LE COLOSSE DE HONG KONG

Titre: Mighty Peking Man
ou: Goliathon
Réalisateur: Ho Meng Hua
Interprètes: Danny Lee

 

Evelyn Kraft
Ku Feng
Corey Yuen Kwai
Norman Chu
 
 
Année: 1977
Genre: Kaizu Eiga à la chinoise
Pays: Hong Kong
Editeur CTV
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:  

65 %

Résumé:

Une expédition partie explorer la jungle ramène une belle blonde et un singe géant qui se fâche tout rouge: gare au gorille!

Critique:

Lancé en 1976 par une Shaw Brothers désireuses de devancer le succès escompté du King Kong version John Guillermin, ce nanar ahurissant a gagné au fil du temps ses galons d'œuvre culte.

Célébré par beaucoup (de Starfix à Mad Movies chez nous, par Tarentino aux USA), Le Colosse de Hong Kong emprunte donc énormément à King Kong, mâtiné d'un soupçon de Tarzan, d'une pincée d'aventures exotiques sur la mode serial et d'une bonne rasade de Godzilla pour terminer.

C'est dire si nous nageons dans le n'importe quoi assumé. Mais, comme le signale ce grand comique de Christophe Lemaire, le film peut plaire à tout le monde. Les cinéphiles lui trouveront un côté rétro et poétique, les amateurs de bis seront aux anges et même les ricaneurs du dernier rang pourront se bidonner à loisir devant tant de bêtises.

Tout commence par un homme d'affaire décidé à capturer un monstre géant, réveillé dix ans plus tôt par un tremblement de terre. Il monte une expédition menée par Johnny (le dadais Danny Lee) afin de découvrir la bête en usant "de ce que l'homme possède et dont l'animal est dépourvu: l'intelligence". Après divers péripéties saugrenues (charge d'éléphant utilisant comme trucage une transparence totalement ratée; combat d'un indigène contre un tigre qui lui bouffe la jambe; etc.) nous sommes fixés: l'homme d'affaire est un salaud fini et Johnny est un brave garçon.

Il faut d'ailleurs admirer le jeu outré de Danny Lee, par exemple lorsqu'il assiste à l'exécution de l'indigène blessé dont on "abrège ainsi les souffrances". Le beau Johnny a d'ailleurs entrepris cette expédition pour oublier que son frère lui a piqué sa copine.

Un flash back émouvant nous montre ainisi Johnny entrant, un bouquet de fleur à la main, dans son appartement pour découvrir les tourtereaux enlacés nus sur un lit. Le frère tente bien de se justifier ("ce n'est pas ce que tu crois, c'est toi qu'elle aime"), rien n'y fait et Johnny, drapé dans sa dignité, part à la chasse au gorille géant.

Finalement, après quelques séquences sans intérêt, Johnny se retrouve seul et finit par découvrir le singe géant. Mais il met également la main (au propre comme au figuré d'ailleurs!) sur la belle Ah Wei (ou carrément Samantha dans l'impayable version française!), jouée par la Suissesse Evelyine Kraft. Et là, tout de suite, on dit plutôt "Ahhhhhh Ouais!"

La blonde se la joue volontiers Jane, fille de la jungle, mais porte pourtant rouge à lèvres et fard à paupière, ainsi qu'une très belle permanente qui a dut rendu jaloux les chanteurs de hard-rock de l'époque. Johnny et Ah Wei tombent bien sûr rapidement amoureux l'un de l'autre et une série de scènes d'une hallucinante niaiserie se déroulent alors, parfois au ralenti comme si Claude Lelouch faisait des émules en Asie.

Course dans la jungle, galipettes aquatiques et même une danse d'Ah Wei qui porte sur ses épaules son léopard apprivoisé, un grand moment d'émotion. Le cinéaste Ho Meng-Hua, toujours soucieux de la belle image, essaie de capter le moment attendu par tous les spectateurs, à savoir celui où la poitrine d'Evelyn Kraft va jaillir de son bikini en peau de bête. Ce qui se produit parfois, très furtivement hélas. Pour se consoler, le réalisateur place sa caméra sous la mini jupette de la starlette suisse et nous la montre grimper aux arbres. Effectivement, c'est un grand moment de cinéma!

Mais le monstre, où se cache t'il me direz-vous? Et bien pas loin, comme disait Richard Crenna prisonnier des ruskofs dans Rambo III (ce qui n'a rien à voir mais le bon goût appele le bon goût et le grand cinéma mérite des références à la hauteur). Car Ah Wei et le singe sont copains comme cochon et Johnny décide de ramener à la fois la belle et la bête à Hong Kong. C'est le moment choisi par l'investisseur véreux pour revenir dans l'intrigue et organiser l'exhibition du monstre. Genre King Kong à Hong Kong, quoi.

Mais, une fois dans la Colonie, tout se gâte. Johnny jette Ah Wei pour retrouver son ex (drôle d'idée!) et notre homme d'affaires en profite pour tenter de violer la belle indigène. Le grand singe, jusque là plutôt tranquille dans sa cage, s'énerve alors très fort et s'évade, détruisant tout sur son passage. Il prend ensuite sa dulcinée dans sa main velue et, se souvenant très fort d'un certain classique du cinéma des années trente, grimpe en haut du plus haut building de la ville, histoire d'offrir une cible facile pour les hélicoptères de l'armée.

Le Colosse de Hong Kong est véritablement l'exemple typique du cinéma bis tel que le grand public se l'imagine: râté, naze, stupide mais jamais ennueyux et souvent drôle. Régulièrement cité, il fait depuis trente ans le bonheur des amateurs tant le métrage recèle toutes les qualités et les défauts (souvent les mêmes d'ailleurs!) du genre. Des séquences d'une hallucinante naïveté voisinent avec l'un ou l'autre passage gore, les effets spéciaux sont terriblement ratés, mais le rythme est soutenu, l'intrigue bien menée (avec quand même une forte tendance à user de la photocopieuse), l'humour présent (quoique souvent involontaire) et le figurant dans son costume de singe miteux prend visiblement plaisir à écraser des maquettes.

Et puis Evelyn Kraft est indubitablement une des starlettes les plus sexy de son temps. Le spectateur, lui, apprécie ce grand moment de cinéma régressif et décomplexé, aussi jouissif au premier qu'au second, voire au dixième degré.

Pas un chef d'œuvre mais un bon divertissement Z qui permet de passer un excellent moment. Et c'est tout ce qu'on lui demande, non?