LES 14 AMAZONES

Titre: 14 Amazons
ou: Shi si nu ying hao
Réalisateur: Chen Kang
Interprètes: Lisa Lu

 

Lily Ho
Li Ching
Betty Tin Pei
Tien Feng
Hueh Hua
Lo Lieh
Année: 1972
Genre: Epoque / Aventures / Wu Xia
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial / Wildside
Violence: * * *
Erotisme: *
Suite:  

70%

Résumé:

Après la mort de tous les fils de la famille Yang, ce sont les femmes qui vont mener la révolte contre l'envahisseur Mongol.

Critique:

LES 14 AMAZONES est une production énorme, peut être une des plus colossales de la Shaw Brothers, manifestement désireuse de concurrencer (ou tout au moins de retrouver la magie) des plus énormes péplums hollywoodiens de la décennie précédente. Et la compagnie s'est donnée les moyens de ses ambitions en disposant d'un budget important, d'un casting uniquement composé de star et en se lançant dans un tournage d'un an.

L'histoire, elle, n'est pas très compliquée, elle s'intéresse à la fin de la famille Yang, après la mort du père et de ses 7 fils. Qui reste t'il? Les femmes bien sûr, décidées à venger le clan en se dressant contre l'envahisseur Mongol. Au casting nous retrouvons donc Lisa Lu dans le rôle d'une femme d'honneur guidant son clan avec courage. Et puis bien sûr tous les acteurs en vogue de la Shaw, dont Lily Ho qui joue un jeune garçon (encore une idée farfelue mais on a souvent vu des filles incarnés des jeunes chevaliers encore tendres au sein des métrages kung fu).

Grand spectacle avant tout, LES 14 AMAZONES comporte son lot de scène à grand spectacle, que ce soit les énormes batailles entre les armées ennemies ou la fameuse séquence du pont humain, même si cette dernière risque de paraître aujourd'hui plus ridicule que palpitante. Le résultat demeure pourtant d'une belle qualité et évite le piège des productions ultra lourdes de Chang Cheh comme LA LEGENDE DU LAC (et dans une moindre mesure sa suite ALL MEN ARE BROTHERS) qui, en se voulant colossales et épiques, s'avéraient surtout pesantes et boursouflées. Comme dans les métrages précités, LES 14 AMAZONES présente (certes sommairement) de nombreux personnages mais Cheng Kang parvient à garder l'ensemble digeste et son film ne ploie pas sous les trop nombreux détails.

Au niveau des costumes et autres décors, le métrage est plutôt agréable à l'œil même si il a néanmoins un petit côté pas toujours crédible à tout ce décorum, une sorte de théâtralité artificielle qui doit davantage sans doute à certains péplums italiens des sixties qu'aux superproductions américaines. Quelques scènes sentent en effet le côté bricolé, voire bis avec quelques accessoires qui transpirent le carton pâte et la mousse.

Comme dans les gros Wu Xia de Chang Cheh, la violence est bien présente et verse même carrément dans le gore au travers de quelques scènes bien outrancières. Un peu étonnant dans le cadre d'un métrage plutôt grand public de cette époque. Cheng Kang ne se prive donc pas de détailler tueries, démembrements, décapitation et autres excès sanglants toujours propices à faire gicler le sang très très rouge habituel des productions Shaw Brothers.

Avec son patriotisme exacerbé ("si je dois choisir entre mon enfant et ma patrie ce sera la patrie!"), son rythme un peu mou mais ponctué de gros morceaux de bravoures barbares et sa mise en scène plutôt soignée (en dépit de quelques faiblesses et facilités comme les zooms utilisés à outrance), les 14 AMAZONES ne constitue sans doute pas le sommet insurpassable des studios de Clairwater Bay ni même un chef d'œuvre du cinéma épique. Mais le divertissement est cependant de bon niveau. L'intrigue passe un peu à la trappe et se limite à peu de choses, les personnages ne bénéficient pas vraiment d'un réel développement et l'essentiel se limite aux combats de troupes mais le tout est plaisant, quoiqu'un peu long (2 heures quand même!).

Tony Ching Siu Tung, alors débutant, épaule quand même efficacement son papa cinéaste pour proposer de belles chorégraphies de masse, empruntes d'une rage sanguinaire assez jouissive qui fera oublier la technique encore légèrement hésitante de ces empoignades féroces. C'est puissant, ça dépote et ça donne le sourire au spectateur, même si tout cela est parfois bien kitsch, invraisemblable ou délicieusement suranné.

En dépit de ses faiblesses, LES 14 AMAZONES reste donc une belle réussite qui, sans doute, ne remplit pas toutes ses promesses et qui, par conséquent, semblera sans doute un peu décevant à tous ceux qui s'attendaient au chef d'œuvre définitif du studio. Grosse production manichéenne ayant légèrement mal vieilli, LES 14 AMAZONES conserve pourtant une grande part de son charme et reste divertissant, l'assurance d'une soirée réussie, donc.