SHAOLIN CONTRE NINJA

Titre: Heroes of the East
ou: Zhong hua zhang fu
Réalisateur: Lui Chia-liang
Interprètes: Gordon Liu

 

Yasuaki Kurata
Yuko Mizuno
Simon Yuen
Norman Chu
Cheng Hong Yip
 
Année: 1979
Genre: Kung Fu
Pays: Hong Kong
Editeur Wild Side
Violence: *
Erotisme: *
Suite:  

85%

Résumé:

Une belle japonaise spécialiste du karaté épouse un chinois adepte du kung fu. Très vite les deux tourtereaux s'opposent sur les qualités respectives de leur art et la querelle prend des proportions de plus en plus importantes jusqu'à ce qu'une bande d'experts nippons viennent défier le mari, décidé à restaurer l'honneur perdu du Japon.

Critique:

SHAOLIN CONTRE NINJA est souvent présenté comme le plus grand film de Liu Chia-liang avec LA 36ème CHAMBRE DE SHAOLIN et certains prétendent même qu'il s'agit là du meilleur film d'arts martiaux de tous les temps. Comme "certains" pourraient bien avoir raison, ou peu sans faut (à coup sûr ce titre se doit de figurer dans le Top 10 de tous les amateurs du genre), détaillons quelque peu le bestiau.

L'intrigue n'est pas très compliquée: une belle japonaise spécialiste du karaté épouse un chinois adepte du kung fu (Gordon Liu, of course). Très vite les deux tourtereaux s'opposent sur les qualités respectives de leur art et la querelle prend des proportions de plus en plus importantes jusqu'à ce qu'une bande d'experts nippons viennent défier le mari, décidé à restaurer l'honneur perdu du Japon.

SHAOLIN CONTRE NINJA commence de manière purement comique, développant une relation de couple où les scènes de ménages se règlent à grands coups de pieds de lancer de mobilier. Bien sûr, le spectateur a le droit de penser que Lui Chia-liang n'y va pas avec le dos de la cuillère et que le tout n'est pas toujours léger. Mais l'essentiel est d'assurer un divertissement de qualité et le métrage assure efficacement ce contrat.

Ensuite, Gordon Lui doit affronter une série d'adversaires, tous adeptes d'un art particulier, tous présentés de manière respectueuse, grand changement par rapport à la quasi-totalité des kung fu pian hongkongais dans lesquels les Japonais sont toujours les grands méchants. Gordon Lui aura besoin de tout son savoir pour triompher des différents adversaires placés sur sa route. Armé de ses poings, d'une épée droite, d'un triple bâton, d'une lance, de deux épées…Bref la grande démonstration des techniques de Shaolin, en passant par le drunken style et me pur kung fu. Tout cela sera bien nécessaire pour combattre les katana, nunchakus et autres lances des maîtres nippons qui sont également experts en karaté, sans oublier un redoutable Sumo et un Samouraï. Le combat final oppose Gordon Lui à Yasuaki Kurata, le premier usant de techniques "honnêtes" et nobles, le second préférant miser sur le ninjustu et son cortège de pièges, d'armes dissimulées et de frappes "déloyales".

Le spectateur comprend de suite qui sera le grand vainqueur de cet affrontement dantesque mais l'intérêt n'est évidemment pas là. Dans ce grand final qui vire soudainement au portnawak martial (mais avec le souci d'offrir un pur bonheur au spectateur), Gordon Lui n'aura pas de trop de ses épées, lances, fléchettes et autres gadgets pour contrer les techniques du Ninja qui passent par les ustensiles ensuite repris par les "ninjateries" des années 80 comme les grappins, les déguisements divers, les shurikens, les attaques surprises et les indispensables bombinettes à fumées chères aux amateurs de nanars. Le grand moment restant, toutefois, l'utilisation du délirant style du crabe par notre Ninja. Kurata et Gordon Lui, tous deux excellents, concluent ce métrage avec une énergie et un brio qui, certes, vire un peu au délire bis sur ces quinze dernières minutes mais n'en demeure pas moins une pièce maîtresse du cinéma kung fu.

Débutant comme une comédie vaudeville et burlesque (inspirée des classiques de l'âge d'or hollywoodien) parfois légèrement irritante mais souvent amusante, SHAOLIN CONTRE NINJA se transforme dans sa seconde partie en monstrueuse machine de guerre martiale qui ne laisse pas souffler le spectateur un seul instant. Ce n'est plus que scènes de combats se succédant, au point que le cinéaste ne prend même plus la peine de placer des scènes de transition, qu'ils considèrent probablement - et avec raison - comme inutiles à ce moment.

Désireux de se surpasser (et lorsqu'on vient de signer un classique bourrin comme LA MANTE RELIGIEUSE et un sommet comme LA 36ème CHAMBRE DE SHAOLIN le terme prend vraiment tout son sens), Lui Chia-liang nous invite à un voyage au cœur des arts martiaux qui donnera un pèche d'enfer à tous les amateurs de ce style de cinéma. Le seul petit reproche que l'on pourrait adresser au cinéaste est sans doute d'avoir scindé le métrage en deux parties assez distinctes: la comédie basée sur la rivalité entre l'homme et la femme qui occupe la première partie laisse ensuite la place à un catalogue de techniques martiales certes formidable mais qui relègue la querelle entre les nouveaux époux au second plan.

Dénué de la moindre violence (il importe de démontrer la valeur d'un noble art, pas de tuer un adversaire vaincu), SHAOLIN CONTRE NINJA est sans doute un des films martiaux les plus à même de fédérer un public large, y compris les enfants et ceux qui sont habituellement réfractaires au genre. Lui Chia-liang peut donc être fier d'un tel chef d'œuvre!