2046

Titre: 2046
ou:  
Réalisateur: Wong Kar Wai
Interprètes: Tony Leung

 

Gong Li
Faye Wong
Zhang Zyhi
Takuya Kimura
Maggie Cheung
 
Année: 2004
Genre: Drame / Science-fiction / romance
Pays: Hong Kong
Editeur  
Violence: *
Erotisme: * *
Suite:  

25%

Résumé:

 

Critique:

2046 est un métrage qui apporte une réponse à un problème épineux: que fait un grand réalisateur en manque d’inspiration? Il recycle ses meilleures idées et tous les éléments qui le différencient de ses pairs, pour réaliser un condensé sans âme et non assumé de ses précédents films. A l’instar de Gus Van Sant avec son Last Days, Wong Kar Wai distille dans son dernier long-métrage toute son œuvre, et la vulgarise.

Suite officieuse du fabuleux (sur tous les points) In The Mood For Love, 2046 s’apparente plutôt à un pale remake sans la moindre créativité. Loin de la beauté graphique de son modèle, le film se révèle d’un ennui profond. Réussir à susciter des émotions aussi fortes que celles occasionnées par la « non-relation » entre Tony Leung Chiu Wai et Maggie Cheung Man Yuk était impossible, alors pourquoi essayer ? Les différentes amourettes vécues par ce solitaire aigri et désabusé sont insipides et sans passion.

Le film s’avère alors d’une lenteur exécrable et, même Zhang Ziyi, en dépit d’un jeu fougueusement beau et pur, ne parvient pas à faire oublier les deux heures et quelques passées à contempler les errances d’un cinéaste qui ne parvient pas à se renouveler. Même la bande originale a perdu toute sa douceur et son caractère attendrissant, tandis que le charisme de Tony Leung semble s’amenuiser au fur et à mesure que l’histoire progresse.

Le pire étant les dialogues. Wong Kar Wai, notamment dans In The Mood For Love, a toujours su capter l’intérêt de ses spectateurs avec seulement son travail sur l’image et les plans. Pourquoi parler quand tout se comprend dans les non dits ? Des silences sont souvent plus éloquents que de longs discours. A l’image de ce dîner, plongé dans un mutisme total, qui en révèle plus sur l’amour, la frustration, l’envie et la peur du tabou, que tout échange verbal entre ces deux êtres blessés de In The Mood For Love. Sur ce point, 2046 ressemble à une session de rattrapage pour ceux qui n’auraient rien compris à ce merveilleux film.

Les acteurs se retrouvent bloqués dans ce cinéma figé, où Wong Kar Wai ne réinvente plus le septième art à chaque plan, mais reproduit simplement un schéma esthétique et scénaristique qui fut original.

Toutefois, en dehors de Zhang Ziyi et de Faye Wong, dont les personnages sont touchants et attachants, il y a tout de même quelque chose à sauver dans cette immense déception. Dans leur obsession lancinante de la rétrocession à la Chine, les cinéastes hongkongais se sont souvent servis du cinéma comme exutoire, parfois avec une certaine lourdeur.

Wong Kar Wai ne fait pas exception, mais a toujours fait preuve de subtilité. Dans 2046, il nous glisse une forte métaphore des incertitudes persistantes en ce qui concerne l’avenir de Hong Kong. C’est en 2047 que Hong Kong perdra son statut de Région Administrative Spéciale, pour revenir définitivement dans le giron chinois. Lorsque le personnage de Tony Leung demande une chambre dans un hôtel, il exige d’avoir la 2046, et refuse obstinément, dans un premier temps, la 2047.

Une fuite en avant vouée à l’échec, qui symbolise des angoisses toujours présentes vis-à-vis de l’étape ultime de la rétrocession du 1er juillet 1997.

Cette critique est de Yann Jegodtka