LE DEFI DE LA GRANDE MURAILLE

Titre: Long huo chang cheng
ou: Ninja Over The Great Wall / Shaolin Fist Of Fury
Réalisateur: Bruce Le et Kim Hui Lim
Interprètes: Bruce Le

 

Shikamura Yasuyoshi
Sit Baak
Yu Hai
 
 
 
Année: 1987
Genre: kung fu / bruceploitation
Pays: Hong Kong
Editeur  
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:  

75 %

Résumé:

Un expert chinois du kung fu et un maître japonais du karaté s'affrontent au cours d'un duel décisif pour l'honneur de leur pays respectif.

Critique:

Bruce Le a été durant des années un des nombreux clones (pas clowns !) lancés sur le demandeur marché du cinéma kung-fu suite à la mort de Bruce Lee. Après des débuts modestes à la Shaw Brothers (par exemple dans le très kitsch SUPER INFRAMAN) ce Taiwanais relativement doué pour les arts martiaux tourne de nombreux films dits de « bruceploitation » pour le compte des spécialistes du genre, comme Joseph Kong.

De la longue série de titres exploitant sa ressemblance avec le défunt Petit Dragon on retiendra surtout l’excellent (dans son genre) LES SIX EPREUVES DE LA MORT et, pour les plus pervers, le démentiel (et totalement nul) CLONES OF BRUCE LEE. Cependant l’acteur va ensuite montrer une certaine ambition, participant par exemple à la réalisation du réussi CASCADEUR CHINOIS avec un autre clone célèbre, Bruce Li.

Dans les années 80, Le va rencontrer le Français André Koob (pour lequel il joue BRUCE CONTRE ATTAQUE et LA FILIERE CHINOISE), participer à un oublié FEARLESS HYENA 3 (tourné sans Jackie Chan, bien sûr) et ajouter à sa filmographie quelques bruceploitations supplémentaires (dont des produits opportunistes constitués de scènes tirées de ses précédents métrages comme NINJA Vs BRUCE LEE). Bruce Le décidera finalement de changer un peu son fusil d’épaule : il passe réalisateur et tourne une poignée de métrages, dont ce DEFI DE LA GRANDE MURAILLE datant de la fin des années 80 et le Women In Prison CONFORT WOMEN.

L’intrigue de ce DEFI DE LA GRANDE MURAILLE se situe dans les années 30, alors que les troupes japonaises commencent à envahir la Chine. Après quelques images d’époque en noir et blanc, nous découvrons un certain Chi Keung (Bruce Le) combattant les soldats nippons qui ont tués sa mère et défendant la jeune Yip. Les deux jeunes gens fuient la guerre er arrivent finalement à Pékin où Chi Keung finit par combattre le maître japonais Shojiro, qu’il réussit à battre. Mais un second duel doit encore avoir lieu, cette fois sur la Grande Muraille…sera-t’il loyal ?

LE DEFI DE LA GRANDE MURAILLE est une production plutôt solide qui bénéficie d’un budget décent. Certes nous sommes loin d’un blockbuster mais Bruce Le s’est donné les moyens de ses ambitions et, en dépit de certaines contraintes monétaires que l’on devine malgré tout bien présentes, il parvient à réaliser un métrage possédant un certain style. La mise en scène, déjà, est bien plus travaillée que de coutume et réserve même quelques plans étonnants et très efficaces, comme lorsque le couple Chi Keung – Yip traverse un immense champ d’ossements, tels deux fantômes. Même la musique, souvent pénible dans le kung fu bis, évite les pièges des recyclages musicaux cent fois entendus et parvient à bien dynamiser un ensemble de qualité.

L’intrigue, pour sa part, utilise donc la classique opposition entre Chinois et Japonais via un fait réel déjà exploité dans LEGEND OF A FIGHTER et, plus lointainement, dans LA FUREUR DE VAINCRE. Une base historique qui servira aussi, bien plus tard, à FIST OF LEGEND et FEARLESS avec Jet Li. Cette reconstitution historique est, elle aussi, d’un bon niveau et le film ne fait jamais pauvre, ni bâclé, en particulier lors du duel final situé la nuit sur la Grande Muraille illuminée par des torches. Les combats, pour leur part, sont nombreux et de qualité, avec une figuration nombreuse qui évite tout sentiment de misère, en particulier lors des scènes utilisant une configuration type « arène » avec la foule encadrant les combattants.

Une des scènes clés du DEFI DE LA GRANDE MURAILLE rend également un hommage explicite à LA FUREUR DE VAINCRE, démarquant une des séquences les plus fameuses de ce métrage en montrant Bruce Le effectuer une descente tout en muscle sur un Dojo nippon. On note aussi des scènes originales comme l’attaque de Le par des Ninjas vêtus de blanc surgissant de la neige (un hommage à BABY CART sans doute) ou encore le duel, inédit dans l’histoire du cinéma, contre un Ninja dont le costume est en feu.

Le duel final, qui donne son titre au métrage, s’avère lui-aussi de très bonne qualité et on peut dire que Bruce Le montre vraiment ses capacités martiales tout au long de ce métrage, délivrant une de ses meilleures (la meilleure sans doute) performance, tant dramatique que physique. Un bon point pour un acteur trop souvent sous-exploité et réduit à une caricature grimaçante. Au cours de ce duel sur la Grande Muraille, Le utilise en outre des plans dessinés inspirés des rayons X pour montrer les os qui se brisent, une référence avouée au classique nippon THE STREETFIGHTER qui sera ensuite repris dans le piteux ROMEO DOIT MOURIR.

Niveau violence, Bruce Le ne lésine pas sur la brutalité, surtout dans la première demi-heure du métrage, le reste étant plus policé mais toujours assez sanglant malgré tout. Il utilise aussi, parfois, des filtres rouges figurant le sang qui coule, un effet assez sympathique qui donne un cachet supplémentaire à ce petit film fort recommandable.

L’ensemble, dénué d’humour, tranche avec beaucoup de bruceploitation essentiellement axées sur le divertissement et se permet une intrigue très pessimiste et noire puisque pratiquement tout le monde meurt et que le métrage se termine par l’invasion de la Chine par le Japon. Le sérieux général et les quelques considérations politiques ou légèrement philosophiques (sur le sens de l’honneur en particuliers) ne sont qu’effleurées mais ajoutent encore un petit « plus » qualitatif à un métrage qui ne manque décidément pas d’arguments pour séduire.

LE DEFI DE LA GRANDE MURAILLE n’appartient pas vraiment à la bruceploitation mais transcende en quelque sorte le genre pour aboutir à un résultat plus qu’honorable. Sans être un chef d’œuvre, le film demeure un kung fu très réussi et constamment intéressant dans lequel on ne s’ennuie pas une seconde. Une bonne découverte pour les amateurs du genre !