance personnelle à la Dirty Harry.

Nous trouvons donc Chul Jung un flic un peu à la dérive, dont la femme a été assassinée, et qui vient de perdre son collègue, lequel s'est suicidé par crainte d'une enquête de la police des polices. Car notre flic n'est pas tout net et il ne néglige jamais un bon pot de vin pour fermer les yeux devant un délit, prêt même à revendre de la drogue saisie pour se faire un petit pactole. Notre ripoux va tomber un soir sur un psychopathe, Gyu Hwan, un homme d'affaires riche et respecté ayant assassiné ses parents pour garder un énorme paquet de fric investi dans de fructueuses actions en bourse.

Avec ses scènes bizarres ou surprenantes dans le cadre d'un "blockbuster" (masturbation sous la douche du tueur brave père de famille), ses gags étranges (le flic qui cherche des toilettes, finit par déféquer en pleine rue et se retrouve les mains pleins d'excréments en tombant par hasard sur le tueur), PUBLIC ENEMY donne dans le thriller haut de gamme, trouvant sa voie quelque part entre l'absurdité de la vie et la violence brute des meurtres. Le scénario, assez linéaire et peu original, se permet néanmoins quelques dérapages en roues libres, présentant l'un ou l'autre personnage bien frappé comme un suspect expert en couteaux décidé à démontrer son habileté.

Car le cinéaste laisse osciller son film entre le sérieux et l'humour, passant de séquences très violentes avec de nombreuses effusions de sang et des passages drôles ou quasiment absurdes. A l'image de la vie en générale, sans doute, même si, parfois, le mélange ne prend pas aussi bien que l'on aurait pu l'espérer. Les gags sont d'ailleurs plutôt lourds et n'hésitent pas, pour le pire, à verser dans le pipi-caca avec un peu trop d'insistance sur les pêts et les excréments. Heureusement, l'humour noir est également bien présent et en quantité suffisante pour donner le sourire aux amateurs.

Woo-Suk Kang se permet aussi quelques commentaires sociaux dès le générique où une voix off nous apprend tout ce que la Corée attend de ses "gardiens de la paix" avant que le héros n'ajoute que, lui, "il en fait le moins possible". Comme dans l'excellent BAD LIEUTENANT de Ferrara, un crime particulièrement ignoble va pousser le ripoux sur le chemin du salut et de la rédemption. D'où un affrontement violent entre le flic un peu frustre, brutal, paumé, à la dérive et à la réputation désastreuse et le serial killer respecté, froid, calculateur, manipulateur et en apparence irréprochable.

L'excellente performance des deux acteurs principaux est évidemment à signaler. Au fur et à mesure que l'enquête progresse, notre inspecteur commence à retrouver le sens de son métier et il se lance dans une véritable croisade contre la criminalité. "Tous ces criminels sont pour moi des enemis publics" déclare t'il avant d'adopter les méthodes musclées de Dirty Harry. Les amateurs de polars hard-boiled seront donc râvi que PUBLIC ENEMY ose aller au bout de son "message" lors d'un final brutal à souhait, un grand moment pour les nostalgiques du Eastwood ou du Bronson de la belle époque.

A l'image de la plupart des thrillers coréens récents (les fameux "nouveaux blockbusters asiatiques"), PUBLIC ENEMY se montre soigné visuellement. La photographie est adéquate, la mise en scène stylée mais sans excès, la musique efficace sans être inoubliable…Bref, on sent les compétences réelles de toute une équipe décidée à donner au spectateur un produit propre et bien fichu. Sans toutefois vraiment se dépasser puisque chacun se repose un peu sur les performances exceptionnelles des deux acteurs principaux. Comme souvent, le cinéaste ne résiste pas à quelques scènes nocturnes, sous une pluie battante, qui font toujours leur petit effet même si, depuis SE7EN, ce n'est plus vraiment original. Le look du tueur, vêtu d'un imperméable noir, rappelle un peu les gialli des seventies, tout comme les meurtres, pas vraiment crédibles mais à tout le moins bien gore et démonstratifs.

Cette bonne comédie noire n'est, malheureusement, pas exempte de l'un ou l'autre défauts. En particulier une durée excessive. En 2h 10, le cinéaste prend le temps de développer l'intrigue et les personnages mais le spectateur ne peut s'empêcher de regarder sa montre du coin de l'oeil en se disant que PUBLIC ENEMY eut beaucoup gagné à se voir ramener à une durée plus "traditionnelle". Car, finalement, l'intrigue reste sur les mêmes rails du débuts à la fin et, à mi-film, l'intérêt commence à s'étioler dangereusement. Le dernier quart d'heure, plus rythmé et rentre-dedans, permet quand même de terminer le métrage sur une note positive, à condition d'accepter son côté série B rétro, mais de trop nombreuses scènes sont tirées en longueurs ou inutiles pour que le spectateur ne soit pas un peu déçu, surtout eu égard à la réputation critique enviable de ce PUBLIC ENEMY.

Le rythme, lui aussi, est parfois un peu déficient: l'ensemble se traine et le spectateur a l'impression que le cinéaste tourne en rond et meuble son intrigue avec des scènes humoristiques pas vraiment inspirées, sans trouver le ton juste entre farce et drame d'action. Dommage aussi que la solution de l'enquête soit évidente dès le départ tant le réalisateur attire le regard vers un détail précis. Evidemment, comme on connaît de suite l'identité du tueur ce n'est pas réellement important mais cela traduit la difficulté du scénariste à se dépêtrer d'une intrigue attendue et sans surprise.

L'ensemble constitue au final un bon divertissement pour quiconque apprécie le style polar très violent mais décontracté. Dommage que les défauts précités empêchent le métrage d'atteindre un niveau supérieur. Regardable et sympathique, sans plus, PUBLIC ENEMY est finalement une bonne série B policière américaine des années 80…sauf qu'elle a été tournée en Corée en 2002.