THE ASSASSIN

Titre:  
ou: The Assassin
Réalisateur: Chang Cheh
Interprètes: Jimmy Wang Yu

 

Chiao Chiao
 
 
 
 
 
Année: 1967
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial
Violence: * *
Erotisme: * *
Suite:  

65%

Résumé:

Nie Cheng est un jeune épéiste décidé a laisser une trace dans les livres d'Histoire, quitte à mourir jeune. Après le massacre de ses compagnons et de son maître, Nie Cheng se retire et mène une existence modeste, devenant boucher afin d'assurer la subsistance de sa sœur et sa mère. Un riche notable, impressionné par son courage et sa loyauté, lui propose alors de devenir son frère et d'accomplir un destin glorieux mais le jeune homme refuse par amour pour sa mère. Après le décès de cette dernière et le marriage de sa sœur, Nie Cheng décide de quitter ce monde sur un coup d'éclat. L'épéiste se promet donc d'assassiner Han Kwei, le tyrannique empereur des Qin.

Critique:

THE ASSASSIN est typique de son époque et pourra par conséquent décevoir les amateurs des œuvres ultérieures de la Shaw Brothers et de Chang Cheh en particulier. En effet, il s'agit avant tout d'un récit historique inspiré par des faits authentiques. Le côté dramatique et romantique prédomine donc très logiquement sur l'action, qui n'occupe, en fait, que les quinze dernières minutes du métrage, long de près de deux heures.

Entièrement soutenu par la prestation de Jimmy Wang Yu (au visage souvent figé lors des dialogues mais indéniablement iconique lorsqu'il écarte les bras, une épée dans chaque main, prêt à en découdre avec une dizaine d'adversaires), THE ASSASSIN prend néanmoins le temps de s'arrêter sur la romance liant le héros à la jolie Chiao Chiao. Si la romance semble être mise de côté durant la première moitié du métrage, elle devient prédominante durant la seconde partie et possède de réelles qualités. Les deux amants tentent manifestement de lutter contre l'écoulement inéluctable du temps ("vivons moins longtemps mais plus intensément!") et Chang Cheh dépeint cette relation avec beaucoup de réussite et même une pointe de sensualité. Dommage qu'il n'évite pas le côté naïf et mielleux souvent de mises dans les superproductions estampillées Shaw Brothers.

Même si l'intrigue est très simple et linéaire, THE ASSASSIN se déroule sur une bonne dizaine d'années, le temps nécessaire à Nie Cheng pour rompre ses liens avec le monde matériel et se préparer à son destin. Une initiative intéressante qui s'avère, en définitive, à la fois un défaut et une qualité. Le réalisateur n'a pas habitué le spectateur à un tel luxe de détails, à une telle accumulation de petites saynettes apparemment anodines mais riches de sens (Wang Yu se laisse aller à des futilités en compagnie de concubines ou de pauvres musiciennes, le final se poursuit plusieurs minutes après la mort - prévisible - du héros contrairement aux œuvres ultérieures du cinéastes qui auront souvent une fin abrupte, héroïque et emblématique).

En contre-partie, le rythme peut paraître un peu languissant, voire carrément relâché et les temps morts sont parfois lassants, d'autant que l'intrigue se révèle très classique et que le spectateur peut facilement en deviner le déroulement. La musique est, sans surprise, volée à d'autres productions plus nanties (et en particuliers à James Bond!) mais s'intègre plutôt adroitement au métrage. Au niveau de la mise en scène, heureusement, l'aspect luxueux et travaillé est nettement perceptible avec une belle utilisation des décors, des costumes et des extérieurs, témoignant d'un soin et d'un luxe indéniable même si tout cela peut également sembler un peu kitsch.

Sans doute trop contenu, Chang Cheh se lâche finalement lors d'un final impressionnant qui annonce ses futurs excès. Jimmy Wang Yu bondit dans tous les sens, y compris à l'envers, et effectue des vols planés digne de Superman pour embrocher ses adversaires, évidemment 100 fois plus nombreux. Blessé, dégoulinant de peinture rouge, Wang Yu finit par extraire ses intestins (du tissus enroulés!) et se tranche les yeux pour ne pas être reconnu de ses ennemis et mettre ses proches en danger.

Monument d'outrances kitsch, ce final rompt résolument avec l'heure et demie précédente mais permet, il faut l'avouer, au spectateur de se réveiller un peu. Dommage que les câbles et autres trempolines ne soient pas très bien utilisés et que les chorégraphies soient aussi approximatives mais THE ASSASSIN, au final, offre un divertissement correct, quoique très dâté et fort lent. Sans plus!