HEAVEN AND HELL

Titre: Shaolin Hellgate
ou: Heaven and Hell Gate
Réalisateur: Chang Cheh
Interprètes: Alexander Fu Sheng

 

Lee I Min
David Chiang
Lu Feng
Lo Meng
Philip Kwok
Chiang Sheng
Sun Chieng
Dick Wei
Johnny Wang
Robert Tai
Année: 1980
Genre: Fantasy / Wu Xia / Kung Fu / Horreur
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:  

75 %

Résumé:

Un ange (Lee I Min) est banni du paradis et se réincarne en taximan. Lors d'une agression, il défend un jeune homme (Fu Sheng) et sa fiancée contre des méchants voyous. Il perd la vie dans l'aventures et échoue en enfer où il découvre quatre damnés enfermés à tort. Il va les aider à faire justice en neutralisant une série de démons responsable de leur mort... En gros, quoi, parce que faut pas trop chercher la cohérence dans tout ça!

Critique:

Avez-vous déjà pensé à ce qu'aurait pu donner L'Au-delà si Fulci avait aimé le kung-fu? Avez-vous déjà fantasmé sur L'Enfer pour Miss Jones en vous disant que Gregory Dark aurait pu préférer les arts martiaux à la pornographie? Vous êtes vous demandé à quoi aurait ressemblé Inferno si Dario Argento était né à Hong Kong? Non, sans doute. Moi non plus, du moins pas avant d'avoir vu Heaven & Hell!

Lorsque l'on est cinéphile, ou cinéphage, on finit par se dire un jour que cette fois on a tout vu et que rien ne peut plus nous surprendre. Après plus de vingt ans de visionnage acharné et près de 3.000 films au compteur il est certain que l'on pense ne plus jamais rencontrer l'ovni capable de nous renvoyer au bon vieux temps où l'on s'émerveillait devant le moindre effet zarbi, fut il mal fichu et grotesque. Tout passe, tout lasse et, après des dizaines de décalques à l'identique de grosses productions formatées, même l'amoureux fanatique du septième art peut avoir envie de laisser tomber pour aller élever des chèvres en Ardèche, loin des salles obscures et des DVD. Heureusement, parfois, surgi un métrage oublié qui nous redonne envie de replonger pour dix ans.

Et Heaven & Hell est indiscutablement de ceux là! Chang Cheh n'a peur de rien, et surtout pas du ridicule, pour nous dépeindre une série de tableaux dantesques (un adjectif des plus approprié). Le Paradis, tout d'abord, est peuplé de personnages vêtus de costumes angéliques complètement gay-pride mais rassurez-vous, au Ciel ou ailleurs, rien de tel que le kung fu pour résoudre une dispute. Il faut voir les combats entre le héros et ses adversaires munis d'énormes ustensiles dorés, lesquels, hélas, échappent à toute description. Ensuite nous passons sur Terre, un lieu complètement inspiré par le psychédélisme pop de certains films japonais des seventies.

Que ce soit par manque de budget ou par réel souci d'innovation, Chang Cheh nous régale avec des décors en carton-pâte réduit à leurs seuls éléments signifiants. La chambre de la demoiselle kidnappée? Un grand lit et une fenêtre, pour que le héros puisse jouer à Roméo. Le parc ceinturant la maison du méchant? Une simple grille de métal plantée au milieu d'un énorme décor vide. Complètement surréaliste lorsque le héros grimpe cette grille alors qu'il n'y pas de mur pour l'entourer. Il fallait oser des séquences aussi folles mais le cinéaste les maîtrises comme personne en privilégiant des éclairages contrastés dans la droite ligne de ceux utilisés par Argento à la même époque. Du rouge, du vert, du noir…Des couleurs qui donnent pratiquement mal aux yeux et à la tête. Le rêve ultime des accros de drogues psychédéliques, à tel point qu'on se demande si tout cela n'a pas été filmé sous acide.

Mais ce n'est rien à côté du segment suivant, lequel nous conduit tout droit en enfer. Tout y est encore plus coloré, encore plus excessif et démentiel. Si, c'est possible! Les supplices se succèdent alors pour les damnés: violeur projeté dans de l'eau bouillante, pipelette dont la langue est arrachés par des crochets métalliques, alcoolique recevant des litres de liquide dans la bouche, joueurs invétérés dont les doigts sont coupés par une lame gigantesque avant de repousser pour que le supplice puisse reprendre.

Sans oublier des pauvres types plongés dans la glace ou dépecés par des démons grotesques. Un délire complet, d'autant que cet Enfer est gardé par une armée de monstres aux maquillages outranciers qui usent des arts martiaux pour faire régner l'ordre.

Lorsque le premier VCD d'achève il faut se rendre à l'évidence: trois quart d'heures viennent de s'écouler et pourtant on ne les a pas vu passer. Impossible de s'ennuyer ne fut ce qu'un instant tant le réalisateur rivalise d'originalité et d'invention.

Ensuite, le film accuse une certaine perte de rythme tandis que Chang Cheh nous détaille les raisons ayant menés ses cinq héros en Enfer. L'un a été trahi par son ami et décapité, un autre a été empalé en essayant de sauver sa copine des mains de deux violeurs, un autre a été abattu par un conducteur d'auto colérique. Sans oublier celui auquel un geôlier introduit une longue pique dans la bouche afin de lui percer les organes internes. Un moment tellement cruel que malgré sa suggestion, il arrive à provoquer un rictus de dégoût chez les plus endurcis.

Au niveau du kung fu il faut d'ailleurs dire que les combats sont très nombreux et souvent assez bien chorégraphiés, dans un style certe brouillon mais à tout le moins fougueux. Robert Tai et Lu Feng se sont chargés de la bonne tenue martiale de ce projet et on peut ici les remercier! Certains coups ne sont visiblement pas portés du tout mais il est probable que cela soit voulu afin d'accentuer encore davantage l'aspect outrancier du métrage. En tout cas les acrobaties sont spectaculaires et sauront enthousiasmer les amateurs.

Bref, Heaven & Hell n'est pas vraiment un bon film, c'est certain, mais il s'agit d'une expérience complètement hallucinante, à vivre et à ressentir tant les mots s'avèrent impuissant à la décrire. Beaucoup de kung fu, un peu de Wu Xia, de la fantasy déjantée, quelques scènes horrifiques et gore, une séquence polar psychédélique, deux brefs passages chantés, de la romance guimauve, de la violence,…Tout y passe et Chang Cheh emprunte sans vergogne (et sans compter) à droite et à gauche, accouchant d'une sorte de péplum / kung fu / fantasy / comédie musicale / horrifique / psyche-pop qui décoiffe et décape de la première à la dernière image. C'est la grande fête du cinoche populaire tant les éléments bis se succèdent avec une bonne santé proprement roborative.

Le final se la joue encore plus fou, avec les survivants passant les portes de l'enfer pour se réincarner dans une atmosphère disco-pop réellement incroyable.

Le tournage ayant débuté en 1975 fut interrompu plusieurs années, ce qui explique sans doute l'aspect décousu du résultat final. Ainsi que cette passation de pouvoir entre David Chiang, qui n'a qu'un rôle très secondaire, et Lee I Min, promu star du film aux côtés de toute la troupe des Five Venoms.

En un mot: il faut le voir pour le croire!