BLACK

Titre: Black
ou:  
Réalisateur: Sanjay Leela Bhansali
Interprètes: Amitabh Bachchan

 

Rani Mukherjee
Ayesha Kapoor
Shernaaz Patel
Dhritiman Chatterjee
Nandana Sen
 
Année: 2005
Genre: Drame
Pays: Inde
Editeur  
Violence: *
Erotisme: *
Suite:  

85%

Résumé:

Michelle est une jeune fille aveugle, sourde et muette. Ses parents la laissent se comporter de manière "animale" et tolère tous ses caprices. Jusqu'au jour où un vieux professeur, Debraj Sahai, décide de socialiser la gamine et de lui donner l'instruction nécessaire à ce qu'elle devienne autonome.

Critique:

BLACK s'inspire de la vie d'une américaine nommée Helen Keller, né aveugle, sourde et muette. Laissée à l'état "sauvage" par ses parents, la jeune fille -ici prénommée Michelle - est incapable du moindre comportement socialement acceptable. Mais c'est sans compter sans Debraj Sahai, un vieux professeur bien décidé à lui apprendre à vivre et à l'accompagner tout au long de sa vie afin de lui donner accès à l'instruction et à l'autonomie.

Quoique produit en Inde, BLACK n'a que peu de rapport avec les livraisons bollywoodiennes classiques, ne serait ce que par sa durée beaucoup plus raisonnable (deux heures!) et l'absence totale des morceaux dansés et chantés. Sanjay Leela Bhansali, remarqué précédemment avec sa version grandiose de DEVDAS, décide donc d'illustrer ce drame émouvant avec tact et pudeur, évitant au maximum l'aspect lacrymal inhérent à ce sujet casse-gueule pour, a contrario, délivrer un message positif et empli d'espoir.

BLACK propose donc une belle adéquation entre le fond et la forme: d'un côté nous trouvons en effet une belle histoire, simple et touchante, de l'autre une mise en scène inspirée, avec une splendide photographie bleutée, teintée d'un soupçon de féerie (lorsque la neige se met à tomber, par exemple) et des interprètes impeccables. Amitabh Bachchan se voit offrir le rôle en or du vieux professeur obstiné et s'est peu dire qu'il se l'approprie totalement pour donner au spectateur une composition magistrale, aussi intense à certains moments que retenue à d'autres. Une incroyable performance de la part de celui qui est unanimement considéré comme le plus grand acteur indien vivant.Beaucoup l'ont déjà dit mais on ne peut que réaffirmer l'évidence: Amitabh Bachchan trouve là le rôle de sa vie et très très peu d'acteurs auraient pu parvenir à une telle justesse.

 

Mais Rani Mukherjee, star jeune dont le physique plus qu'avantageux a souvent été exploité davantage que le talent n'est pas en reste non plus dans un rôle sans doute encore plus difficile, celle de cette jeune femme lourdement handicapée mais décidée à s'assumer de manière indépendante en refusant une vie assistée. A l'âge adulte c'est elle qui refusera le diagnostic des médecins et reviendra s'occuper de son professeur, atteint par la maladie d'Alzheimer.

Pour la première moitié du métrage c'est la très jeune Ayesha Kapoor qui joue avec une intensité incroyable et une véritable rage la petite fille, lors de séquences vraiment difficiles où on la voit refuser la nourriture, se rouler par terre et se comporter d'une manière quasiment animale, à la fureur d'un Amitabh Bachchan qui n'hésite par à répliquer par la force aux actes inadéquats de la gamine.

A côté de ce triple numéro d'acteur phénoménal, le reste du cast, quoique dans des performances moins "extrêmes" et "mémorables" s'avère également d'une grande force.

Au risque de se répéter, le grand exploit de BLACK reste de ne pas verser dans la sensiblerie complète tout en se montrant touchant, instaurant une émotion authentique et constante qui donne au spectateur une petite larme à l'œil sans verser dans la facilité de la scène crise type "sortez les mouchoirs", excepté sans doute lors du dîner de fiançailles de la sœur de Michelle, probablement un des passages les moins réussis d'un métrage sinon en tout point remarquable.

Evidemment, Internet ne s'est pas privé de révéler la "supercherie": Sanjay Leela Bhansali a largement copié le MIRACLE EN ALABAMA d'Arthur Penn. Mais, finalement, à l'heure où Hollywood remake à tour de bras les succès du cinéma asiatique, il serait stupide de jeter la pierre à Mr Bhansali pour avoir exhumé ce classique américain et en offrir cette relecture sublime.

BLACK s'impose immédiatement comme un modèle de mélodrame humaniste, dont le message éminemment positif transcende les cultures. Que BLACK soit bollywoodien ou pas n'a donc pas vraiment d'importance, pas plus que de savoir qu'il est un remake déguisé... BLACK est, tout simplement, un des meilleurs films de ces dernières années, tous pays et tous genres confondus.