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Souvent considéré comme un des titres les
plus représentatifs de la Shaw Brothers et vu comme un film
culte dans le monde entier, SUPER NINJAS constitue, effectivement,
un divertissement de premier choix pour tout fan de cinéma martial
qui se respecte. Ce qui ne veut pas dire qu'il s'agisse du meilleur
film de Chang Cheh (LA RAGE DU TIGRE est sans doute candidat
à ce poste) ni de son "Venom" le plus divertissant (CRIPPLED
AVENGERS semble insurpassable, voire HEAVEN AND HELL pour les
plus déviants). Mais, quoiqu'il en soit, SUPER NINJAS demeure
un divertissement de premier choix.
Commençons donc tout de suite par les aspects
les plus négatifs du métrage. Et, en premier lieur, par le scénario,
ou plutôt son absence. L'intrigue, en effet, est des plus simples.
Une bande d'expert en kung fu se voit défiée par un méchant
samouraï qui commence par bien tatanner nos héros avant de perdre
et, déshonoré, d'opter pour un hara-kiri. Mais les méchants
n'ont pas dit leur dernier mot et ils ont recours au clan le
plus redoutable du pays, celui des Ninjas des Cinq Elements,
avec les spécialistes des techniques de l'Eau (ils attaquent
sur des petits bateaux), du Feu (et les bombinettes à fumées
sont de sorties), de l'Or (qui aveuglent leurs adversaires avec
leur costume disco), des Bois (camouflés en arbre ils sont ridic…euh
redoutables!) et enfin de la Terre (qui sont plus rapides que
des taupes pour creuser des tunnels). Tous nos braves adeptes
du kung fu sont massacrés au fur et à mesure, d'autant qu'une
belle traîtresse est venue les détourner de la pratique martiale
en leur inspirant des pensées plus légères. Mais le dernier
survivant décide de se venger et part apprendre des techniques
secrètes auprès d'un vieux maître qui va déléguer ses 3 disciples
pour l'aider dans sa noble tâche. A partir de là c'est bastons
générales non-stop pour la dernière demi-heure.
On le voit le scénario est réduit à sa plus
simple expression: mon école est défiée, mes copains sont tués,
je m'entraîne, je reviens et je gagne. A ce niveau l'ensemble
frise même l'abstraction des premiers jeux vidéos de combats
et SUPER NINJAS se contente donc de présenter brièvement les
protagonistes avant de les laisser se taper dessus. Rien ne
viendra briser la linéarité de cette intrigue prétexte si ce
n'est de vagues saynètes romantiques aussi cucul que possible
au milieu du film, un petit ventre mou avant que Chang Cheh
ne passe à la vitesse supérieure et ne se laisse aller à ce
qui a fait sa gloire: des combats bien gore enchaînés sans temps
morts.
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Les acteurs n'ont d'autre choix que de déclamer
l'une ou l'autre tirade sans importance et de démontrer leurs
aptitudes martiales, inversement proportionnelles à leurs capacités
dramatiques proches du néant. Et la mise en scène parait souvent
purement illustrative, loin de la flamboyance des Wu Xia réalisés
par Chang Cheh au cours des sixties et seventies. Quand aux
décors, ils paraissent plus faux que jamais. Autant d'éléments
susceptibles de couler n'importe quel film "normal" mais ici,
finalement, pas si dérangeant: nous sommes devant une grosse
série B (bien bis) aux ambitions limitées mais au potentiel
de sympathie énorme. Car SUPER NINJAS s'est surtout, et même
avant tout, une vraie énergie qui ne faiblit que rarement et
une belle inventivité dans les techniques utilisées, souvent
bien délirantes comme ce silence absolu qui accompagne certains
ninjas ayant sans doute la maîtrise complète du son. Les déguisements
folkloriques de nos cruels nippons (en particulier la "formation
aquatique") n'a d'ailleurs d'égal que le côté "publicité pour
lessive" de nos héros tous vêtus de tenues plus blanche que
blanche.
Niveau violence, SUPER NINJAS se rapproche
du gore excessif des pionniers du genre, Hershell Gordon Lewis
en tête à qui Chang Cheh reprend plus ou moins consciemment
une des scènes les plus marquantes de 2000 MANIACS: un écartèlement
graphique à souhait. Bref, le métrage reprend tous les éléments
ayant fait la gloire du cinéaste vieillissant mais ce dernier
semble un peu les assembler n'importe comment, uniquement soucieux
d'offrir un spectacle intense dont au moins la moitié du temps
de projection consiste en une suite de combats aussi barbares
que bien chorégraphiés utilisant toutes les armes possibles
et imaginables. A noter d'ailleurs que le petit commentaire
qui accompagne chacune de ses techniques donne vraiment le sourire
au spectateur tant il est redondant par rapport à l'image. Par
exemple une demoiselle ninja sort une flèche et de son chapeau
et le texte, très didactique, nous précise "flèche cachée".
En définitive SUPER NINJAS apparaît rétrospectivement
comme un métrage charnière du cinéma martial, entre le classicisme
bien malmené des Shaw Brothers de la décennie précédente et
le vent de folie furieuse indépendante qui allait nous donner
quelques titres aussi déjantés que NINJA HUNTER, NINJA THE FINAL
DUEL ou NINJAS Vs SHAOLIN GUARDS, sans oublier une inévitable,
non officielle et apparemment très Z séquelle intitulée CHINESE
SUPER NINJAS 2.
Pour un de ses derniers films dits des "Venoms"
(même si c'est une nouvelle équipe qui a été constituée pour
l'occasion), Chang Cheh se laisse aller à un divertissement
totalement décomplexé. Armes bizarres, violence cartoonesque,
érotisme discret et bastons sévères sont au programme de ce
SUPER NINJAS dont l'unique souci est d'en donner au spectateur
pour son argent durant un peu moins de 2 heures.
Pari gagné, même si le résultat verse un peu
dans l'auto-parodie plus ou moins assumée!
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