GEMINI

Titre: Sôseiji
ou: Gemini
Réalisateur: Shynia Tsukamoto
Interprètes: Masahiro Motoki

 

Ryô
Yasutaka Tsutsui
Shiho Fujimura
Tadanobu Asano
Renji Ishibashi
 
Année:  
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Japon
Editeur Studio Canal
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:  

70 %

Résumé:

Un homme mystérieux précipite dans un puit le riche médecin Yukio. Cet inconnu n'est autre que le frère de Yukio, abandonné par ses parents alors qu'il était enfant à cause d'une marque de naissance disgracieuse. Elevé dans les bidonvilles, il revient aujourd'hui se venger en prenant la place et le rang de son frère détesté.

Critique:

Gemini est un thriller horrifique japonais adapté d'un récit de Edogawa Rampo, le plus célèbre écrivain nippon du genre. Tsukamoto, cinéaste très personnel et dérangé (cf. Tetsuo) s'attaque donc à cette commande avec une belle originalité, malgré les contraintes imposées par le sujet et le respect dû à un écrivain aussi célèbre et important dans son pays.

Evidemment, nous sommes loin de la folie furieuse et de l'ambiance cyberpunk sado-maso de Tetsuo et sa suite. Ici, le réalisateur privilégie un rythme nettement plus lent et contemplatif. Le scénario, pour sa part, n'est pas véritablement original. Il parait un peu confus de prime abord mais, au fil du récit, s'avère en réalité assez simple.

Si la première demi-heure laisse craindre un métrage obscur et sans queue ni tête, l'intrigue évolue rapidement et chaque mystère s'éclaircit peu à peu. Ce qui change agréablement de certains récits totalement embrouillés et peu satisfaisants qui cachent leur incohérence derrière un pseudo alibi d'intellectualisation.

Le coté effrayant est d'ailleurs très peu développé et le fantastique ne l'est guère davantage. Seules quelques rares séquences témoignent d'une véritable volonté de donner aux spectateurs les frissons de l'angoisse tant recherchés.

Ce qui intéresse manifestement Tsukamoto c'est plutôt un climat onirique et étrange, avec des digressions vers le drame et même un côté social prononcé.

L'histoire, située au alentour de 1900, n'est pas très compliquée: en raison d'une difformité un garçon est rejeté par sa famille et échoue dans les bas-fonds. Des années plus tard il vient "reprendre" la vie qu'il n'a jamais eu en prenant la place de son frère, un riche médecin nommé Yukio. Il est également bien décidé à reconquérir son ancienne compagne, devenue l'épouse de Yukio.

Le récit se révèle pourtant assez peu manichéen: qui est vraiment le plus à plaindre, de cet homme plongé au fond d'un puit ou de son frère, renié durant des années et condamné à une vie misérable? Masahiro Motoki incarne évidemment les deux personnages, les deux facettes d'un homme scindé peut-être en "bon" et en "mauvais". Du moins le croit on au début, avant que les frontières entre le Bien et le Mal ne soient plus floues...

Au niveau de la mise en scène, Tsukamoto se montre généralement convaincant et sa photo est soignée, de même que les costumes, les décors et les éclairages. La musique, elle, est assez difficile à supporter et ne colle pas toujours bien avec ce drame intimiste. Mais dans l'ensemble, la forme est réussie.

Le fond, lui, demeure intéressant même si la plupart des thèmes ne sont qu'effleurés. Gemini est donc une œuvre hybride, la tentative à demi réussie d'un cinéaste rentre-dedans de se conformer aux exigences d'une commande de studio dans un registre différent de ces habitudes.

On pouvait en attendre davantage mais le métrage, sans être réellement exceptionnel, n'en est pas moins attachant et se suit sans ennui.