BANGKOK DANGEROUS

Titre: Bangkok Dangerous
Réalisateur: Oxide & Danny Pang
Interprètes: Pawalit Mongolpisit

 

Premsine Ratanasopha
 
 
 
 
 
Année: 2003
Genre: Thriller
Pays: Thailande
Editeur Europacorp Diffusion
Violence: * * *
Erotisme: * *

65%

Résumé:

Kong, un tueur professionel muet, accomplit les missions que lui donne la petite amie de son frère, une strip-teaseuse. Mais la rencontre avec une jeune fille va modifier les perspectives de Kong.

 

 

Critique:

Les frères Pang livrent ici un polar violent, très sombre et désespéré, à l'image de nombreux thrillers HK des années 80. Une référence voulue et assumée. Mais ils ne parviennent pas vraiment à égaler leurs modèles. On y trouve pourtant de bonnes idées. Les dialogues où intervient le sourd-muet, par exemple: les cinéastes nous placent dans la position du héros en coupant totalement le son.

Un gunfight visualisé en flash-forward avec un montage très travaillés montre une vraie science de la mise en scène. L'apparition superbe du spectre de l'ami décédé qui accompagne le tueur à gages dans sa mission vengeresque est une autre belle idée. De même que la première séquence, en noir et blanc, qui détaille un meurtre dans les toilettes publiques. De fort bons moments. Sans oublier, cette scène dans laquelle l'assassin abat un "contrat" sous les yeux d'une fillette: elle mime le meutre en pointant son doigt vers la victime, laquelle s'écroule couverte de sang.

L'acteur principal, malgrè une physionomie peu expressive, parvient à nous émouvoir et les flash back sur son passé s'avèrent réellement douloureux. Quoique déjà vues, les séquences (en noir et blanc) où des enfants se moquent du héros handicapé, alors gamin, sont fort efficaces. Les dialogues sont rares et signifiants, un juste choix lorsque le principal personnage est sourd et muet.

Mais, entre ces passages, Bangkock Dangerous souffre, hélàs, de moments creux et sa partie centrale, qui normalement, permet de développer les situations présentées lors de l'introduction, ressemble à un ventre mou assez pénible. Niveau mise en scène, le public a droit à de nombreuses expérimentations visuelles, souvent belles mais parfois un peu saoulantes. Dilatation du temps, ralentis et accélérations, images griffées, cadrages penchés, caméra agitée de mouvements désordonnés, hystérie visuelle, etc. Les frères Pang semblent s'amuser avec les effets disponibles, comme un adolescent soucieux de retoucher ses photos avec ses programmes informatifs.

Les cinéastes tentent absolument de se donner un style, pour ne pas dire un genre, et abusent des procédés éculés pour dynamiser leur intrigue. On les sent sous les influences diverses et contradictoires de John Woo, Wong Kar Wai, Lars Von Triers, Tsui Hark et quelques autres. Mais, si certains effets sont adéquats et bien choisis, d'autres s'avèrent pénibles.

Dans les pires moments, ils se rapprochent dangereusement de l'esthétique direct to vidéo des polars américains de bas étages: boite de strip-tease, fumée de cigarette, violence gratuite, musique techno assourdissante, etc. Pas très convainquant. L'histoire d'amour, elle, n'aboutit pas. En fait, elle se développe à peine. Après une longue mise en place, la jeune pharmacienne et l'assassin commencent à se fréquenter mais, très vite, la belle découvre la profession de son soupirant et coupe les ponts. On ne la verra plus guère avant le final, émouvant mais un peu attendu.

En résumé, la forme l'emporte, hélàs sur une véritable construction dramatique et les personnages auraient gagné à être davantage développés. L'équilibre penche vers l'esbrouffe visuelle et handicape l'émotion que le spectateur peut ressentir.

Il s'agit donc d'une semi-réussite, c'est-à-dire d'un métrage en partie raté mais possédant suffisamment de beaux restes pour offrir un bon moment.