HUMAN LANTERNS

Titre:  
ou: Human Skin Lanterns
Réalisateur: Sun Chung
Interprètes: Lo Lieh

 

Lau Wing
Chen Kuan-tai
Tim Lei
 
 

 

Année: 1982
Genre: Wu Xia / Horreur / kung fu
Pays: Hong Kong
Editeur CTV
Violence: * * *
Erotisme: * * *
Suite:  

65%

Résumé:

Tan Fu ridiculise publiquement le riche Long, lequel décide de contacter Chunfang, un confectionneur de lanternes, afin de remporter un concours. Mais Chunfang utilise pour créer ses œuvres de bien macabres ingrédients.

Critique:

Human Lanterns est un des derniers métrages issus des mythiques studios de la Shaw Brothers. Il date de 1982 et témoigne de l'envie du studio de s'éloigner du Wu Xia / Kung Fu ayant fait sa gloire. Toutefois, il ne s'agit pas de faire complètement table rase du passé et Human Lanterns garde les marques de fabrique coutumière de la Shaw, en particuliers les nombreux combats martiaux.

Car le métrage est assez unique dans sa manière de mélanger les arts martiaux à l'horreur, sans négliger une pointe d'érotisme. Bref, il annonce les futurs excès de la Cat3 mais en gardant un certain luxe classieux qui l'élève au-dessus du tout venant basé sur des scénarios similaires. A ce sujet, notons l'influence évidente de quelques classiques du cinéma d'horreur occidental, comme par exemple Un Baquet de Sang de Roger Corman ou même les œuvres de Hershell Gordon Lewis.

Le résultat, prometteur, est néanmoins assez bancal, alternant des scènes martiales assez traditionnelles mais bien ficelées à des passages de pure exploitation, à savoir des tortures et une pincée d'érotisme, avec des victimes peu vêtues dont on retire la peau dans de belles giclées écarlates. L'ensemble possède donc un certain charme, même si - avouons le - le métrage paraîtra sans doute bien fade selon les standards actuels. Il est parfois, également, un peu kitsch pour ne pas dire ridicule, mais cela ne devrait pas rebuter les amateurs de séries B (voire Z), le public probablement le plus à même d'apprécier ce spectacle.

Etrangement, l'œuvre ne présente ni héros ni méchant, les protagonistes étant tous détestables. Une option aussi rare que risquée puisque, toute identification étant impossible, le spectateur ne peut logiquement que regarder tout ça avec un détachement croissant. A l'inverse des bis occidentaux de la même époque, cette production refuse le cliché éculé de la victime menacée finalement sauvée par un héros providentiel.

Human Lanterns s'apparente donc à un simple étalage de cruautés et se rapproche ainsi du fameux Incredible Torture Show: une suite de saynètes destinées à étancher la soif de sang supposée du public cible. Malheureusement, nous sommes loin du niveau de folie sanguinaire du titre précité et le film de Sun Chung apparaît comme une sorte de version appauvrie des grands "classiques du mauvais goût" des sixties / seventies (comme Massacre à la Tronçonneuse, Ilsa Louve des SS ou Blood Feast) revisités par l'esprit martial de la Shaw. Drôle de mélange, pas vraiment convaincant malgré le cabotinage plutôt réjouissant des têtes d'affiches. Une démarche également proche de celle du surestimé Histoires de cannibales de Tsui Hark.

Au niveau de l'esthétisme, Sun Chung assure un boulot honnête et cherche manifestement son inspiration du côté des éclairages contrastés de l'école italienne, Bava et Argento en tête, tandis que l'atmosphère se veut parfois proche de la Hammer Films. D'où cette curieuse impression de naviguer dans une sorte de bande dessinée morbide, un compromis entre les récits de super-héros et les Contes de la crypte, magnifiée par les décors de studios somptueux de la Shaw et des influences diverses, du gothique au gore. Le tueur masqué bondissant rappelle, pour sa part, les super criminels de la littérature populaire autant si ce n'est davantage, que les cinglés psychopathes à la Jason.

Human Lanterns n'est donc pas un grand film et il ne cherche sans doute pas ce statut. Comparé à de nombreux Wu Xia luxueux produits par la Shaw Brothers, il fera sans doute figure de vilain petit canard, sorte de rejeton honteux d'un système agonisant. Mais il s'agit certainement d'une sympathique série B qui saura contenter un public avide de combats nombreux ponctués par quelques passages choc et un soupçon d'érotisme.