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Devenu un incontournable film culte des années 80, ce film de John Carpenter (qui figure parmi les préférés de ses fans) fut un échec immérité à sa sortie.
Aujourd'hui encore bien des critiques font la fine bouche devant ce Jack Burton qu'ils considèrent comme mineur et assez anodin, simple déclinaison du cinéma d'aventures à la Spielberg / Lucas dans un univers kung fu / fantasy.
Il faut dire que cette quatrième collaboration entre le cinéaste prodige et son acteur fétiche Kurt Russell fut (assez mal) vendue comme un simili Indiana Jones. Or, il s'agit bien plus clairement d'un hommage avoué au cinéma Wu Xia que Hong Kong produisait dans les seventies. Mais Carpenter ne désire pas réellement concurrencer la Shaw Brothers sur son propre terrain. Nous sommes loin du Tarentino de . Peut-être parce que, tout simplement, la notion moderne de suspension d'incrédulité n'existait pas dans l'Amérique de 1986.
Quinze ans avant , , , et autres, Carpenter ne pouvait se permettre d'offrir une transposition fidèle de l'authentique cinéma kung fu chinois. Alors il choisit la voie intermédiaire, propose un "héros" ricain caricatural (qui est un vrai loser en réalité) pour le plonger dans un monde typiquement comic-book qui doit tout autant à qu'aux X-Men et aux serial de l'âge d'or.
Lorsque l'on pénètre aux côtés de Jack Burton dans cette "cité interdite" de Chinatown c'est une plongée dans un autre univers, un véritable monde parallèle où l'on croise des monstres grimaçants, des têtes flottantes dotées de dizaines d'yeux menaçants, des sorciers invincibles et des combattants déchaînés.
A partir de là, c'est le délire et le spectateur ne s'ennuie jamais.
Pourtant, il faut bien admettre que Jack Burton se montre parfois pesant, languissant ou simplement brouillon. Les scènes de combats n'atteignent jamais les sommets des kung fu chinois, la musique au synthétiseur parait aujourd'hui bien datée et l'humour est parfois plus lourdingue que véritablement amusant.
Et pourtant, le charme opère encore, de manière assez inexplicable.
Parce que les trois guerriers aux pouvoirs magiques menés Lightning (interprété par la star Carter Wong) en jettent un maximum et ont servi d'inspiration à bien des personnages ultérieurs (comme le dieu des éclairs de Mortal Kombat). Parce que le rythme est soutenu et que Carpenter ne perd guère de temps à poser son intrigue, préférant plonger directement au cœur des combats.
Et parce que les décors volontairement kitschs donnent à l'ensemble un incomparable cachet, d'autant que les effets spéciaux très flashy demeurent exceptionnels après une vingtaine d'années.
La reconstitution d'un Chinatown mythologique est ainsi exemplaire: décorations bizarres, lumières aveuglantes, brumes persistantes, etc.
Kurt Russell, pour sa part, compose un Jack Burton bien éloigné des standards héroïques, un loser qui ne pense qu'à son camion, fait son intéressant à longueur de journée et s'avère incapable de se servir efficacement de son arme. Il tuera pourtant le méchant, de façon plus accidentelle que volontaire, dans une scène assez décevante, il faut bien l'avouer. A la fin, tel un cow boy solitaire, il reprendra la route sans même avoir donné le baiser d'adieu à la demoiselle en détresse.
Bref, Carpenter se moque joyeusement des conventions du cinéma d'action et impose l'anti-héros raté et frimeur. D'où l'envoûtement inexplicable procuré par ce long-métrage OVNI, qui ne se rapproche d'aucun autre, si ce n'est peut-être du démentiel et culte Buckaroo Banzaï à travers la Huitième Dimension, réalisation déjantée de W.D Richter. Que l'on retrouve d'ailleurs scénariste de notre Jack Burton…
En résumé, une pièce indispensable du cinéma pop-corn des eighties, à voir pour le plaisir immédiat et la nostalgie assumée!
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