LE SABREUR SOLITAIRE

Titre: Have Sword, Will Travel
ou: Bao Biao
Réalisateur: Chang Cheh
Interprètes: David Chiang

 

Ti Lung
Ku Feng
Ching Lee
Jason Pai Piao
Chuen Chan
 
 
Année: 1969
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Hong Kong
Editeur Wild Side
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:

70%

Résumé:

Une blessure oblige Ying Ke-Feng a laissé à Hsiang Ting et sa fiancée Piao Piao le soin d'escorter les impots annuels. Un clan rival souhaite alors s'emparer des 200 000 Taels mais le vagabond Yi Lo vient protéger le trésor.

Critique:

David Chiang et Ti Lung sont les héros de ce très classique "eastern soja" réalisé par un Chang Cheh n'ayant pas encore vraiment trouver sa voie. C'est la première fois que le cinéaste utilise les deux acteurs qui, par la suite, deviendront ses interprètes fétiches. David Chiang, dans le rôle du combattant et sabreur solitaire compose une figure archétypale apparemment empruntée aux Westerns spaghetti alors en vogue. Mais également aux produits américains puisque l'inspiration générale vient manifestement de la série télévisée de Andrew V. Mc Laglen, HAVE GUN, WILL TRAVEL dans laquelle, six ans durant (1957-1963), Richard Boone incarna le pistolero héros tiraillé par ses problèmes de conscience.

Brave, généreux, chevaleresque, vaguement romantique mais surtout naïf et parfois même un peu stupide, David Chiang incarne sans aucun doute le héros typique de Chang Cheh et son amitié viril avec Ti Lung sera, une fois de plus contrariée par une belle demoiselle, Li Ching. Comme disait l'autre "c'est toujours les gonzesses qui nous créent des tas de problèmes". Evidemment, tout finira mal, nos deux beaux mâles auront fort affaires face à tous ces méchants qui désirent les voir mourir alors qu'eux ne souhaitent sans doute que parcourir le monde, main dans la main si possible. On rigole mais, finalement, le côté intimiste et la psychologie des personnages sont plus développés que de coutume et l'ensemble tient assez bien la route.A l'image des Westerns, David Chiang est un solitaire dont le seul ami est son…cheval, qu'il doit même se résoudre à vendre pour assurer sa subsistance.

Historiquement important, en ce sens qu'il contient les germes de toutes les futures obsessions du cinéastes (lesquels les reprendra jusqu'à plus soif au travers de VENGEANCE!, DEUX HEROS ou LA RAGE DU TIGRE), le métrage accuse malheureusement assez mal le passage du temps. Les chorégraphies sont encore brouillonnes, pas vraiment maîtrisées, et assez brêves, même si elles sont relativement nombreuses. Quant aux sauts impossibles réalisés à l'aide de trempolines et autres câbles, ils sont carrément maladroits et un peu risibles. Dommage aussi que Chang Cheh ne maîtrise pas encore vraiment le rythme de son métrage et que l'ensemble paraisse souvent un peu artificiel - à l'image de nombreuses productions de la Shaw Brothers l'ensemble est théâtral.

Mais tout n'est pas noir pour autant: quoique classique et sans passion, l'intrigue se laisse regarder avec un certain plaisir, les acteurs semblent y croire et les décors, costumes et extérieurs sont de qualité. LE SABREUR SOLITAIRE se clôt logiquement sur un carnage final assez sympathique où Chang Cheh donne libre cours à son goût pour les flots d'hémoglobine rouge vif.

Durant une vingtaine de minutes, nous suivons David Chiang qui monte lentement vers le sommet d'une pagode (celle, bien connue des fans de la Shaw Brothers que l'on voit également dans LES GRIFFES DE JADE) en se battant avec une belle énergie. Bref, un produit indiscutablement mineur mais, finalement, pas désagréable à suivre pour peu que l'on apprécie un simple divertissement exotique un peu daté mais qui annonce, joliment, les excès ultérieur d'un des plus grands cinéastes du cinéma martial.