LEGEND OF A FIGHTER

Titre:  
ou: Legend of a fighter
Réalisateur: Yuen Woo Ping
Interprètes: Leung Kar-yan

 

Yuen Yat Chor
Yasuri Kurata
Bruce Leung
 
 
 
Année: 1982
Genre: Kung Fu Masterpiece!
Pays: Hong Kong
Editeur HK Legend
Violence: * * *
Erotisme: *
Suite:  

90%

Résumé:

Au début du vingtième siècle, dans une époque troublée, Ho Yuen Chia désire apprendre les techniques ancestrales de sa famille. Mais il se heurte au refus de son père, lequel s'appuie sur un précepte séculaire: "on ne peut apprendre le kung-fu aux faibles ni aux étrangers". Considéré comme insuffisamment doué, le jeune Ho Yuen Chia n'a pas droit à l'entraînement de ses frères. Il est pourtant régulièrement agressé par les membres des écoles rivales. Un jour, il croise la route d'un professeur acceptant de lui prodiguer ses conseils.

 

 

Critique:

Yuen Woo-Ping livre ici un extraordinaire kung-fu pian à l'ancienne et adapte à l'écran la vie d'un héros chinois qui eut une influence déterminante sur les arts martiaux. Révolté par la transmission héréditaire des secrets, épuisé par les combats entre écoles suite à d'innombrables différences de style, Ho Yuen Chia se révolte. La Chine est alors en pleine déroute et le kung-fu constitue un bon moyen d'unifier le pays pour lui rendre sa gloire. En opérant une fusion des différentes techniques en un art martial accessible à tous, Ho Yuen Chia (décédé dans des circonstances mystérieuses) offre aux Chinois une raison de se montrer fiers de leurs traditions.

Le cinéma s'inspira de ce personnage à plusieurs reprises mais ce sont surtout ses élèves qui seront mis en scène, dans La Fureur de Vaincre (et ses dérivées) ou encore dans Fist of Legend.

Yuen Woo Ping à l'époque de ce métrage, vient de triompher avec la kung-fu comedy mais, comme souvent à Hong Kong, le genre agonise déjà, victime de trop nombreux décalques. Les imitations de Drunken Master et de Snake in the Eagle's Shadow se suivent frénétiquement et le cinéaste trouve une nouvelle voie en revenant à un aspect nettement plus sombre et sérieux des arts martiaux. On trouve pourtant une séquence de comédie bouffonne sur un bateau, avec un Chinois fumeur d'opium qui humilie un "collaborateur" et un Occidental désireux de "s'offrir" une jeune demoiselle. La scène est drôle en soi mais tellement hors sujet que l'on a soudain l'impression d'avoir zappé sur une autre chaîne, si vous me permettez l'expression. Que vient faire cette pantalonnade de dix minutes en plein milieu de 80 autres, solennelles, recueillies et intenses? Détendre l'atmosphère peut-être? En tout cas ce sera le seul passage faible d'un film sinon en tout point remarquable. Jamais l'expression "all time classic" n'aura été plus appropriée: en résumé on passe à un cheveu du chef d'oeuvre absolu. Pas moins !!!

Le scénario, ici, ne se limite pas à la sempiternelle rivalité entre école, il pousse nettement plus loin la réflexion en présentant un personnage complexe et travaillé. Quoiqu'il désire rendre à la Chine sa gloire, afin de prouver que son peuple n'est pas "inférieur" aux autres, Ho Yuen Chia ne peut partager tous les préceptes ancestraux érigés en dogmes.

Quelques scènes sont d'ailleurs éloquentes. Lors d'un défi, le représentant de l'école de l'aigle promet de se briser la jambe en cas de défaite. Il est vaincu par Ho Yuen Chia et les frères de ce dernier demande au perdant de respecter sa promesse. Au dernier moment Ho Yuen Chia s'interpose: "gagner ou perdre fait partie de la vie et ne prenons pas tout cela trop au sérieux, soyons plutôt ami". Le père de Ho Yuen Chia, impressionné, décide d'en faire son successeur. Un autre passage voit le jeune homme se révolter contre les "commandements de la famille" qui imposent de garder ses secrets. Il brise alors la planche de bois, autrefois si vénérée, où sont inscrits les préceptes obsolètes.

Reste la séquence finale, le combat entre l'élève et son ancien maître, représentant du karaté japonais. Quoique ni l'un ni l'autre ne désirent se battre, ils devront aller jusqu'au bout, l'un pour redonner fierté à la Chine, l'autre pour respecter les enseignements du Bushido. La mort d'un des deux amis est inévitable car, comme le dit le père de Ho Yuen Chia: "tu peux supporter la défaite, comme notre famille. Mais la Chine ne le peut pas". Entouré de toutes les écoles de kung-fu venues assister au défi mortel entre le kung-fu et le karaté, les deux combattants ne sont plus simplement des êtres humains mais bien les représentants de deux nations rivales. Un duel final démentiel, dans un dojo, où les adversaires se déchaînent littéralement, Ho Yuen Chia refusant d'abord de rendre les coups pour ensuite devenir une machine à tuer.

Encore un mot sur les interprètes, extraordinaires, que ce soit Yuen Yat-Chor (qui joue Ho Yuen Chia jeune) ou Leung Kar-Yan, ce dernier reprenant le rôle lorsque le personnage atteint l'âge adulte. Quant à Yasuri Kurata, il incarne le précepteur / espion nippon. Un rôle qu'il reprendra dans Fist of Legend, réinterpretant le personnage avec quinze ans de plus pour combattre Jet Li, un élève de Ho Yuen Chia.

En résumé Legend of a Fighter propose un scénario solide, des acteurs parfaits, une réalisation inspirée, des chorégraphies au top niveau, un peu d'humour mais léger et point trop envahissant (durant les quarante premières minutes essentiellement), une multitude de combats absolument fantastiques, des personnages travaillés et même quelques passages un peu philosophiques qui invitent à la réflexion.

ALL TIME CLASSIC!!!