LE SECRET DES POIGNARDS VOLANTS

Titre:  
ou: House of Flying Daggers
Réalisateur: Zhang Yimou
Interprètes: Andy Lau

 

Takeshi Kaneshiro
Zhang Yivi
 
 
 
 
Année: 2004
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Chine Pop.
Editeur  
Violence: * *
Erotisme: * *
Suite:  

40 %

Résumé:

Durant la dynastie Tang, un officier de police est chargé d'infiltrer les Poignards Volants, un clan rebelle. Les officiers soupçonnent Mei, une belle prostituée aveugle, d'être la fille du chef décéde des Poignards Volants. Un policier, Jin, organise donc son évasion dans l'espoir qu'elle la conduise auprès des rebelles. Son ami Leo dirige les opérations en secret. Mais rien ne se déroule comme prévu.

Critique:

Après la réussite (au moins artistique!) de Hero, on espérait davantage de Zhang Yimou tant ce nouveau Wu Xia Pian peine à retrouver les qualités du métrage précité.

Le scénario, tout d'abord, est d'une banalité sans nom. Vu et revu, constamment prévisible (excepté un twist à mi-course destiné à relancer un intérêt défaillant) et exagérément tiré en longueur. L'histoire amoureuse est privilégiée et les hésitations de la belle demoiselle partagée entre ces deux prétendants finit par fatiguer les plus conciliants. Encore une fois, nous sommes devant l'inévitable "bizarre love triangle", schéma éculé entre tous.

Zhang Yimou reprend pourtant la plupart des éléments constitutifs des Wu Xia Pian de l'âge d'or, mais en les simplifiant outrageusement. Nous sommes donc devant une sorte de Chu Yuan "light": la société secrète, les retournements de situation, les personnages qui ne sont pas ce qu'ils paraissent être,… Tout est là! Mais le récit se concentre sur trois personnages, définis par un simple prénom facile à retenir (Jin, Mei, Leo), et évite les accumulations de noms, de dates, de lieux et de généalogie.

Et, malhreusement, Zhang Yimou pense davantage aux intellectuels, aux critiques de cinéma, aux esthètes des salles d'arts et essais et aux cérémonies ("Mon Oscar!!!") qu'aux véritables fans de cinéma martial. Lesquels souhaitent surtout des combats, des combats et encore des combats. Pas cette pénible romance d'une durée indécente (quasi deux heures!!!) entrecoupés de rares affrontements à l'arme blanche.

Durant ceux-ci, le cinéaste multiplie les passages "esthétiques et virtuoses" truffés d'effets numériques assez jolis mais épuisants. La première fois nous sommes charmés, la seconde c'est déjà moins impressionnant, que dire lorsqu'un effet d'esbroufe est utilisé pour la vingtième fois? La mise en scène ressemble d'ailleurs à celle d'un film en relief (mais ce Secret est filmé à plat, pour ne pas dire platement!) puisque Yimou ne perd jamais une occasion de suivre la trajectoire d'un objet lancé vers l'écran: cailloux, pieu de bambou, poignards, écharpes de soie, flèches (bonjour Legolas, bonjour Robin des Bois version Kostner!), etc.

Que dire aussi de certaines séquences totalement inutiles dans le déroulement du récit? Cette danse menée par Zhang Yivi ou cette démonstration d'un jeu rythmique durant lequel la belle frappe des tambours pour reproduire un rythme insufflé par Andy Lau à l'aide de petits cailloux? Ils manquent de grâce, de fluidité et de légèreté, plombés par l'envie manifeste du cinéaste de livrer de la "belle image". Au niveau martial, le métrage n'est pas déshonorant mais n'apporte pas grand-chose.

Ching Siu Tung se charge des chorégraphies et opte pour un style hyper câblé constitué de pirouettes aériennes, de coups de pieds acrobatiques, de positions impossibles (équilibre entre deux bambous par exemple), etc. Rien de fondamentalement novateur, Ching Siu Tung se contentant souvent de recycler des trucs et astuces capables d'impressionner les novices mais incapables de véritablement contenter les aficionados. Zhang Ymou abuse aussi des effets coutumiers: quelques accélérations et beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de ralentis. Si le combat dans la forêt de bambous démontre une véritable efficacité, le reste, excepté un final sur lequel nous reviendrons, s'avère trop classique pour convaincre.

L'interprétation se montre néanmoins relativement à la hauteur, les trois personnages principaux étant bien campés même si ils n'ont rien de transcendants. Petit bémol: Zhang Ziyi, évidemment superbe, joue à l'aveugle (on n'y croit pas une seconde et on a raison puisqu'elle simule la cécité pour tromper l'ennemi - quelle surprise!) et hésite entre le jeune beau Takeshi Kaneshiro et le vieux beau Andy Lau. Quel suspense! Ces derniers sont plutôt convaincants mais souvent désservi par des dialogues peu naturels. Car Le Secret des Poignards Volants n'est jamais très crédible. Tout paraît souvent un peu forcé afin de paraître plus auteurisant que nécessaire. Et cela ne fonctionne pas, ou trop rarement pour éviter que l'ennui ne s'installe puis domine.

Heureusement, demeure la réussite esthétique et picturale, même si celle-ci est moins éclatante que dans Hero. Paysages automnales couverts de feuillages dorés et chatoyants, protagonistes aux costumes superbes, décors luxueux: Ymou soigne cet aspect, sans doute au détriment de tout le reste et en particulier du rythme carrément assoupi! Le combat final se montre néanmoins un poil plus inspiré et hargneux: un long duel dans la neige entre les trois héros. C'est beau, avec des passes d'armes rapides et des jets de sang au ralenti sur une nature drapée de blanc qui accentue le côté solennel de ce déchirement des sentiments, comme on dit dans les romans. Ca relève un peu le niveau de ce qui précède mais ça ne suffit pas à changer l'opinion générale sur le film.

Zhang Ymou semble de toute manière surtout soucieux de proposer un titre consensuel, policé et dénué de la moindre aspérité, calibré pour de bonnes critiques dans la presse généraliste, un passage par les festivals prestigieux (Cannes!) et un succès assuré auprès de tous ceux qui n'ont jamais vu un Shaw Brothers et qui ne connaissent du cinéma kung-fu que Tigre et Dragon (bien meilleur!), Bruce Lee et 2 ou 3 Jackie Chan américanisés.

Pour ceux là, il est possible que Le Secret des Poignards Volants paraisse original et inspiré. Pour les autres, le résultat ressemble surtout à une romance à deux balles camouflée en Wu Xia Pian. Un métrage bancal et boiteux destiné à admirer la beauté parfaite d'une Zhang Zyvi devant laquelle le cinéaste semble pâmé d'amour.

Bref, un beau livre d'images à la fois superbe et soporifique! Mauvais, tout simplement!