BREAKING NEWS

Titre:  
ou: Breaking News
Réalisateur: Johnny To
Interprètes: Nick Cheung

 

Kelly Chen
Richie Ren
Lam Suet
Simon Yam
Ruby Wong
Année: 2004
Genre: Polar
Pays: Hong Kong
Editeur Asian Star
Violence: * * *
Erotisme: *
Suite:  

70 %

Résumé:

Après une fusillade qui tourne au carnage dans les rues de Hong Kong, l'image de la police est ternie. Une gigantesque opération est alors mise sur pied pour retrouver les auteurs de ce crime, lesquels se terrent dans un immeuble et prennent des otages. La police imagine alors de couvrir les événements en temps réels, proposant aux spectateurs un show inédit. Mais tout ne se déroule pas selon les prévisions.

Critique:

Très attendu, le polar télé-réalité de Johnny To cherche dès les premières images à mettre le spectateur dans sa poche. Pour y arriver, le cinéaste n'hésite pas à employer les grands moyens, à savoir un long plan séquence de plus de sept minutes.

Débutant dans une rue calme, la caméra suit alors les différents protagonistes de l'intrigue en gestation: des flics en civil planqués dans une voiture, des truands préparant un casse dans un immeuble tout proche, deux policiers de la route s'apprêtant à faire échouer cette minutieuse opération.

La fusillade éclate de manière impromptue et To plonge sa caméra au cœur de l'action, sans la moindre coupure, délimitant un terrain clos propice à une explosion de violence. Au cœur du carnage, un flic se jette à genoux et lève les bras, suppliant les gangsters de l'épargner. Une réaction instinctive captée par l'appareil photo d'un journaliste. Il n'en faut pas plus pour jeter le discrédit sur une police considérée comme inefficace. L'inspectrice / responsable de la communication (Kelly Chen) va tout mettre en œuvre pour redorer le blason policier terni.

Seule solution: orchestrer l'assaut contre les criminels retranchés à la manière d'un gigantesque spectacle. Une véritable guerre d'informations se déclenche alors, la sympathie et l'antipathie du public pour l'un ou l'autre camp étant manipulée par les médias.

Il est clair que Johnny To ne juge pas ses personnages et évite tout manichéisme, ce qui est rare de nos jours. Dans le camp des braqueurs / preneurs d'otages on trouve une poignée de bandits sans grandes ambitions mais refusant la violence gratuite à l'égard des civils. Convictions réelles ou simple manière de s'attirer les bonnes grâces des spectateurs? To ne répond pas mais ses tueurs sont dépeints de manière simple.

On devine que leur chef - dont le rêve eut été d'être restaurateur - envisage parfois une autre existence. A s'occuper d'un enfant, par exemple, ou auprès d'une jeune fille, comme cette belle inspectrice de police solitaire. Dans le camp de la loi, nous trouvons d'autres individus: une demoiselle ayant vu son fiancé (également policier) abattu par les gangsters, un jeune père qui se défend de sa lâcheté en affirmant - sans doute avec raison d'ailleurs - que son sacrifice n'aurait servi à rien et, enfin, un flic teigneux et obstiné. Ce dernier fera tout pour coincer les malfrats: ce n'est même pas personnel, cet acharnement est juste son idée du boulot à accomplir. "Je fais mon job" déclare t'il aux truands lors d'un final explosif.

Et, entre les deux antagonistes, se trouve la puissance floue de l'image, quelle soit télévisée ou diffusée via Internet. Les policiers offrent aux télés des séquences vidéo les mettant soigneusement en valeur ("montées par un grand cinéaste et retouchées par ordinateurs"), les gangsters ripostent en balançant sur le Web des photos prises au GSM nettement moins favorables aux forces de l'ordre. Un peu plus tard, les gangsters se rassemblent autour d'une table avec leurs trois otages, pour un dîner apparemment détendu et arrosé. D'où l'envoi massif de plateaux repas aux journalistes et aux gardiens de la paix ("ce sont des hommes comme les autres, qui doivent manger eux aussi").

C'est notre spécialiste en informations et manipulations (Kelly Chen donc) qui va ainsi orienter les réactions des spectateurs scotchés devant l'écran. Même si Johnny To ne va pas très loin dans la réflexion et ne fait souvent qu'effleurer son sujet, Breaking News reste une réussite.

On y retrouve le savoir faire coutumier de la Milky Way Images et toutes les qualités des productions maison: une durée réduite (un peu plus d'une heure vingt) qui oblige à aller à l'essentiel, réalisation virtuose qui ne se refuse pas un peu d'esbroufe visuelle (plan séquence d'ouverture et de fermeture, utilisation du split-screen typiquement seventies, etc.), sens du rythme certain qui alterne passages mouvementés et séquences apaisées, quasi contemplatives, détaillant les faits quotidiens les plus anodins, etc.

La distribution est globalement efficace et convaincante, même si la belle top modèle Kelly Chen manque un peu de présence et se limite à une expression figée genre "je suis belle, j'ai raison, je vous emmerde". Elle est définitivement peu crédible et ne parvient jamais à nous émouvoir.

Même si il n'est pas exempt de défaut (un certain relâchement qui se traduit par un petit ventre mou en son milieu) Breaking News confirme la bonne santé du polar hongkongais contemporain et prouve que l'on peut réussir un métrage à la fois divertissant, intelligent et politique, entre cinéma d'auteur réflexif et thriller d'action pur jus.

On pardonnera donc à Johnny To quelques faiblesses et, quoiqu'on en ressorte un rien déçu, Breaking News mérite certainement une vision.