BATTLE ROYALE 2 - REQUIEM

Titre: Battle Royale 2 - Requiem
Réalisateur: Kinji & Kenta Fukasaku
Interprètes: Tatsuay Fujiwara

 

Natsuki Kato
Riki Takeushi
Takeshi Beat Kitano
Sonny Chiba
Yuma Ishigaki
 
Année: 2003
Genre: Science-fiction
Pays: Japon
Editeur  
Violence: * * * *
Erotisme: *

40%

Résumé:

La jeunesse se rebelle et s'élève contre la dictature des adultes, responsables de guerres absurdes partout dans le monde. Une classe de lycéens est choisie pour participer à une nouvelle Battle Royale dont le but, cette fois, est d'abattre le dangereux Shuya, seul rescapé du jeu précédent devenu terroriste.

 

Critique:

Au départ, le spectateur espérait beaucoup de cette suite terminée par le fiston du grand Fukasaku, décédé d'un cancer durant le tournage. Le vieil homme, à près de 80 printemps, désirait montrer l'absurdité des conflits armés et recréer en plein Tokyo des scènes de combats dantesques. Malheureusement, le message véhiculé par le film est, finalement, tout autre.


Loin du pamphlet pacifiste, Battle Royale 2 s'avère un condensé simpliste de pensées politiques mal digérées et d'anti-américanisme primaire. Le message pro-terrorisme et belliqueux véhiculé par l'ensemble est, pour parler clairement, indéfendable. Kenta Fukasaku, scénariste et producteur devenu réalisateur alligne les séquences les plus grotesques et les provocations faciles. Et les promesses des premières minutes ne seront jamais tenues.


Le métrage est, en premier lieu, beaucoup trop long. Il dure deux heure quinze et, le moins que l'on puisse dire, est qu'on les sent passer! Pour ne rien arranger, la construction du scénario est, en outre, affreusement mal équilibrée. Globalement, l'intrigue se décompose en trois actes: un simili remake du premier film durant quarante cinq minutes, un long (oh oui!) intermède politique mal fichu et une scène finale de combat non stop. Commençons donc par le début du métrage. Cette fois les candidats involontaires prennent d'assaut une île où s'est retranché Shuya, le seul survivant de la première Battle Royale.


Deux innovations: ils portent des colliers explosifs qui fonctionnent en binome et des treillis militaires. Donc, en résumé, dès qu'un membre du "couple" meurt, le second voit sa gorge déchiquetée par une mini-bombe. La raison de cette association forcée n'est pas clairement expliquée et le réalisateur ne développe jamais ce postulat. Pas de franche camaraderie, pas d'entre-aide (ou si peu): l'un meurt, l'autre explose. Point. Cela accélère le jeu et provoque des explosions de violences assez secouantes mais c'est tout. Au niveau des tenues, les uniformes militaires paraissent peu attrayants visuellement parlant. On regrette les petites jupettes et les tenues d'écolières ayant assuré le charme de l'original.

Durant cette première heure, le cinéaste - contrairement à son défunt papa - ne parvient jamais à nous émouvoir. Les personnages sont si caricaturaux (le pacifiste, la pétasse, le pseudo-héros, la déprimée, le mal dans sa peau "qui ne regrette rien car l'expérience lui a permis de se faire des amis", le riche loser, etc.) que le spectateur ne peut s'attacher à leur sort.


Le premier film nous mettait dans la peau de ces héros, le second nous convie à assister à une série de mise à mort répétitives. Chacun agonisant déclame de vibrantes tirades genre "continuez le combat, les gars" grotesques et dangereuses. Le message est sans ambiguité: les terroristes sont de braves types héroïques qui combattent pour la liberté des peuples opprimés par les affreux Américains, "le gendarme du monde est énervé" déclare même un premier ministre nippon à un Riki Takeushi totalement disjoncté. Une performance cabotine qui confine au grotesque, loin de la retenue de Kitano, et sombre dans le ridicule lorsque le professeur, vêtu d'une tenue de rugby, prend fait et cause pour les étudiants révoltés.

Avec son montage assez haché mais truffé d'erreurs, sa musique sirupeuse d'une médiocrité crasse, Battle Royale 2 ressemble à un mauvais téléfilm engoncé dans une argumentation réactionnaire et ridicule. Niveau réalisation, l'ensemble parait peu inspiré: la caméra frénétique et tremblante, portée à l'épaule, copie Il Faut sauver le Soldat Ryan, La Chute du Faucon Noir, les documentaires guerriers et les jeux vidéos. Nous sommes loin de la maîtrise du premier volet. Très loin. Cependant, ce début s'avère suffisamment rythmé et sanglant pour assurer un spectacle tonique et réjouissant.


Le second tiers du film se résume, lui, à d'interminables discours bien creux et bien lourds, dont la provocation apparente dissimule mal la pauvreté d'analyse. Très médiocre et profondément ennuyeux. Le laius sur les pays bombardés par l'Amérique, les plans larmoyants d'enfants afghans, les incohérences énormes (les survivants sérieusement blessés et traqués fuient en Extrême-Orient continuer le combat), la simplification outrancière de situations politiques complexes enfoncent l'ensemble dans le ridicule.

D'ailleurs, si les terroristes sont si dangereux, pourquoi ne pas bombarder leur repère au lieu de leur envoyer une bande de lycéens inexpérimentés? Mais le scénariste n'est pas à une invraissemblance près...


Ce discours pue la propagande et la démagogie outrancière, se permettant même de glorifier les attentats du 11 septembre au travers de plans montrant des tours jumelles pulvérisées. Quid des victimes innocentes des attentats aveugles commis par le groupuscule de Shuya? Sans importance, semble prétendre le cinéaste. Est-il sincère ou cherche-t-il la bravade facile? Difficile à dire. Mais le message est de toute manière maladroit à l'extrême, un discour affligeant digne d'un pseudo-anarchiste de quinze ans.


Le final, pour sa part, donne dans la guerre totale entre les adultes et les adolescents. Une suite de boucherie violente et excitante, pour peu que l'on fasse abstration du propos politique qui sous-tend l'ensemble. Le tout se termine par des images apaisée en Afghanistan avant une chanson punk-rock sympathique.


Fukasaku fils a donc échoué dans sa volonté de livrer un testament filmique digne de son regretté papa. Pourtant, si Battle Royale 2 s'était arrété après l'assaut contre la forteresse de Shuya pour reprendre sur la bataille finale, il aurait constitué un agréable divertissement, bourrin et violent à souhait. En l'état, et même si on espérer que le discours soit - en partie au moins - ironique, l'échec est indéniable.

Le spectateur peut également sourire devant les moyens employés, Fukasaku utilisant tous les trucs du blockbuster américain pour fustiger l'Oncle Sam.

Battle Royale 2 constitue donc une boursouflure indigeste dont les outrances camouflent mal le vide sidéral.