LA FAMILLE INDIENNE

Titre: Kabhi Kushi Kabhie Gham
ou: K3G
Réalisateur: Karen Johar
Interprètes: Shahrukh Khan

 

Kajol
Hrithik Roshan
Amitabh Bachchan
Jaya Bachchan
Kareena Kapoor
Farida Jalal
Rani Mukherji
Achla Sachdev
Année: 2002
Genre: Drame romantico-familial et musical
Pays: Inde
Editeur  
Violence: *
Erotisme: * *
Suite:  

80 %

Résumé:

Rohan et Rahul ont été élevé par les riches Yash et Nandini. Rahul est un enfant adopté et le "malheur" veut qu'il tombe amoureux d'une jeune fille pauvre, Anjali, et refuse d'épouser sa promise Naina, de plus haute classe sociale. Yash rejette l'union et Rahul quitte la demeure familiale avec sa nouvelle épouse. Alors que la mère de Yash se meurt, Rohan décide de réunir la famille disloquée.

Critique:

Karen Johar signe un nouveau classique bollywoodien après le phénoménal Laisse parler ton cœur (aka Kuch Kuch Hota Hai). Pour cette réussite, il reprend les ingrédients ayant assuré le succès du titre précité et en particulier la structure qui inclut un énorme flash-back, lequel occupe la quasi intégralité de la première partie du film, soit près d'une heure trente. Après l'entracte, nous revenons au présent: les personnages et les problèmes vécus ont été posés, le drame se joue sous nos yeux et se dénoue peu à peu jusqu'au happy end.

Au niveau du faste et de la figuration, c'est carrément l'embollie avec des voyages autour du monde, de l'Inde à Londres en passant par les pyramides égyptiennes. Des centaines de danseurs et danseuses se déhanchent lors des mémorables passages chantés. Monumental, à tel point que les bonus comparent le film à un "Titanic" indien.

Gros concentré d'émotions pures couplés à un déluge visuel absolument irrésistible et enchanteur, K3G fut la plus grosse recette indienne de tous les temps. C'est compréhensible au vu de sa réussite patente.

L'intrigue tourne autour du poids des traditions, des marriages arrangés et de la place de la femme ("un mari est un dieu pour son épouse"), lesquels sont abordés au travers d'un kalédioscope de personnages bien développés. Ces derniers sont très riches et ce déluge d'opulences pourraient sembler un peu déplacé au vu de la situation de la majorité de la population indienne. Mais il ne s'agit que de cinéma, de divertissement et, osons le dire, de conte de fées, comme en témoigne la vision très sitcom du collège anglais dans lequel se déroule une partie de l'intrigue.

Malgrè la gravité du sujet, l'humour est néanmoins de la partie, ainsi que quelques séquences beaucoup plus légères. Le ton reste cepandant un peu plus grave que dans Kush Kush Hota Hai et on trouve moins de passages purement humoristiques.

L'alchimie entre le côté "léger" et le côté "dramatique" est peut-être un poil moins maîtrisée, à moins, tout simplement, que le thème de Kush Kush Hota Hai soit plus immédiatement parlant et universel. K3G nécessite donc un peu plus d'effort pour entrer dans l'intrigue mais, une fois qu'on jongle avec les différents protagonistes, il devient aiser de se passionner pour leurs problèmes et contradictions. Et, bien sûr, les larmes ne tarderont pas à perler aux yeux des plus sensibles.

Les morceaux chantés, pour leur part, sont tous exceptionnels, en particulier la plage titulaire. Celle-ci revient vraiment souvent durant la projection, de manière répétitive et lancinante mais, heureusement, la qualité de ce titre ("dans la joie et dans les larmes") est telle qu'on se surprend à chercher le livret pour chanter les paroles (ce qui est possible puisque le DVD propose toutes les chansons en version clip et karaoké). Mémorable dès la première écoute.

Beaucoup de scènes sont objectivement de grandes réussites. Karen Johan connaît la recette de la potion magique du mélodrame efficace et sait composer des séquences inoubliables et irrésistibles. Racontées sur papier, certaines sembleraient sans doute naïves, clichées ou excessives mais, à l'écran, le cinéaste les rend fluides et belles. Une fois de plus, le bonhomme pourrait faire pleurer une pierre mais, rapidement, il repart sur un passage chanté époustouflant ou un autre humoristique. Alors on range les mouchoirs et on se laisse emporter par la beauté des chorégraphies et les dialogues savoureux. Il jongle avec les émotions de son public tel un artiste de cirque virtuose et le rire succède logiquement aux larmes.

Le casting est, pour sa part, éblouissant, avec une troupe d'actrices magnifiques et une poignée d'acteurs classieux et séduisants, menés par le vétéran Amitabh et le couple Kajol / Shahrukh Khan, absolument rafraichissant. Citons aussi Farida Jalal, dans le rôle de DJ, la maman de substitution du couple précité. Mignon comme tout.

Dans un autre registe, la performance de Kareena Kapoor est assez impressionante. La belle demoiselle joue Poo et adopte un style exentrique qui rappele dans les meilleurs moments "Clueless" et dans les pires "Legally Blonde". Elle est LE personnage comique du métrage, une écervelée outrageusement sexy et provocante style "je suis une salope et j'en suis fière" mais elle parvient à éviter le piège de la vulgarité pour une sorte d'auto-parodie en roue libre. Au fil du scénario Poo va d'ailleurs se transformer pour devenir plus supportable et attachante. Chacun est libre d'apprécier ou pas ce numéro délirant en particulier lorsque résonne un joyeux "It's raining men". En tout cas le tout est fort divertissant.

On peut bien sûr pinailler sur quelques détails. Tout d'abord il faut comprendre que l'ensemble dure près de 3h30. Dire que l'on ne les voit jamais passer serait mentir mais, si on sent parfois le rythme faiblir ou l'intérêt s'étioler légèrement, c'est pratiquement inévitable devant une telle saga fleuve. Je conseille d'ailleurs une petite pause à la mi-film, pour reproduire le phénomène d'entracte, afin de se reconcentrer pour la suite.

Le scénario n'est pas non plus d'une originalité folle et l'histoire se développe de manière assez attendue. Mais, si on joue le jeu et qu'on considère le tout comme une sorte de conte de fée familial enchanteur, cet aspect déjà vu devient bien moins ennuyeux.

Néanmoins, à quelques détails près, cette Famille Indienne est l'assurance d'une (longue) soirée réussie et pleine d'émerveillement, de rires, de larmes, de chants et de danses.

PS: le titre français est vraiment peu inspiré et accrocheur à mon sens. Autant dans cette logique traduire "Gone With The Wind" par la "Famille Américaine", non?

Le DVD zone2, lui, est vraiment bien fourni en bonus divers. Certains sont juste anecdotiques (la présence de tous les numéros chantés en version clip ou karaoké), d'autres plus intéressants (le reportage comique sur le tournage) et d'autres passionnants (l'interview de Johar qui présente les nombreuses scènes coupées), aux côtés des classiques bandes annonces et présentations du film.

De la belle ouvrage doté d'un livret richement fourni.