J.S.A. - JOINT SECURITY AREA

Titre:  
ou:  
Réalisateur: Park Chan-Wook
Interprètes: Song Kang-Ho

 

Lee Young-Ae
Lee Byeong-Heon
Kim Tae-Wu
Ko So-Young
 
Année:  
Genre: Thriller / Politique fiction / drame
Pays: Corée
Editeur CTV
Violence: * * *
Erotisme: *
Suite:  

80 %

Résumé:

La situation est tendue entre les deux Corées depuis qu'un crime a été commis dans un poste-frontière. Une experte suisse est dépêchée sur place pour mener l'enquête et finit par découvrir la vérité.

Critique:

A une époque où la plupart des blockbusters sont d'une pauvreté scénaristique édifiante, au point qu'une seule vision suffit à les cerner, il est agréable de rencontrer un métrage comme Joint Security Area.

En effet, ce thriller coréen s'avère d'une richesse thématique et cinématographique insoupçonnée, au point qu'une seule vision paraît largement insuffisante pour en apprécier la complexité. Les différentes versions des faits sont énoncées, se contredisent, s'enrichissent, créant une sorte de puzzle où chaque pièce, peu à peu, va trouver sa place. Où le passé de l'enquêtrice suisse sera finalement dévoilé. Et ou une réplique en apparence anodine entraine un dernier drame (la scène finale)…

L'intrigue se noue dans un poste frontière, situé entre les deux Corées. Des soldats nordistes et sudistes gardent l'endroit, afin de prévenir une éventuelle invasion dans une période troublée marquée par la reprise des essais nucléaires. Une nuit, un massacre survient dans le poste frontière et une enquêtrice neutre, une Suissesse d'origine coréenne, est dépêchée pour résoudre l'affaire. Très vite elle met à jour des incohérences dans les témoignages des survivants et soupçonne ces derniers de mentir…

La construction du métrage se déroule en trois actes, marqué par les mots Area, Security et Joint. La partie centrale du récit est constitué par un long flash-back qui nous montre la vérité: les soldats avaient fraternisés et se retrouvaient chaque soir dans le poste frontière pour discuter, jouer, fumer des clopes en parlant de leur petite amie, etc. Ils se battent aussi pour s'amuser, en sautant sur un pied et en essayant de se faire tomber, ce qui finalement est quand même plus intelligent que de se tirer dessus pour des idéologies politiques douteuses.

Le souhait du cinéaste était de montrer les ressemblances entre les deux communautés, lesquelles ne sont finalement pas si différentes qu'elles le paraissent. Et, à la vision du film, la séparation parait ridicule et pourtant terriblement présente, au point qu'un soldat ne peut franchir la ligne de démarcation pour ramasser une casquette où qu'un "merci" échangé avec le camp opposé est puni de mort!

La situation peut sembler complexe pour les Occidentaux mais l'intelligence du cinéaste est d'envoyer une Suissesse enquêter, ce qui permet de résumer la situation et de livrer des informations historiques, sociales et politiques pertinentes qui ne paraissent jamais ennuyeuses ou didactiques. Nous suivons donc les destinées croisées de quatre soldats devenus amis même si ils appartiennent à des camps opposés. Ils verront leur existence brisée par des considérations politiques qui les dépassent.

Même si ils se traitent de "sales capitalistes" ou de "sales communistes", les soldats n'en sont pas moins des hommes, séparés par une décision extérieure et pourtant terriblement proches dans leurs habitudes. Park Chan-Wook a d'ailleurs l'intelligence de ne jamais juger et ne prend parti ni pour l'un ni pour l'autre camp. Une des répliques cruciales intervient à la fin du métrage, lorsque l'un des soldats affirme "j'aurai pu tirer le premier", prouvant que la culpabilité ou l'innocence tiennent à peu de chose, entraînant "le déshonneur ou une médaille" selon les points de vue.

Joint Security Area constitue donc une œuvre importante et riche, située quelque part entre le drame humain, la politique fiction, le thriller, le film social et le suspense. Par sa construction étudiée, son scénario bien écrit et sa mise en scène réfléchie (utilisation récurrente de séquences semblables ou de mouvements de caméra inversés offrant un contrepoint à des passages précédents), Joint Security Area est une réussite. Mais c'est probablement la qualité exceptionnelle d'une interprétation toujours juste qui lui donne la crédibilité nécessaire.

En résumé, un film suffisamment fort et intelligent pour qu'on ait envie de s'y replonger rapidement, ce qui mérite d'être signalé.