Né en Chine en 1943, Wang Yu montre très vite de bonnes dispositions sportives et s'oriente vers la natation. Il devient rapidement un champion et émigre ensuite à Hong Kong. Après ses études il intègre la Shaw Brothers et commence sa carrière dans une petite production de Chang Cheh nommée "Tiger Boy".
Il sera le premier acteur révélé par le cinéaste, qui en fera une star grâce au fameux "The One Armed Swordsman" et sa suite. Mais le tempérament machiste et séducteur de Wang Yu s'accomode mal des vues homo-érotique du cinéaste et, très vite, l'acteur se sent à l'étroit dans les productions proposées. Il délaisse Chang Cheh pour écrire, réaliser et interpréter le très violent "The Chinese Boxer", précurseur du film de combats de rue.
Suite à cet énorme succès, Wang Yu quite la Shaw Brothers et signe chez la concurrente Golden Harvest, fondée par Raymond Chow. Il lance alors sa fameuse série consacrée au "One Armed Boxer", délirant kung fu pian qui ne plait guère en Asie mais devientd culte en Occident. Wang Yu met ensuite en scène le très réussi "Beach of the Wargods", un hommage au Wu Xia Pian empruntant tant au chambarra qu'au western pour une sorte de variation nationaliste et raciste des "Sept Samouraïs" des rivaux japonais.
Mais l'étoile de Wang Yu a déjà pâli et, à Hong Kong, les stars vont et viennent. C'est Bruce Lee qui s'impose en 1972 avec "Fist Of Fury" et David Chiang triomphe dans le remake de "One Armed Swordsman", le fameux "La Rage du Tigre". Wang Yu, lui, voit son statut passer de star à déjà has-been.
Pourtant il reçoit un bon accueil en Occident avec les suites et déclinaisons consacrées à ses figures favorites: le "Chinese Boxer", le "One Armed Boxer" et, surtout, le "One Armed Swordsman". En 1971, son personnage fétiche affronte même le samouraï aveugle, Zato Ichi en personne dans "Zato Ichi Meets The One Armed Swordsman". Plus tard il joue aux cotés de George Lazenby, l'éphémère James Bond, dans la co-production "The Man From Hong Kong".
Wang Yu, notoirement lié aux triades, est inculpé pour meurtre en 1981 et adopte un profil bas, malgré l'une ou l'autre apparition occasionnelle. Il reste pourtant un des acteurs kung-fu les plus appréciés en Occident, même si ses films y furent souvent présentés sous des titres ridicules et dans de mauvaises copies coupées.
Citons, pour la fine bouche, les titres suivants: "Karaté à mort pour une poignée de soja", "Le Roi du kung-fu attaque", "Le Bras Armé de Wang Yu contre la Guillotine Volante" ou l'effarant "Wang Yu n'a pas de pitié pour les canards boiteux".
Sa popularité fut telle que, dans la grande tradition chinoise (on ne compte plus les Jet Le, Bruce Li, Bruce Lea, Bruce Le, Jackie Chang, etc.) Wang Yu eut un homonyme (parfois aussi appelé Wong Yu) que l'on retrouve dans des films tels que "Wang Yu défie le Maître du Kung-fu", alias "The Spiritual Boxer".