SUPER NINJAS
Titre: Five Element Ninjas
ou: Chinese Super Ninjas / Ren zhe wu di
Réalisateur: Chang Cheh
Interprètes: Ricky Chien Tien Chi

 

Lo Meng
Michael Man
Lam Chi Tai
 
 
 
Année: 1982
Genre: Kung Fu
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial
Violence: * * * *
Erotisme: * *
Suite: Chinese Super Ninjas 2

75%

Résumé:

Défiés par une école rivale, des experts en kung fu sont vaincus par un samourai. Mais celui-ci est finalement défait à son tour et, déshonnoré, choisit la voie du hara-kiri. Le redoutable clan des Five Elements Ninja va le venger en exterminant tous les héros...

Critique:

Souvent considéré comme un des titres les plus représentatifs de la Shaw Brothers et vu comme un film culte dans le monde entier, SUPER NINJAS constitue, effectivement, un divertissement de premier choix pour tout fan de cinéma martial qui se respecte. Ce qui ne veut pas dire qu'il s'agisse du meilleur film de Chang Cheh (LA RAGE DU TIGRE est sans doute candidat à ce poste) ni de son "Venom" le plus divertissant (CRIPPLED AVENGERS semble insurpassable, voire HEAVEN AND HELL pour les plus déviants). Mais, quoiqu'il en soit, SUPER NINJAS demeure un divertissement de premier choix.

Commençons donc tout de suite par les aspects les plus négatifs du métrage. Et, en premier lieur, par le scénario, ou plutôt son absence. L'intrigue, en effet, est des plus simples. Une bande d'expert en kung fu se voit défiée par un méchant samouraï qui commence par bien tatanner nos héros avant de perdre et, déshonoré, d'opter pour un hara-kiri. Mais les méchants n'ont pas dit leur dernier mot et ils ont recours au clan le plus redoutable du pays, celui des Ninjas des Cinq Elements, avec les spécialistes des techniques de l'Eau (ils attaquent sur des petits bateaux), du Feu (et les bombinettes à fumées sont de sorties), de l'Or (qui aveuglent leurs adversaires avec leur costume disco), des Bois (camouflés en arbre ils sont ridic…euh redoutables!) et enfin de la Terre (qui sont plus rapides que des taupes pour creuser des tunnels). Tous nos braves adeptes du kung fu sont massacrés au fur et à mesure, d'autant qu'une belle traîtresse est venue les détourner de la pratique martiale en leur inspirant des pensées plus légères. Mais le dernier survivant décide de se venger et part apprendre des techniques secrètes auprès d'un vieux maître qui va déléguer ses 3 disciples pour l'aider dans sa noble tâche. A partir de là c'est bastons générales non-stop pour la dernière demi-heure.

On le voit le scénario est réduit à sa plus simple expression: mon école est défiée, mes copains sont tués, je m'entraîne, je reviens et je gagne. A ce niveau l'ensemble frise même l'abstraction des premiers jeux vidéos de combats et SUPER NINJAS se contente donc de présenter brièvement les protagonistes avant de les laisser se taper dessus. Rien ne viendra briser la linéarité de cette intrigue prétexte si ce n'est de vagues saynètes romantiques aussi cucul que possible au milieu du film, un petit ventre mou avant que Chang Cheh ne passe à la vitesse supérieure et ne se laisse aller à ce qui a fait sa gloire: des combats bien gore enchaînés sans temps morts.

Les acteurs n'ont d'autre choix que de déclamer l'une ou l'autre tirade sans importance et de démontrer leurs aptitudes martiales, inversement proportionnelles à leurs capacités dramatiques proches du néant. Et la mise en scène parait souvent purement illustrative, loin de la flamboyance des Wu Xia réalisés par Chang Cheh au cours des sixties et seventies. Quand aux décors, ils paraissent plus faux que jamais. Autant d'éléments susceptibles de couler n'importe quel film "normal" mais ici, finalement, pas si dérangeant: nous sommes devant une grosse série B (bien bis) aux ambitions limitées mais au potentiel de sympathie énorme. Car SUPER NINJAS s'est surtout, et même avant tout, une vraie énergie qui ne faiblit que rarement et une belle inventivité dans les techniques utilisées, souvent bien délirantes comme ce silence absolu qui accompagne certains ninjas ayant sans doute la maîtrise complète du son. Les déguisements folkloriques de nos cruels nippons (en particulier la "formation aquatique") n'a d'ailleurs d'égal que le côté "publicité pour lessive" de nos héros tous vêtus de tenues plus blanche que blanche.

Niveau violence, SUPER NINJAS se rapproche du gore excessif des pionniers du genre, Hershell Gordon Lewis en tête à qui Chang Cheh reprend plus ou moins consciemment une des scènes les plus marquantes de 2000 MANIACS: un écartèlement graphique à souhait. Bref, le métrage reprend tous les éléments ayant fait la gloire du cinéaste vieillissant mais ce dernier semble un peu les assembler n'importe comment, uniquement soucieux d'offrir un spectacle intense dont au moins la moitié du temps de projection consiste en une suite de combats aussi barbares que bien chorégraphiés utilisant toutes les armes possibles et imaginables. A noter d'ailleurs que le petit commentaire qui accompagne chacune de ses techniques donne vraiment le sourire au spectateur tant il est redondant par rapport à l'image. Par exemple une demoiselle ninja sort une flèche et de son chapeau et le texte, très didactique, nous précise "flèche cachée".

En définitive SUPER NINJAS apparaît rétrospectivement comme un métrage charnière du cinéma martial, entre le classicisme bien malmené des Shaw Brothers de la décennie précédente et le vent de folie furieuse indépendante qui allait nous donner quelques titres aussi déjantés que NINJA HUNTER, NINJA THE FINAL DUEL ou NINJAS Vs SHAOLIN GUARDS, sans oublier une inévitable, non officielle et apparemment très Z séquelle intitulée CHINESE SUPER NINJAS 2.

Pour un de ses derniers films dits des "Venoms" (même si c'est une nouvelle équipe qui a été constituée pour l'occasion), Chang Cheh se laisse aller à un divertissement totalement décomplexé. Armes bizarres, violence cartoonesque, érotisme discret et bastons sévères sont au programme de ce SUPER NINJAS dont l'unique souci est d'en donner au spectateur pour son argent durant un peu moins de 2 heures.

Pari gagné, même si le résultat verse un peu dans l'auto-parodie plus ou moins assumée!