EVIL CULT
Titre: The Kung Fu Cult Master
Réalisateur: Wong Jing & Sammo Hung
Interprètes: Jet Li

 

Chingamy Yau
Sammo Hung
Richard Ng
Leung Kar Yan
Ekin Cheng
 

 

 

Année: 1993
Genre: Fantasy / Wu Xia Pian
Pays: Hong Kong
Editeur HK Video
Violence: * *
Erotisme: * *

65%

Résumé:

Le jeune Chang Mokei assiste enfant au suicide des ses parents qui préfèrent se donner la mort plutôt que de trahir leur clan. Dix ans plus tard, le jeune homme est toujours malade, victime d'un sortilège lancé dans son enfance. Il ne connaît rien au kung-fu et ses camarades se moquent de lui. Mais il découvre le repère d'un vieux maître qui va li enseigner la technique des 9 Yangs.

 

Critique:

La présence de Wong Jing sur un générique emplit souvent d'effroi le fan de cinéma asiatique. Un peu comme Joel Silver ou Luc Besson en Occident. Pourtant le bonhomme à ses fans et ses productions ont toujours été fort rentables, signe qu'elles plaisent à un certain public.

Début des années 90, Wong Jing, toujours à l'affût de courants porteurs, surfe sur l'éphémère renouveau du Wu Xia Pian / Kung Fu fantaisiste. Mais il ne faut pas espérer le voir appliquer un traitement respectueux à ce qui constitue pourtant le genre le plus noble du cinéma de l'ancienne Colonie. Pas de ça!

Ici, le scénario (tortueux chez Chu Yuan, implacable chez Chang Cheh) devient simplement...incompréhensible. Les séquences s'enchaînent, les personnages se jouent des coups tordus, se lancent des défis ("si tu résistes à trois de mes attaques je laisse la vie sauve à tes amis", "tu dois combattre sans utiliser la technique des 9 Yangs"), se trahissent, se suicident, etc. Le tout souvent en dépit du bon sens.

Parlons d'ailleurs des personnages, tous complètement fêlés. Le héros d'abord, un guerrier puceau ("je garde mon énergie") qui apprend le kung-fu de manière quasi instantanée ("pour un homme normal cela prend trente ans mais toi tu va apprendre en trois heures"), une belle servante espiègle, une tentatrice guerrière et, surtout, un combattant vampire ("je ne suce que le sang des poulets") et un vieillard attaché à une pierre qui roule depuis dix ans (oui, comme dans "Zu" de Tsui Hark).

N'importe quoi, donc, d'autant que le film se termine en queue de poisson, laissant la porte grande ouverte pour une suite qui ne vit jamais le jour. On n'avait plus vu ça depuis le dessin animé Lord of the Ring qui se terminait au milieu de l'histoire sans résoudre la moindre question posée au départ. Alors, ne vous concentrez pas trop sur l'histoire et n'essayez pas de comprendre toutes ses ramifications puisque vous n'en saurez jamais la fin! Dès le générique, le spectateur normalement constitué est de toute façon largué: une voix off narre une incroyable histoire de guerres de clans, de rivalités entre secte, d'épées magiques, de pouvoirs fabuleux, etc. Pour rester dans la même comparaison, on dirait que Wong Jing veut nous conter son Silmarillon à lui en moins de cinq minutes montre en main. Pourquoi faire aussi compliquer d'ailleurs, si ce n'est pour masquer le vide abyssal de l'intrigue?

Tout ce bordel a quand même ses bons côtés, ressemblant parfois à une sorte de bande dessinée décalée pleine de bruit et de fureur. Avec un budget correct, Wong Jing livre de belles batailles, des affrontements bigarrés et des duels à coups de pouvoir magique. Les effets spéciaux sont très mal faits et les câbles visibles à dix mètres mais les chorégraphies martiales, quoique truquées et accélérées à l'excès, sont bien menées. Elles sont signées de Sammo Hung.

Jet Li, lui, se bat très bien et joue...bon, disons que son charisme l'emporte sur le reste mais son interprétation demeure passable. De toutes façons, vu la bouffonnerie généralisée, on ne lui demandait pas un rôle de composition.

L'humour de Wong Jing répond hélas présent et le film eut beaucoup gagné à en être expurgé. D'autant qu'il est non seulement bête et vulgaire mais en plus éculé ("est ce que tu cache une arme dans ton pantalon?" demande la servante. "Non" répond le héros. "Alors qu'elle est cette chose dure que je sens contre moi?" ou encore "Tu dois sucer le mal de ma blessure" dit le Maître. "Ou a tu était blessé" dit le vampire. "A mes fesses". Véridique!)

Certaines répliquent décrochent quand même un sourire au spectateur conciliant et ramène aux grandes heures du kung-fu bis ("la technique des griffes du dragon de Shaolin est plus dangereuse que celle des vierges effarouchées de Ming") mais les deux imbéciles obsédés sexuels qui désirent violer tout le casting paraissent franchement pénibles. Avec leur croix rouge anachronique et leurs postiches ridicules ils sont même pitoyables, d'autant que leur jeu d'acteur est atroce.

Au final, le bilan est loin d'être positif mais le résultat, quoique déjà vieillot (eh oui!) garde suffisamment de force délirante et convulsive pour permettre à l'amateur de cinéma "autre" de passer un bon moment.