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BLACK s'inspire de la vie d'une américaine
nommée Helen Keller, né aveugle, sourde et muette. Laissée à
l'état "sauvage" par ses parents, la jeune fille -ici prénommée
Michelle - est incapable du moindre comportement socialement
acceptable. Mais c'est sans compter sans Debraj Sahai, un vieux
professeur bien décidé à lui apprendre à vivre et à l'accompagner
tout au long de sa vie afin de lui donner accès à l'instruction
et à l'autonomie.
Quoique produit en Inde, BLACK n'a que peu
de rapport avec les livraisons bollywoodiennes classiques, ne
serait ce que par sa durée beaucoup plus raisonnable (deux heures!)
et l'absence totale des morceaux dansés et chantés. Sanjay Leela
Bhansali, remarqué précédemment avec sa version grandiose de
DEVDAS, décide donc d'illustrer ce drame émouvant avec tact
et pudeur, évitant au maximum l'aspect lacrymal inhérent à ce
sujet casse-gueule pour, a contrario, délivrer un message positif
et empli d'espoir.
BLACK propose donc une belle adéquation entre
le fond et la forme: d'un côté nous trouvons en effet une belle
histoire, simple et touchante, de l'autre une mise en scène
inspirée, avec une splendide photographie bleutée, teintée d'un
soupçon de féerie (lorsque la neige se met à tomber, par exemple)
et des interprètes impeccables. Amitabh Bachchan se voit offrir
le rôle en or du vieux professeur obstiné et s'est peu dire
qu'il se l'approprie totalement pour donner au spectateur une
composition magistrale, aussi intense à certains moments que
retenue à d'autres. Une incroyable performance de la part de
celui qui est unanimement considéré comme le plus grand acteur
indien vivant.Beaucoup l'ont déjà dit mais on ne peut que réaffirmer
l'évidence: Amitabh Bachchan trouve là le rôle de sa vie et
très très peu d'acteurs auraient pu parvenir à une telle justesse.
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Mais Rani Mukherjee, star jeune dont le physique
plus qu'avantageux a souvent été exploité davantage que le talent
n'est pas en reste non plus dans un rôle sans doute encore plus
difficile, celle de cette jeune femme lourdement handicapée
mais décidée à s'assumer de manière indépendante en refusant
une vie assistée. A l'âge adulte c'est elle qui refusera le
diagnostic des médecins et reviendra s'occuper de son professeur,
atteint par la maladie d'Alzheimer.
Pour la première moitié du métrage c'est la
très jeune Ayesha Kapoor qui joue avec une intensité incroyable
et une véritable rage la petite fille, lors de séquences vraiment
difficiles où on la voit refuser la nourriture, se rouler par
terre et se comporter d'une manière quasiment animale, à la
fureur d'un Amitabh Bachchan qui n'hésite par à répliquer par
la force aux actes inadéquats de la gamine. |
A côté de ce triple numéro d'acteur phénoménal,
le reste du cast, quoique dans des performances moins "extrêmes"
et "mémorables" s'avère également d'une grande force.
Au risque de se répéter, le grand exploit de
BLACK reste de ne pas verser dans la sensiblerie complète tout
en se montrant touchant, instaurant une émotion authentique
et constante qui donne au spectateur une petite larme à l'œil
sans verser dans la facilité de la scène crise type "sortez
les mouchoirs", excepté sans doute lors du dîner de fiançailles
de la sœur de Michelle, probablement un des passages les moins
réussis d'un métrage sinon en tout point remarquable.
Evidemment, Internet ne s'est pas privé de
révéler la "supercherie": Sanjay Leela Bhansali a largement
copié le MIRACLE EN ALABAMA d'Arthur Penn. Mais, finalement,
à l'heure où Hollywood remake à tour de bras les succès du cinéma
asiatique, il serait stupide de jeter la pierre à Mr Bhansali
pour avoir exhumé ce classique américain et en offrir cette
relecture sublime.
BLACK s'impose immédiatement comme un modèle
de mélodrame humaniste, dont le message éminemment positif transcende
les cultures. Que BLACK soit bollywoodien ou pas n'a donc pas
vraiment d'importance, pas plus que de savoir qu'il est un remake déguisé... BLACK est, tout simplement, un des meilleurs
films de ces dernières années, tous pays et tous genres confondus.
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