LES ASSOCIES

Titre: Zong heng si hai
ou: Once A Thief
Réalisateur: John Woo
Interprètes: Chow Yun Fat (Joe)

 

Leslie Cheung (Jim)
Cherie Chung (Chérie)
Paul Chu Kong ("Parrain")
Kenneth Tsang ("Papa")
John Woo
David Wu
Année: 1991
Genre: Comédie policière
Pays: Hong Kong
Editeur HK Video
Violence: * *
Erotisme: * *
Suite:  

70%

Résumé:

Trois orphelins (deux garçons et une fille) sont élevés par un criminel qui se sert d'eux pour commettre des vols audacieux dans les galeries d'art. Mais ils possèdent également un "parrain", un policier qui veille sur leur destinée. Un jour les trois voleurs, devenus grands, vont devoir choisir leur voie.

 

Critique:

Once A Thief est un pur divertissement. Après la fin de sa collaboration avec Tsui Hark (lequel écrivit et dirigea la conclusion de la saga A Better Tomorrow), John Woo livre Une Balle dans la Tête, financé par sa propre compagnie, fondée avec Terence Chang. Le drame guerrier de Woo est sanctionné par un échec commercial injustifié et les deux hommes décident de donner au public ce qu'il attend. Le résultat sera un produit de Nouvel An, ouvertement commercial, un mélange de comédie, de romance et d'aventures interprétés par des comédiens renommés.

Le scénario est évidemment simpliste mais les références voulues par John Woo sont nombreuses. Outre l'évident hommage au triangle amoureux du Jules & Jim de Truffaut, notons les nombreux emprunts aux Caper Movie, ces comédies d'aventures légères illustrant les exploits de voleurs séduisants et audacieux. Woo cite ainsi plus ou moins ouvertement Jules Dassin (Topkapi), Norman Jewison (Thomas Crown Affair) ou Hitchcock (To Catch A Thief), des classiques intemporels. A l'image de ce Once A Thief qui possède une tonalité rétro tout à fait charmante.

Une des grandes qualités du métrage est finalement sa bonne humeur constante. Excepté un intermède dramatique en son centre, l'intrigue déroule les fastes de la comédie légère, typiquement hollywoodienne, des sixties. Tout est présent: séquences de vol hardies, passage obligé dans une vente aux enchères, voiture roulant sur les routes du bord de mer et, surtout, une époustouflante scène de bal. Dans celle-ci Cherie Chung danse avec Chow Yun Fat tout en subtilisant la clé d'un banquier avec l'aide de Leslie Cheung. Chaque interprète a le sourire et semble s'amuser sans prendre tout ça trop au sérieux; un ton primesautier qui se communique rapidement au spectateur.

Les acteurs sont d'ailleurs excellents. Chow Yun Fat, même cabotin, est classieux à souhait (sauf lorsqu'il mâchonne son chewing-gum au début!), Leslie Cheung charismatique et séduisant et Cherie Chung très jolie.

On peut toutefois regretter un manque de profondeur des personnages. Si Cherie Chung est au centre des attentions de ces deux prétendants cela ne va guère plus loin. Amoureuse de Joe (Chow Yun Fat) durant la première moitié du métrage, elle tombe dans les bras de Jim (Leslie Cheung) sans que l'amitié viril des deux hommes ne soit remise en cause. Le "papa" est également trop chargé pour convaincre: il est ignoble à souhait, gratuitement méchant même: il prive les enfants de nourriture, les frappe et, des années plus tard, pousse un handicapé dans les escaliers ou sacrifie ses hommes pour posséder un tableau de prix. A l'opposé, le "Parrain" est généreux, désintéressé et grand coeur.

Reste les séquences d'action, qui ne déçoivent nullement. Une course poursuite mouvementée (cascades réglées par Rémy Julienne) voit une série de voiture être pulvérisées dans les rues. Un grand moment.

Les fusillades sont elles aussi explosives et, au final, John Woo se lâche en utilisant par exemple un ballon et un micro-onde comme arme. Il propose aussi un tueur impitoyable nommé Black Jack qui lance au visage de ses victimes des cartes à jouer transformées en armes mortelles. Impossible de ne pas penser au Tireur, l'ennemi de Daredevil dans les bandes dessinées.

Bref, le résultat est un divertissement populaire de qualité et sans prétention, qui permet de passer un bon moment, entre action, comédie, drame et romance. Il ne faut pas en attendre un chef d'oeuvre, juste un bon moyen de se reposer l'esprit et de s'amuser durant près de deux heures. A ce titre, le pari de Woo est réussi. Ce fut d'ailleurs un gros succès du box-office et le cinéaste adapta plus tard le concept sous forme de série télé (médiocre!) aux Etats-Unis.