L'îLE
Titre: Seom
ou: The Isle
Réalisateur: Kim Ki-Duk
Interprètes: Jung Suh

 

Yoosuk Kim
Sung-hee Park
Jae-hyeon Jo
Hang-Seon Jang
 
 
Année: 2000
Genre: Drame / Romance / Erotique
Pays: Corée
Editeur Studio Canal
Violence: * * * *
Erotisme: * * *
Suite:  

80%

Résumé:

Un ancien policier ayant assassiné sa fiancée trouve refuge dans une petite maison touristique flottant sur un lac. Là il rencontre une jeune fille solitaire ayant renoncé à la parole qui se prostitue parfois. Une relation trouble et masochiste se noue entre ses deux êtres déboussolés.

 

Critique:

Une oeuvre hors norme et originale, basée sur la beauté des images et des paysages. A la fois poème cinématographique, conte philosophique malsain et film érotique glauque, "L'île" s'avère une expérience: elle se vit plus qu'elle ne s'explique.

Selon l'humeur du spectateur ou l'adéquation de ses désirs refoulés avec les fantasmes du cinéaste, le film paraît superbe ou profondément ennuyeux. La relation physique entre les amants se passe de la moindre parole échangée et évolue en une série de stades où interviennent le sado-masochisme et l'auto-mutilation. A ce titre, les scènes de violences peuvent choquer, tout comme les cruautés non simulées envers des animaux (poissons découpés vivants, animal dévoré vif, oiseau noyé).

La tentative de suicide de l'homme (il s'enfonce des hameçons dans la gorge) est presque aussi éprouvante que la scène similaire où la femme se mutile le vagin avec les mêmes hameçons. Un renoncement symbolique à la sexualité alors qu'elle attend que son amant vienne la repêcher...au sens propre! On peut trouver cette relation ambigue et destructrice excessive mais le cinéaste porte sur son sujet un regard distancié. Le message prétend apparemment que, lorsque les mots ne suffisent plus, la seule façon d'exprimer ses sentiments réside dans la violence, fut-elle auto-infligée. Kim Ki-Duk recoure donc à certaines images très crues et relance le sujet par des explosions de violences (viols et meurtres compris), avant de filmer un homme découper un sushi dans un poisson vivant.

Nous sommes bien en présence d'un film estampillé Catégorie III, avec tous les excès que cette classification implique, notamment une certaine fascination pour les prostituées vulgaires et ultra-vénales. Le metteur en scène affiche aussi une certaine fascination pour les fluides corporelles et filme ses personnages urinant ou déféquant dans l'eau.

Une oeuvre d'auteur, réalisée par un intellectuel assumant ses travers et obsessions les moins avouables. La caractérisation des personnages et l'originalité formelle empêchent d'ailleurs le moindre ennui malgré une construction lente et contemplative. Pas aussi obscur qu'un David Lynch, cette "île" nécessite cepandant un certain effort - intellectuel et surtout émotionel - de la part du spectateur. Lors d'un final beau et morbide, Kim Ki-Duk affirme que la véritable île est le vagin de son héroïne. Une fente qui constitue le seul refuge possible pour l'homme désespéré. Perturbant, envoûtant et réussi.