| Critique: |
La légende de Mae Nak est un des contes les
plus populaires de Thailande. Elle raconte l'histoire de Nak,
une femme du XIXe siècle, morte en accouchant alors que son
mari, Mak, était gravement blessé à la guerre. Lorsque Mak,
revient au village, il ne se rend pas compte que son épouse
est décédée mais les villageois souhaite l'éloigner de Nak.
L'esprit de la jeune femme se venge alors de ceux ayant cherché
à briser son couple, unis par delà la mort.
Depuis les années 50, le cinéma Thai a illustrer
une vingtaine de fois cette histoire (qui connut aussi plus
d'une centaine de versions télévisées), c'est dire si il était
risqué d'en proposer encore une nouvelle, d'autant que la dernière
en date, signée Nonzee Nimibutr (intitulée NANG NAK) avait été
un des plus gros succès du cinéma local. Mais ce pari est relevé
par Mark Duffield qui, pour corser la difficulté - et renouveller
un peu la donne - chosit de transposer l'intrigue à notre époque
en proposant une suite aux aventures de Mae Nak, devenue ici
une sorte d'ange (ou de démon?) gardien d'un couple fraichement
marié. Les jeunes Mak et Nak (tiens donc!) décident en effet
d'acheter une vieille maison de Bangkok, là où aurait justement
vécu la légendaire Mae Nak. Sitôt installé, ils sont victimes
d'une tentative d'escroquerie de leur agent immobilier véreux,
qui est retrouvé décapité dans le métro.
Puis, deux cambriolleurs meurent mystérieusement
mais Mak, en tentant de récupérer ses biens volés, est percuté
par un véhicule et sombre dans le coma. Mae Nak, sa vengeance
accomplie, acceptera t'elle de rendre ce nouvel "époux" à sa
légitime? GHOST OF MAE NAK semble appartenir à la vague actuelle
des histoires de fantômes asiatiques mais, heureusement, le
métrage n'abuse pas des effets à présents éculés. Pourtant,
les apparitions spectrales inquiétantes, soulignées par une
bande son crispante, possèdent un véritable potentiel angoissant.
On retrouve également quelques similitudes avec les récits démoniaques
occidentaux des seventies et, en particulier, LA MALEDICTION,
pour cette suite de meurtres originaux et spectaculaires savamment
agencés. La séquence où un petit voleur est coupé en deux par
une vitre tombant des mains de déménageurs renvoie ainsi au
métrage précité mais aussi au plus moderne FINAL DESTINATION.
Une scène qui réussit à se montrer réellement efficace et saignante,
sans négliger un certain humour très noir.
Manifestement destiné à une audiance internationnale
assez jeune (contrairement à la majorité des adaptations antérieures),
ce GHOST OF MAE NAK s'ancre néanmoins résolument dans les coutumes
locales, s'attache aux difficultés de ses personnages assez
pauvres (loin des ados friqués des slashers ricains) et encore
pétri de superstitions auxquels ils hésitent à ne plus croire.
Le métrage soigne ainsi les oppositions entre les traditions
ancestrales, parfois corrompues par vénalité (le médium - honnête
et de de bonne foi - assisté par un escroc minable réduit à
voler de la nourriture au marriage de ses "clients"), et le
choc du modernisme, dans un pays partagé entre amulette sacrée,
prières rituelles et téléphone portable.
Sans verser dans les clichés touristiques,
GHOST OF MAE NAK dépeint donc un univers crédible dans lequel
le surnaturel survient de manière menaçante et offre un équilibre
bienvenu entre l'aspect dramatique, la romance, le thriller,
le fantastique gothique et l'horreur, sans négliger de brefs
passages plus gore. L'interprétation est d'un bon niveau, l'aspect
technique est soigné et la mise en scène s'avère plutôt adroite.
Le film s'inscrit donc dans la lignée du récent SHUTTER en optant
pour une approche réaliste (à savoir ancrée dans le quotidien)
d'un sujet purement fantastique, voire - comme ici - légendaire.
En dépit d'une certaine baisse de régime dans
son dernier tiers, GHOST OF MAE NAK appartient sans hésiter
au haut du panier des récits horrifiques à base de fantôme féminin,
à présent si courant dans le cinéma asiatique. Si la peur aurait
gagné à être davantage présente, le refus des facilités dont
témoigne le cinéaste est suffisamment rare pour être souligné
et l'ensemble constitue donc une très intéressante découverte
pour tout amateur de fantastique qui se respecte.
Au niveau de l'édition DVD, Kubik vidéo offre
un travail soigné, proposant le film en version originale 5.1.
sous-titrée français en formar 16/9. Une interview et un court
making of, accompagnés des bandes annonces de l'éditeur complètent
cette édition accompagnée d'un livret très instructif (une louable
initiative hélas en voie de disparition chez les "petits" éditeurs)
et d'un fourreau cartoné plutôt classieux.
En résumé, un investissement recommandé!
|