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LES 14 AMAZONES est une production énorme,
peut être une des plus colossales de la Shaw Brothers, manifestement
désireuse de concurrencer (ou tout au moins de retrouver la
magie) des plus énormes péplums hollywoodiens de la décennie
précédente. Et la compagnie s'est donnée les moyens de ses ambitions
en disposant d'un budget important, d'un casting uniquement
composé de star et en se lançant dans un tournage d'un an.
L'histoire, elle, n'est pas très compliquée,
elle s'intéresse à la fin de la famille Yang, après la mort
du père et de ses 7 fils. Qui reste t'il? Les femmes bien sûr,
décidées à venger le clan en se dressant contre l'envahisseur
Mongol. Au casting nous retrouvons donc Lisa Lu dans le rôle
d'une femme d'honneur guidant son clan avec courage. Et puis
bien sûr tous les acteurs en vogue de la Shaw, dont Lily Ho
qui joue un jeune garçon (encore une idée farfelue mais on a
souvent vu des filles incarnés des jeunes chevaliers encore
tendres au sein des métrages kung fu).
Grand spectacle avant tout, LES 14 AMAZONES
comporte son lot de scène à grand spectacle, que ce soit les
énormes batailles entre les armées ennemies ou la fameuse séquence
du pont humain, même si cette dernière risque de paraître aujourd'hui
plus ridicule que palpitante. Le résultat demeure pourtant d'une
belle qualité et évite le piège des productions ultra lourdes
de Chang Cheh comme LA LEGENDE DU LAC (et dans une moindre mesure
sa suite ALL MEN ARE BROTHERS) qui, en se voulant colossales
et épiques, s'avéraient surtout pesantes et boursouflées. Comme
dans les métrages précités, LES 14 AMAZONES présente (certes
sommairement) de nombreux personnages mais Cheng Kang parvient
à garder l'ensemble digeste et son film ne ploie pas sous les
trop nombreux détails.
Au niveau des costumes et autres décors, le
métrage est plutôt agréable à l'œil même si il a néanmoins un
petit côté pas toujours crédible à tout ce décorum, une sorte
de théâtralité artificielle qui doit davantage sans doute à
certains péplums italiens des sixties qu'aux superproductions
américaines. Quelques scènes sentent en effet le côté bricolé,
voire bis avec quelques accessoires qui transpirent le carton
pâte et la mousse.

Comme dans les gros Wu Xia de Chang Cheh, la
violence est bien présente et verse même carrément dans le gore
au travers de quelques scènes bien outrancières. Un peu étonnant
dans le cadre d'un métrage plutôt grand public de cette époque.
Cheng Kang ne se prive donc pas de détailler tueries, démembrements,
décapitation et autres excès sanglants toujours propices à faire
gicler le sang très très rouge habituel des productions Shaw
Brothers.
Avec son patriotisme exacerbé ("si je dois
choisir entre mon enfant et ma patrie ce sera la patrie!"),
son rythme un peu mou mais ponctué de gros morceaux de bravoures
barbares et sa mise en scène plutôt soignée (en dépit de quelques
faiblesses et facilités comme les zooms utilisés à outrance),
les 14 AMAZONES ne constitue sans doute pas le sommet insurpassable
des studios de Clairwater Bay ni même un chef d'œuvre du cinéma
épique. Mais le divertissement est cependant de bon niveau.
L'intrigue passe un peu à la trappe et se limite à peu de choses,
les personnages ne bénéficient pas vraiment d'un réel développement
et l'essentiel se limite aux combats de troupes mais le tout
est plaisant, quoiqu'un peu long (2 heures quand même!).
Tony Ching Siu Tung, alors débutant, épaule
quand même efficacement son papa cinéaste pour proposer de belles
chorégraphies de masse, empruntes d'une rage sanguinaire assez
jouissive qui fera oublier la technique encore légèrement hésitante
de ces empoignades féroces. C'est puissant, ça dépote et ça
donne le sourire au spectateur, même si tout cela est parfois
bien kitsch, invraisemblable ou délicieusement suranné.
En dépit de ses faiblesses, LES 14 AMAZONES
reste donc une belle réussite qui, sans doute, ne remplit pas
toutes ses promesses et qui, par conséquent, semblera sans doute
un peu décevant à tous ceux qui s'attendaient au chef d'œuvre
définitif du studio. Grosse production manichéenne ayant légèrement
mal vieilli, LES 14 AMAZONES conserve pourtant une grande part
de son charme et reste divertissant, l'assurance d'une soirée
réussie, donc.
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