LE BRAS DE LA VENGEANCE

Titre: Du bei dao wang
ou: The One Armed Swordsman Returns
Réalisateur: Chang Cheh
Interprètes: Jimmy Wang YU

 

Chiao Chiao
Liu Chia-liang
Tang Chia
Yuen Cheung Yan
Tien Feng
Ku Feng
Lau Kar Wing
Année: 1969
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Hong Kong
Editeur Wild Side
Violence: * * * *
Erotisme: * *
Suite: La Rage du Tigre

80%

Résumé:

Fang Dang, le Sabreur Manchot est heureux avec sa jeune épouse. Il s'est retiré du Monde des Arts Martiaux et vit la paisible existence d'un paysan. Mais deux cruels chevaliers, Sabre Blanc et Sabre Noir, l'invitent à participer à un tournoi, ordonné par les 8 Grands Rois. Ces derniers ont le projet de détruire toutes les écoles rivales et ont déjà capturés plusieurs maîtres. Le Sabreur Manchot décide de faire justice!

 

 

Critique:

Cette suite à Un Seul Bras les Tua Tous constitue un exemple assez jouissif de Wu Xia Pian gore et déjanté. Chang Cheh reprend le personnage du Sabreur Manchot, que Jimmy Wang Yu incarne à nouveau (il le fera encore souvent pour la Golden Harvest puis pour des petites productions Taiwanaises) mais de manière radicalement différente.

L'aspect romantique du premier film s'estompe en effet et le rythme posé cède la place à une véritable frénésie. Plus beaucoup de place pour la dramaturgie, tant les combats sont nombreux durant une centaine de minutes.

En effet, Jimmy Wang Yu est bien décidé à ne plus jamais combattre mais les méchants Rois des Arts Martiaux vont trop loin dans l'ignominie. Avec la bénédiction de sa tendre moitié, il reprend sa lame brisée et part en croisade contre le Mal. Le Mal, ici, ce sont donc les 8 Rois (en fait 7 Rois et une Reine aussi sexy que perverse) des Arts Martiaux, tous dotés de capacités et d'armes étonnantes. Wang Yu, pour les vaincre, se lance dans des chorégraphies totalement décomplexées: il vole littéralement, tourne sur lui-même comme une toupille en distribuant des coups de lame, bondit comme un cabri (aidé par des câbles souvent bien visibles!) et massacre à tour de bras. Car quoi qu'il n'ait qu'une main, celle-ci fait de terribles dégâts. Et les Grands Maîtres, aidés de gadgets meurtriers, ne sont pas en reste: bouclier métallique circulaire garni de lames, poignards cachés, sabre lance fumée, lame extensible, etc. Un vrai festival que l'on ne trouve souvent que dans les kung fu bis les plus délirants

Les deux chorégraphes du films, Liu Chia-liang et Tang Chia, se réservent les rôles de deux méchants, aux cotés de Lau Kar Wing, du familier Ku Feng et de Tien Feng, alias le Roi en chef, vicieux à souhait et dont personne de vivant n'a jamais vu la technique secrète. Bref, voici une belle brochette de sabreurs mégalos à la cruauté légendaire (ils exigent carrément des chevaliers de se trancher un bras pour sauver leur père) et Wang Yu saura châtier.

Entre les rares passages romantiques (souvent affligeants il faut l'avouer!), Wang Yu se déchaîne et le sang gicle de partout. En cinq minutes, le spectateur à droit à autant de morts violentes que dans tout un "Vendredi13": les sabres tranchent la chair à vif et l'hémoglobine vermillonne asperge le décor. Magnifique! Totalement décomplexée, la boucherie se montre pourtant inoffensive tant elle est excessive. Les guerriers, transpercés de plusieurs lames et mutilés, couverts de sang de la tête aux pieds, continuent de se battre pour l'honneur et la vengeance. Pas très crédible mais c'est très bien ainsi. Wang Yu, lui, s'interroge parfois sur les raisons de sa gloire: lorsqu'on lui remet une récompense ("le vrai roi du Sabre") il songe à la refuser ("tant de morts pour ça") mais sa femme lui fait remarquer qu'il serait encore plus malvenu de décliner l'honneur. Au final il la jettera pourtant, quasi le seul combattant encore débout dans un océan de corps saignants.

Jimmy Wang Yu n'est certainement pas un grand artiste martial et il n'est pas non plus le meilleur acteur du monde mais on sent que le bonhomme a du coeur à l'ouvrage et un certain charisme, n'en déplaise à ses détracteurs. Chang Cheh, lui, offre une réalisation assez basique mais qui sert fort bien le propos brut et sauvage de l'ensemble.

Bref, il s'agit d'un pur Wu Xia brutal qui ne s'embarrasse guère de l'accessoire (psychologie, intrigue, etc.) pour se concentrer sur l'essentiel: les combats ultra violents et même carrément gooooooooooore, à l'image du fameux Baby Cart 2. Pas un chef d'oeuvre mais un film jouissif et largement plus enthousiasmant que nombre de productions Shaw Brothers plus réputées.