HERO
Titre: Ying Ziong
ou: Hero
Réalisateur: Zhang Yimou
Interprètes: Jet Li (le Maitre Sans Nom)

 

Tony Leung Chiu Wai (Ciel Etoilé)
Maggie Cheung (Flocon de Neige)
Zang Ziyi (Lance Brisée)
Chen Dao Ming (Qin)
 
               
                      
                      
Année: 2002
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Chine Pop
Editeur  
Violence: * *
Erotisme: * *

80%

Résumé:

Un tueur sans nom se présente devant le Roi Qin pour revevoir la récompense promise en échange de l'assassinat de trois redoutables conspirateurs. Curieux de savoir comme cet inconnu est parvenu à défaire ces terribles adversaires, le Roi demande au tueur de raconter son histoire. Mais celle-ci est peu convainquante et le Roi propose ensuite sa propre version des faits.

 

Critique:

Ce film était très attendu et les commentaires disponibles embrassaient l'ensemble du spectre, du chef d'oeuvre poétique au pseudo-film d'auteur ennuyeux et politiquemnet douteux.

La vérité, finalement, se situe...en plein milieu! Commençons par les réelles qualités du film, à savoir une photographie splendide de Christopher Doyle. Il transforme chaque plan en un véritable tableau magnifié par la très belle partition de Peter Chang. Rarement un écran de cinéma aura t'il délivré tant de beauté: couleurs chatoyantes, costumes superbes et décors naturels splendides. Le moindre détail est sublimé avec une précision époustouflante et harmonieuse. A ce niveau, le métrage constitue un véritable enchantement. Mais, et c'est là que le bas blesse, Zhang Yimou sacrifie souvent le fond au détriment d'une forme parfaite.

Totalement assujeti à une estéthique trop froide, il finit par tuer toute émotion. Les motivations des personnages sont rapidement brossées et parfois confuses. Certains critiques reprochèrent également la complaisance du metteur en scène vis à vis du pouvoir communiste chinois. Le message fondamental reste, en effet, que l'individu doit se sacrifier au profit de la collectivité. Mmouais.

Ce portrait édulcoré d'un roi devenu empereur - pour ne pas dire tyran - ne serait pas gênant en soi si les autres protagnoistes possédaient une vraie consistance. Or, seule Maggie Cheung parvient à injecter une certaine émotion à son jeu, les autres acteurs étant prisonniers de silhouettes creuses et vides. Le talent des interprètes n'est pas ici en cause, seulement le désir du cinéaste de privilégier la beauté visuelle au détriment d'une certaine profondeur.

Parfois, cela fonctionne (le combat entre Maggie Cheung et Zhang Zi Yi au milieu de feuilles volant au vent est renversant), parfois non. Le résultat oscille donc entre poésie pure et spectacle ennuyeux où les coquetteries formelles masquent péniblement les faiblesses de l'intrigue.


"Hero" pâtit, en fait, d'un scénario platement développé et dénué de véritable progression dramatique. Il reprend le procédé de "Rashomoon" de Kurosawa (ou plus récemment de "Cours Lola Cours") en exposant une même histoire sous différents points de vue.

Une méthode souffrant d'une mauvaise réputation, notamment dans le polar: les critiques et théoriciens estiment qu'il est malhonnête de présenter un fait comme authentique pour révéler, au final, qu'il s'agissait d'un mensonge. Sans entrer dans ce débat, disons que le cinéaste se repose un peu sur cette combine et évite ainsi - maladroitement, sans doute - une construction plus travaillée.

Reste heureusement les chorégraphies cablées du grand Ching Siu Tung, lesquels atteignent un fort bon niveau à condition d'accepter leur coté irréaliste. Les duellistes volent littéralement pour rebondir sur l'eau ou les branches, dix mètres plus loin, à la manière de "Tigre & Dragon".

Un film auquel on n'a pas manqué de comparer l'oeuvre de Yimou et il faut avouer que cette dernière s'avère inférieure. Ang Lee parvenait à un équilibre quasi miraculeux entre descriptions des personnages, dialogues justes, emprunts à la culture chinoise, références assumées et codes narratifs du Wu Xia Pian alors que Zhang Yimou réussit seulement un divertissement magnifique mais un peu vain.

A voir malgré tout, quitte à en ressortir un peu déçu, ne serait-ce que pour certains passages, visuellement splendides.