INTIMATE CONFESSIONS OF A CHINESE COURTESANE

Titre: Ai Nu, esclave de l'amour
ou: Ai Nu
Réalisateur: Chu Yuan
Interprètes: Lily Ho

 

Betty Pei
Yueh Hua
Fan Mei Sheng
Alan Tsui
 

 

Année: 1972
Genre: Wu Xia Pian / Erotique / Drame
Pays: Hong Kong
Editeur CTV
Violence: * * *
Erotisme: * * *
Suite: Lust For Love Of A Chinese Courtesane [remake]

85%

Résumé:

Une jeune femme, après avoir été violée, est contrainte à la prostitution dans un bordel de luxe. Elle apprend les arts martiaux et prépare sa vengeance.

Critique:

Classique légendaire, le chef d'oeuvre de Chu Yuan se devait d'être à la hauteur de sa réputation, celui d'un superbe Wu Xia Pian qui fricote sur les terres de la romance, du drame et, bien sûr, de l'érotisme. Et, miracle, la réussite tant vantée est conforme à nos attentes, s'imposant comme un incroyable métrage, aussi sanglant que raffiné, aussi brutal que sensuel!

Alors que, depuis l'avènement du cinéma machiste de Chang Cheh via LE RETOUR DE L'HIRONDELLE D'OR et la trilogie du SABREUR MANCHOT, le film de sabre était devenu l'apanage des héros virils, Chu Yuan remet la femme à l'honneur. Eclipsées par Jimmy Wang Yu et ses semblables, les belles demoiselles du Wu Xia reviennent sur le devant de la scène, plus charmantes que jamais. Mais, cette fois, elles se passent des mâles et s'aiment entre elles, puisque INTIMATE CONFESSIONS OF A CHINESE COURTESANE est le premier (du moins je le pense!) des Wu Xia érotiques mettant en scène des épéistes lesbiennes.

Le film nous convie donc à assister à l'affrontement opposant Betty Pei Ti, tenancière de bordel homosexuelle, et Lily Ho, alias Ai Nu, héroïne principale de cette histoire. Une intrigue d'ailleurs fort simple, bien éloignée des enquêtes tortueuses et des récits fertiles en rebondissements que sont, par exemple, LA GUERRE DES CLANS, LE SABRE INFERNAL ou LE COMPLOT DES CLANS. Ici, foin de complexe construction, simplement une vengeance implacable et longuement mûrie. L'essence du film martial, donc, celui que l'on surnomme affectueusement, "Cinema of Vengeance".

Chu Yuan, souvent peu porté sur la violence gratuite, n'hésite pourtant pas à faire gicler le sang lors d'un final anthologique qui multiplie les membres tranchés et les éclaboussures écarlates. Mais, comme d'habitude, il livre un très beau travail au niveau du cadre, de l'élégance et des couleurs, accouchant d'un métrage gracieux à souhait. L'érotisme est très présent mais uniquement suggéré, fugace, douceâtre. Le spectateur n'aura droit qu'à de brefs baisers entre femmes, qu'à quelques corps dénudés enjolivant le décor. Rien de démonstratif et pourtant Chu Yuan atteint son but alors que bien d'autres, plus enclin à tout montrer, ne parviennent qu'à livrer des produits d'exploitation sans beaucoup d'intérêt.

Car, au fil des découvertes, Chu Yuan s'impose comme un des plus grands metteurs en scènes de la Shaw Brothers, si ce n'est le plus grand. Sa maîtrise s'impose, tout comme sa rigueur et son sens du spectacle. Alors, on pourra évidemment chipoter sur quelques facilités ou effets un peu lourdingues mais, avouons le, le réalisateur nous offre une réussite grandiose. Mais, Chu Yuan a-t-il jamais déçu, finalement?

Chu Yuan, ici, se concentre sur ces dues beautés tragiques et fatales, négligeant les personnages masculins, comme le policier qui ne parvient pas à coincer la belle Ai Nu. Fort peu vraisemblable, c'est vrai, d'autant que le cinéaste ne donne guère l'occasion de s'exprimer à Yueh Hua. Les quatre riches notables dont cherche à se venger la courtisane outragée ne sont guère menaçant, eux non plus, mais l'important est ailleurs. Et, encore une fois, c'est la relation trouble liant les deux demoiselles qui, seule, semble motiver le cinéaste.

Si l'émotion, le drame, l'érotisme et la romance sont privilégiés durant les trois quarts du récit, Chu Yan n'hésite pas à offrir un final martial du plus bel effet pour conclure son film de façon magistrale. Là, les chorégraphies sont excellentes, très convaincantes et efficaces, même si la violence s'avère poussée dans ses derniers retranchements, à l'image des Wu Xia signés Chang Cheh à la même époque.

Le troisième long-métrage de Chu Yuan pour la Shaw Brothers est donc une véritable réussite qui donnait à son public de l'époque un mélange encore inédit d'érotisme et de violence, pavant la voie aux futurs excès de la CatégorieIII, même si, par sa maîtrise formelle exceptionnelle, l'œuvre a finalement peu en commun avec ces produits d'exploitation. Néanmoins, on peut rapprocher ces Confessions Intimes des nombreux récits axés sur le saphisme alors en vogue, spécialement en Europe, des LEVRES JOURS à COMTESSE BATHORY en passant par la trilogie de la Hammer Films consacrée aux vampires Karnstein (comme le fameux LUST FOR A VAMPIRE) et, bien sûr, les films de Jean Rollin (style LE VIOL DU VAMPIRE) ou Jess Franco (avec LA COMTESSE AUX SEINS NUS). Bien sûr, Chu Yuan ne se rend pas coupable de semblables excès et son film demeure bien sage en comparaison des titres précités. Mais, pour le public hongkongais, nul doute que ce fut une fameuse claque.

Avec son interprétation hors pair, sa mise en scène grandiose, sa photographie sublime, ses décors et costumes magnifiques et son érotisme délicat, INTIMATE CONFESSIONS OF A CHINESE COURTESANE s'impose comme un chef d'œuvre du Wu Xia, de Chu Yuan et de la Shaw.

En fait, un chef d'œuvre du cinéma. Tout simplement.