BHOOT

Titre: Bhoot
ou: Fantômes
Réalisateur: Ram Gopal Varma
Interprètes: Urmila Matondkar

 

Ajau Devgan
Rekha
Victor Banerjee
Nana Patekar
 
 
Année: 2003
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Inde
Editeur  
Violence: * *
Erotisme: *
Suite:  

70%

Résumé:

Un jeune couple, Vishal et Swati, s'installe dans un beau duplex au sommet d'un immeuble. Quelque temps plus tôt, la locatrice précédente, Manjeet, s'est défénestrée mais Vishal ne révèle pas ce "détail" à sa femme, observant, non sans bon sens, que dans tous les immeubles du monde, quelqu'un est mort un jour ou l'autre. Cependant Swati ne tarde pas à tomber sous l'emprise de la jeune suicidée…

Critique:

BHOOT est un pur film d'épouvante à base de fantômes, un genre fort prisé par les Asiatiques depuis une petite dizaine d'années. A la différence qu'il ne provient pas du Japon (comme RING ou LA MORT EN LIGNE), ni de Corée (DEUX SŒURS, MEMENTO MORI,…), ni de Taiwan (DOUBLE VISION), ni de Thaïlande (SHUTTER, GHOST OF MAE NAK) mais bien de l'Inde. Il s'agit d'ailleurs d'un remake de RAAT, tourné dix ans plus tôt par le même cinéaste. A l'époque ce film n'avait pas fonctionné mais la nouvelle popularité des histoires de fantômes asiatiques a sans doute poussé Ram Gopal Varma, devenu un des cinéastes les plus réputés de son pays, a en proposer une nouvelle version, simplement intitulée BHOOT ("fantôme").

Comme la première version, ce remake se passe de toutes chansons et se veut un pur film d'épouvante et annonce directement la couleur via un carton pré générique éloquent: "le seul but de ce film est de vous effrayer et je le déconseille aux personnes sensibles et aux cardiaques". Une profession de foi signée Ram Gopal Varma qui s'apparente davantage aux promesses d'enterrements gratuits en cas de décès de William Castle tant le métrage peine à susciter le frisson.

Le casting se partage entre nouvelles stars populaires du cinéma hindi et valeurs sûres, comme Rekha et Victor Banerjee qui joua aussi bien pour Satyajit Ray que pour David Lean. Bref, du beau monde. Ce casting solide s'avère un des arguments essentiels d'un métrage par ailleurs fort prévisible. Les acteurs sont en effet d'un très bon niveau et parviennent à crédibiliser cette intrigue. Un bémol pour l'actrice principale toutefois, Urmila Matondkar, à l'aise dans les passages calmes et lorsqu'il s'agit de simuler l'effroi mais malheureusement aux limites du ridicule lors des scènes de possession, lesquelles virent au grotesque.

Possession? Le mot est lâché! En effet, au terme d'une heure de métrage très linéaire et prévisible (fortement inspiré par DARK WATER), le cinéaste change son fusil d'épaule pour verser dans le remake déguisé (pas beaucoup!) de L'EXORCISTE et reprend toutes les scènes clés du chef d'œuvre de Friedkin. Bref, rien de neuf, d'autant que Ram Gopal Varma prend son temps (deux heures!) mais évite heureusement les numéros musicaux inappropriés à son propos.

Le souhait était donc de réaliser un film prenant et effrayant. Est-ce réussi? Pas vraiment, même si le résultat n'a rien de déshonorant. D'une part, BHOOT n'est pas ennuyeux et se suit même avec un certain plaisir, ce qui n'était pas gagné dès le départ vu son côté "je pompe à gauche et je pompe à droite", en grande partie grâce à ses interprètes savoureux et à quelques répliques efficaces. D'autres part, Ram Gopal Varma n'évite pas les longueurs et aurait beaucoup gagné à couper dans certaines séquences très répétitives (le jeune héros va au boulot, s'installe puis repart) qui échouent totalement à créer l'ambiance voulue.

Au rayon des frissons promis, le bilan est maigre: BHOOT ne parvient pas à faire peur, excepté peut-être à une ou deux reprises, durant sa première heure, et doit pour cela recourir à de gros effets éculés ponctués par une bande son tonitruante. La seconde partie s'avère par contre encore moins convaincante et efficace, tant les séquences paraissent déjà vues bien trop souvent, du moins en Occident, pour convaincre le spectateur.

Sans beaucoup d'originalité, très prévisible et linéaire, BHOOT abandonne rapidement la subtilité relative de sa première moitié pour chausser de gros sabots bien pesants. L'outrance de son interprète principale est contrebalancée par la volonté évidente du cinéaste de bien faire (même si il choisit l'option "il y en a un peu plus, je vous le mets quand même") et l'ensemble, finalement, permet de passer une soirée sympathique même si on se rapproche davantage d'un décalque bis rital des métrages sataniques des seventies que d'une véritable réussite.