HIDDEN POWER OF DRAGON SABRE

Titre: Hidden Power of Dragon Sabre
ou:  
Réalisateur: Chu Yuan
Interprètes: Derek Yee

 

Ti Lung
Alex Man
Cherie Chung
Ku Feng
Yuen Wah
Lo Lieh
Elvis Tsui
Année: 1984
Genre: Fantasy / Wu Xia Pian / Science-Fiction
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial
Violence: * *
Erotisme: * *
Suite:  

65%

Résumé:

La recherche du pouvoir caché contenu dans les épées Heaven et Dragon se poursuit. Chan Wu Jing a pris la tête du clan des Ming qui, manipulé par l'Empereur, se voit contraint d'affronter les Mongols.

Critique:

1984. La date charnière et maudite selon Orwell. La fin d'un monde à Hong Kong puisque la Shaw Brothers agonise et tente désespérément de renouer avec un succès disparu. Chu Yuan, qui a donné à la compagnie un nombre record de chef d'œuvres martiaux, peine à recréer les fastes d'antan aux travers de remake (LUST FOR LOVE OF A CHINESE COURTESANE) ou de séquelles (comme ce HIDDEN POWER OF DRAGON SABRE) à ses plus grandes réussites.

Si le Wu Xia Pian fonctionne encore par l'entremise de nouveaux cinéastes qui lui donne un nouvel essor (avec les films "nouvelle vague" comme THE SWORD et DUEL TO THE DEATH), c'est vers les effets spéciaux et la fantasy que se tourne bien des productions du début des années 80. Se suivent donc ZU, HOLY FLAME OF THE MARTIAL WORLD, BUDDHA's PALM et quelques autres.

Et c'est la voie que va suivre également Chu Yuan avec le dernier volet de sa trilogie consacrée à la Heaven Sword et au Dragon Sabre. Après ce film, le vénérable Chu Yuan laissa tomber le genre et ce troisième épisode s'apparente donc à un véritable testament, un film somme que son auteur veut à tout prix divertissant, quitte à aller toujours plus vite, à faire toujours plus fort, au risque de complètement larguer le spectateur.

Comme les personnages sont connus depuis les deux premiers épisodes, le cinéaste ne s'embarrasse guère de les présenter au public, uniquement soucieux de garder un rythme affolant de la première à la dernière image. Pour cela il s'appuie sur un scénario typique de ces meilleurs réalisations des seventies, multipliant les intrigues, les coups tordus, les rebondissements et les combats, parachutant les rescapés des premiers films (le Lion King, le Bat King,…) dans un ensemble de machinations infernales.

D'autres protagonistes interviennent aussi, comme un surprenant guerrier androgyne, dont le corps est divisé en deux: mi-homme, mi-femme. A la manière des serials ou des romans de littérature populaire, Chu Yuan se préoccupe simplement de tenir le spectateur en haleine, en ayant recours à toutes les ficelles du divertissement grand public. Des décors fastueux et bizarres, des pièges, des trappes, des armes dissimulées, des rayons d'énergie, des combattants qui voltigent d'un coin à l'autre de l'écran…Rien de bien original, sans doute, si ce n'est que Chu Yuan semble avoir occulté tous les passages intermédiaires, comme si il voulait raconter une intrigue proche de celle des deux premiers volets tout en la condensant au maximum afin de passer de trois heure à une heure trente.

Le résultat, évidemment, n'est pas plus clair que le diptyque HEAVEN SWORD AND DRAGON SABRE. Mais il faut avouer que le spectacle proposé est suffisamment déjanté pour maintenir l'intérêt du spectateur de la première à la dernière séquence. Car l'énergie est là, même brute et mal canalisée, comme en témoigne tous les ajouts science-fictionnels qui sont plaqués sur une intrigue sinon traditionnelle adaptée de Jin Yong.

Durant une bonne partie de son déroulement, cet HIDDEN POWER OF DRAGON SABRE tente le mix incongru de l'univers Wu Xia avec une SF clinquante héritée du space-opera et, forcément, du récent triomphe de LA GUERRE DES ETOILES. D'où une suite de combats hallucinants dans lesquels les épéistes chinois se retrouvent à balancer des éclairs d'énergie multicolores dans des univers métalliques.

Aux côtés de ce côté SF plus ou moins maîtrisé, Chu Yuan se concentre sur la création d'un monde féerique et légendaire, une Chine d'heroic-fantasy dans laquelle ne vivent que des experts en arts martiaux. Cette reconstitution théâtralisée bénéfice de décors somptueux, lieux privilégiés pour les affrontements de guerriers portant des superbes costumes chatoyants. Un enchantement visuel servi par une photographie et une mise en scène luxueuse.

Chu Yuan se lâche complètement dans les séquences d'action (qui représentent quand même plus de la moitié du temps de projection) en faisant voltiger ses adversaires au bout de câbles. Les chorégraphies délirantes se suivent donc, avant un passage à la moulinette des effets spéciaux visuels à l'ancienne, dans une orgie psychédélique d'explosions, de rayons lasers, de boules de feu et d'éclairs directement dessinés sur la pellicule.

L'ensemble est souvent chatoyant et enthousiasmant, parfois fatiguant lorsque le métrage semble exploser sous les déferlements de fumigènes et de couleurs badigeonnées, mais à coup sûr rarement ennuyeux. Si HIDDEN POWER OF DRAGON SABRE n'est pas un grand film à la hauteur des meilleures œuvres de Chu Yuan datant des seventies, il reste divertissant à souhait.

Clairement orienté vers le spectacle pur et total, le film se préoccupe peu des acteurs, des dialogues et des motivations de chacun, simplement soucieux de proposer une intrigue touffue justifiant (vaguement!) un niveau phénoménal d'action et d'aventures à la fois kitsch et jouissives. Même si on décroche parfois devant le manque d'implication manifeste de tout ce beau monde, le résultat est agréable et assure une heure et trente minutes de complet dépaysement. Sans plus.