DEATH DUEL

Titre: Death Duel
ou:  
Réalisateur: Chu Yuan
Interprètes: Derek Yee

 

Ling Yun
Candice Yu
Ai Fei
Chen Ping
Ku Feng
Yueh Hua
Ti Lung
David Chiang
Année: 1977
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Hong Kong
Editeur CTV
Violence: * * *
Erotisme: * *
Suite:  

75%

Résumé:

Yan le Treizième a tué six experts martiaux en seulement treize coups de sabre. Engagé par une jeune fille ambitieuse, il part défier le Troisième Maître, considéré comme le plus grand des sabreurs. Mais ce dernier, lassé de sa vie, se fait passer pour mort et parcourt les routes sous la nouvelle identité de A Ji. Travaillant dans un bordel, il tombe amoureux de la belle Xiao Li. Mais son passé le rattrappe.

Critique:

Death Duel est une belle œuvre martiale qui se soucie surtout de conter une histoire, simple, linéaire, romantique mais prenante, adaptée d'un roman de l'inévitable Gu Long. Il faut donc toute la science de Chu Yuan pour rendre vraiment intéressant ce scénario très classique. Et, heureusement, la mise en scène s'avère à la hauteur des ambitions. Certes, nous ne retrouvons pas ici la même splendeur que dans certaines adaptations précédentes, mais le cinéaste sait composer des cadres attrayants, avec des fleurs écarlates judicieusement placées au premier plan et des feuilles dorées tombant lentement des arbres. Une esthétique qui inspira probablement Hero ou le médiocre Secret des Poignards Volants.

Les décors sont bien sûr 100% studio, conférant à l'ensemble une certaine irréalité bienvenue qui s'accorde assez bien avec cette intrigue qui devient parfois un brin contemplative ou même philosophique. Un passage intéressant nous montre Derek Yee arriver dans une auberge. Il déclare n'avoir plus que trois jours à vivre (ce qui rappelle un peu D.O.A., un classique du thriller filmé à plusieurs reprises) et demande aux autres personnages ce qu'ils feraient dans cette situation. Le professeur, érudit plongé dans ses bouquins, délaisse complètement la philosophie zen qu'il "connaît par cœur" et lui conseille d'aller se payer les plus belles filles du bordel. De manière similaire, la jeune vierge dont le promis est mort avant sa nuit de noces, affirme qu'elle coucherait avec le premier venu! Un passage qui tranche avec un métrage si porté sur les traditions et l'honneur.

Les différents personnages sont plus travaillés que la moyenne et Derek Yee forme un joli couple avec sa véritable copine de l'époque, la débutante Candice Yu. Du coté des méchants, Ling Yun en impose dans son rôle de maître du sabre uniquement soucieux de savoir si il est vraiment le meilleur. Mais, au-delà de ce cliché, on sent le personnage désabusé et lassé de cette vie, à l'image de Ti Lung qui effectue une simple apparition mais énonce quelques vérités lourdes de sens. L'acteur reprend ici son rôle de Maître Fu, le chevalier errant du Sabre Infernale, tandis que l'on croise également Lo Lieh reprenant le personnage de Han Tang, précédemment vu dans La Guerre des Clans. David Chiang est également de la partie en sabreur devenu fou, enfermé dans une cage avant d'être lâché sur son rival tel un fauve.

Candice Yu nous apprend dans les bonus que la Shaw souhaitait assurer au film un potentiel commercial important, d'où l'utilisation massive de guest-stars pour entourer le couple vedette alors quasiment débutant. On peut toutefois regretter que les différents intervenants ne bénéficient pas d'un développement plus conséquent. Mais cela permet à Chu Yuan de garder un rythme alerte (90 minutes et basta) malgrè les nombreuses sous-intrigues qui émaillent le récit.

Death Duel s'apparente donc un peu à une somme des précédentes adaptations de Gu Long par Chu Yuan, lequel désire sans doute montrer la futilité de ces chevaliers ne vivant que pour la compétition. Seuls ceux ayant renoncés à cette vie seront finalement épargnés, les autres n'ayant d'autres choix que de mourir puisque, un jour ou l'autre, un épéiste plus redoutable encore croisera leur route. Une thématique finalement très proche des derniers westerns spaghettis (comme le chef d'œuvre Mon Nom est Personne) tournés quelques années plus tôt en Italie, dans lesquels les pistoleros fatigués cherchent une existence plus paisible alors que les plus jeunes n'ont pas encore compris que leur mode de vie n'avait plus cours.

Concernant les combats, ceux-ci sont de bons niveaux mais n'offrent rien de particulièrement mémorable. Seuls le premier et, surtout, le dernier "death duel" s'avèrent véritablement impressionnants. Les autres ponctuent le métrage de manière efficace et lui confèrent un certain rythme mais l'intérêt principal réside dans l'intrigue elle-même. Chu Yuan s'occupe principalement de raconter une histoire ponctuée de combats, grosse différence avec de nombreux Wu Xi ou Kung Fu soucieux d'aligner un maximum d'affrontements sur une trâme narrative prétexte.

La violence y est modérée et seule une séquence gore surprend, lorsque le héros blessé est opéré du bras avec force hémoglobine. La musique est plutôt agréable, avec quelques notes rappelant le Lac des Cygnes.

En bref, un métrage tout à fait satisfaisant qui, s'il n'atteint pas le niveau des Chu Yuan plus réputés, n'en demeure pas moins agréable et intéressant.

Pour les bonus, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Une interview de Candice Yu (22 minutes) revient sur la carrière de l'actrice et se centre bizarement sur Heaven Sword And Dragon Sabre, n'abordant ce Death Duel que très rapidement. Deux bandes annonces et une série de trailers pour la collection SB complète ce DVD.